Fractale Framboise

Éric

Écrivez-vous en français ou en francophone?

par Éric - samedi, 18 mars 2006 - 17:37 (Lectures, Société, Écrire)

Nous n’avons malheureusement pas de correspondant français pour vous parler du Salon du livre de Paris, mais parlons-en quand même. C’est à l’émission radiophonique “Samedi et rien d’autre“, à la Première Chaîne de Radio-Canada, que j’ai d’abord entendu parler du cahier spécial du journal Libération dans lequel des auteurs francophones étaient appelés à expliquer pourquoi ils écrivaient en français. Parmi lesdits auteurs, Monique Proulx s’est fait remarquer en soulignant à juste titre ce que la question a d’absurde. Le cahier ne semble pas être disponible en ligne, mais vous pouvez en lire des extraits par la magie du blogue (et obtenir la réaction d’un lecteur français par la même occasion).

C’est que cette année, c’est la Francophonie toute entière qui fait figure de “pays invité” au Salon. Un article de Michel Dolbec résume bien le déséquilibre du concept qui, vu de Paris, tend à décrire la périphérie en excluant la France elle-même, centre et sommet de la langue. Un article de 2002 sur Africultures montre que le malaise n’est pas nouveau (Monique Proulx à l’appui, ici aussi). Comment faire évoluer cette mentalité? Continuer d’écrire des oeuvres de qualité, j’imagine, et ne pas trop s’en faire si la littérature québécoise ne s’exporte pas. Si elle brille assez fort, elle finira peut-être par susciter l’intérêt qu’elle mérite, et en attendant, on se parlera entre nous autres…

  6 commentaires

6 commentaires:    (ajoutez-en un)

  1. #1  Jean-Louis   (19 mars 2006 - 3:46)

    La question de la langue est peut-être absurde pour une unilingue francophone québécoise, mais elle n’est pas absurde pour tout le monde. Disons que la question manquait de nuances (elle a un sens dans de nombreuses parties de la « Francophonie », mais pas partout), mais que la réaction de Proulx a aussi quelque chose d’assez épidermique. À la limite, j’ai presque tendance à lui décerner un certificat d’inculture puisque c’est une sorte d’aveu d’ignorance de ne pas pouvoir même envisager d’écrire dans une autre langue, pour quelque raison que ce soit.

    Évidemment, il aurait été intéressant de juger à cette aune des réactions d’auteurs français à la même question…

  2. #2  Joel Champetier   (19 mars 2006 - 10:44)

    Je vois sa réponse comme un mouvement d’impatience épidermique, certes, mais compréhensible face à une question qui n’est pas posée aux écrivains qui habitent l’Hexagone. J’ai lu quelques entrevues avec François Weyergans (orthographe?), et je ne me souviens pas qu’on lui ait demandé pourquoi il écrivait en français. Lui a-t-on demandé s’il envisageait d’écrire dans une autre langue? Serait-il aussi cul-terreux que Monique Proulx? La question, à la limite, est niaiseuse: un écrivain écrit dans une langue qu’il maîtrise — lapalissade — et on maîtrise une langue quand les circonstances de la vie ont fait qu’on y trouve, quelque part, son intérêt. L’admiration et l’envie que je porte à mes confrères écrivains bilingues sont tout de même atténuées par le fait que cette langue qu’ils maîtrisent, ils y sont confrontés depuis le biberon. Simple coïncidence? Yann Martel, Yves Meynard ou Claude Lalumière seraient-ils capables d’écrire des textes publiables dans une *autre langue autre* que l’anglais?

  3. #3  Joel Champetier   (19 mars 2006 - 12:39)

    Précision: Par “confrères écrivains bilingues”, je parlais de mes confrères écrivains du Québec capable d’écrire en français et en anglais. Révélateur, et signifian, que l’imprécision ne me soit pas apparue en rédigeant mon billet.

  4. #4  Jean-Louis   (19 mars 2006 - 14:12)

    J’avais bien noté que la question était un peu mal ciblée. Mais les Belges et les Suisses francophones vivent aussi dans des pays multilingues, qu’ils le soient eux-mêmes ou non, et il faudrait voir comment ils ont réagi à cette question.

    Inversement, il y a des auteurs de pays totalement non francophones qui écrivent en français. Il faut croire qu’ils n’ont pas trouvé absurde la question de changer de langue même s’ils étaient initialement dans le même cas de figure. Bref, oui, je maintiens que Proulx a manqué une belle occasion de montrer un minimum de largeur de vues ou de sérénité. (Je rappelle en passant que je considère que l’incapacité hexagonale à gérer les autres variétés du français est aussi une marque d’inculture.)

    Cela dit, je ne suis pas sûr qu’Yves et Claude soient confrontés à l’anglais depuis le biberon. (Yves est né à Québec, qui n’est pas très anglophone, et il a fréquenté le Collège français avant d’étudier à l’Université de Montréal… Je leur poserai la question ce soir si j’y pense.) Ou du moins, pas plus que les autres Québécois francophones de leur génération. S’ils ont fait un certain choix, cela signifie que les autres auteurs québécois ont fait un choix différent, même si c’était sans s’en rendre compte.

    En revanche, je crois que le cas de Yann Martel, comme celui de nombreux autres auteurs hybrides, est différent. Là, je crois qu’on peut parler d’une enfance véritablement partagée. (Mais quid de Serena?)

    Cela me rappelle qu’au S.L.O., j’avais trouvé un recueil de poésie d’Émile Martel en espagnol et que je l’avais examiné en me demandant si ce grand traducteur écrivait aussi directement en espagnol. Mais non, c’était une traduction… Moi-même, quand j’étais plus hispanophone qu’aujourd’hui, j’avais entamé la traduction en espagnol de ma nouvelle « Enfants du soleil »… mais j’avais vite renoncé en constatant mes limites. Toutefois, j’aurais pu faire, qui sait, le choix de persévérer et d’acquérir une capacité d’écriture en espagnol…

  5. #5  Hugues   (20 mars 2006 - 18:28)

    Je suis d’accord avec Jean-Louis, ici. Les tentatives (en espagnol dans ton exemple), te montrent tes limites et peuvent engendrer deux types de réactions. Dans mon cas à moi, ça me donne le goût de faire reculer ces limites encore plus. de là à pouvoir poursuivre une telle traduction, il y a un pas, et un autre si on désire écrire directement de la fiction en espagnol, par exemple, mais pas un pas impossible à franchir si on en fait le choix.
    J’ai apprécié ta note sur les auteurs d’autres langues qui décident d’écrire en français.

  6. #6  Serena   (21 mars 2006 - 7:38)

    Il faut dire que mon cas est atypique: pendant un séjour à Courmayeur (Val d’Aoste) avec mes parents, je fus si agréablement frappée par les sonorités de la langue française (nous étions les seuls italophones, à l’hôtel), que je ne tardai pas à communiquer ma décision ferme et définitive à ma mère, le soir de son anniversaire: je serais prof d’italien dans une université française et écrirai des bouquins en français.

    C’était le 22 août 1957. J’avais huit ans. Depuis, j’ai tout mis en œuvre pour réaliser mon rêve et, ma foi, ça a assez bien marché.

    En tout cas, si c’était à refaire, je le referais.

    Par la suite, si ça vous intéresse, je vous parlerai de la légère schizophrénie inhérente à ma condition d’écrivaine vocationnelle d’expression française…

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