Fractale Framboise

Laurine

Myst V: End of Ages

par Laurine - dimanche, 19 février 2006 - 12:24 (Arts visuels, Critiques, Techno/sciences)

Myst V: End of AgesComme le laisse entendre son titre, Myst V: End of Ages marque la fin de cette fabuleuse série de jeux vidéo. Plus qu’un simple passe-temps demandant au joueur de résoudre des énigmes, Myst offre un univers de fantasy complexe où l’écriture permet de créer des Âges, de les voir évoluer et, malheureusement, de les détruire si un livre de liaison tombe entre les mauvaises mains.

La conclusion de la série puise dans les quatre premiers volets, et aussi dans Uru, un monde dérivé auquel je n’ai jamais eu accès faute d’équipement adéquat. Le joueur est accueilli par Yeesha, maintenant adulte, qui lui demande de retrouver une tablette investie de pouvoirs. Ce puissant artefact lui permettra de reconstruire D’ni. Pour mettre la main dessus, il faut au préalable rassembler quatre ardoises éparpillées dans plusieurs Âges. Arrive dans le récit un dénommé Esher, un hippie grognon et chauve qui s’oppose à Yeesha. Interviennent aussi les Bahro, des créatures asservies veillant sur les ardoises que récolte le joueur. Le jeu commence à K’veer, qui s’avère à la fois un point de départ et d’arrivée. Un petit monde intermédiaire, Direbo, fait le lien entre les quatre lieux où sont réparties les ardoises: Tahgira (le village dans la neige), Todelmer (l’observatoire astronomique), Noloben (les îles aux menhirs) et Laki’ahn (l’arène). Chaque ardoise retrouvée est utilisée pour progresser dans le jeu, et on peut y tracer des symboles qui obligent les Bahro à recourir à leur magie. Comme d’habitude, l’histoire se conclut avec trois issues possibles, dont une seule est optimiste.

Parmi les comptes rendus sur Internet, vous aurez le lot habituel d’éloges dithyrambiques. Cette fois, par contre, impossible de ne pas aussi remarquer les exclamations de dépit et les critiques grincheuses venant de joueurs frustrés. J’avoue partager l’impression désagréable qu’avec End of Ages, quelqu’un a pris toutes les mauvaises décisions concernant la conception du jeu.

Contrairement aux volets précédents qui roulaient en Quicktime VR, celui-ci a entièrement été réalisé en 3D avec déplacements en temps réel. «Wow! me direz-vous. N’est-ce pas merveilleux ce que la technologie accomplit de nos jours?» C’est probablement ce que les bonnes gens d’Ubisoft ont pensé, et je ne peux pas les blâmer de vouloir toujours perfectionner leurs produits. L’ennui, c’est que pareil environnement, qui permet en théorie une plus grande immersion du joueur, sacrifie le détail des graphiques. N’est-ce pas paradoxal? Voilà le joueur immergé dans un univers de polygones apparents, de décors en papier mâché et de textures floues. Rien à voir avec la luxuriance de détails de Myst IV: Revelation.

La pauvreté des graphiques va jusqu’à nuire à la résolution des énigmes. Un câble affaissé ressemble à une grosse liane, par exemple. Pas facile de comprendre qu’il faut trouver la poulie qui le soulèvera. Du point de vue technico-technique, ce n’est pas le seul problème à signaler. J’ai beau pousser le contraste de mon moniteur au maximum, certaines scènes du jeu sont plongées dans une telle noirceur que je n’y vois rien. Impossible de distinguer les couloirs, les manettes ou la nature d’un objet en travers du chemin. Heureusement que le jeu s’accompagne d’un guide qu’on peut suivre pas à pas. «Ah, c’est donc ça que la scène représente?», me suis-je dit plus d’une fois en comparant l’illustration nette du manuel et l’écran désespérément noir devant moi.

Ecrans comparatifs
À gauche, une capture d’écran de Todelmer, un Âge plongé dans une nuit perpétuelle. À droite, la même image éclaircie en Photoshop. Attention à la marche.

Les ardoises mentionnées précédemment sont un fardeau que le joueur doit se trimballer. Contrairement aux quatorze livres et à l’appareil photo qu’il ramasse à K’veer, et qui apparaissent sagement sous forme d’icônes, elles occupent le quart inférieur de l’écran. Elles empêchent, par exemple, de voir ce qui se passe au sol, de monter les escaliers ou les échelles. À mesure que le joueur progresse dans un Âge, il découvre des socles où poser les ardoises; grâce à des symboles qu’il grave dans la pierre, il peut se téléporter d’un socle à l’autre. L’ennui, c’est que ces symboles sont à l’origine d’un «trou» dans le jeu, une éventualité que les programmeurs n’ont pas envisagée. À Todelmer, j’ai dessiné sur l’ardoise un symbole au hasard, sans savoir qu’il ressemblait au symbole correspondant au socle final. Ça a confondu le programme, qui m’a propulsée à la fin de l’Âge sans que je puisse résoudre les puzzles qui me restaient.

Dans la liste des récriminations, ajoutons les personnages, surtout Yeesha et Esher. Les deux nous servent de longs discours brumeux qui continennent pourtant des indices cruciaux. Esher, surtout, surgit régulièrement dans le jeu pour nous dire quoi faire, nous exhorter de lui remettre la tablette et nous assurer que les Bahro sont la pire invention d’Ubisoft. Pour empirer les choses, les protagonistes ne sont pas des acteurs filmés et intégrés dans le décor, mais des personnages de synthèse. Leur gesticulation insectoïde hurle «POSER™!» à chaque haussement d’épaules. Et vous devriez voir la tête d’Atrus!

Le jeu permet trois modes de déplacement: 1) avec les touches du clavier, 2) pas à pas avec la souris, et 3) first person shooter avec vue 360°. Je n’ai pas essayé le premier mode (clavier), mais les deux autres présentent leurs lots de problèmes. En mode FPS, on circule trop vite, si bien qu’on passe devant des détails importants (comme la porte de sortie). En mode pas à pas, on avance plus lentement, sauf qu’il faut viser. Le simple fait de circuler autour d’une table demande de prendre un virage très large, comme le font les dix-huit roues, voire même de reculer pour prendre son élan. Les choses ne seraient pas différentes si le joueur se déplaçait en fauteuil roulant.

Dois-je préciser que tous ces inconvénients n’ont pas contribué à me mettre dans un état d’esprit favorable pour apprécier les puzzles? Pris individuellement, Myst V: End of Ages serait sans aucun doute un jeu tout à fait correct, mais dans le cadre de la série Myst, c’est une chute au bas de l’échelle. On a l’impression que ce volet final a été réalisé à la hâte, dans des délais impossibles et avec une bonne dose d’improvisation. Le plus frustrant est de constater que le jeu avait un énorme potentiel: les mondes proposés ne manquent pas d’imagination ni même d’atmosphère.

Une conclusion inégale à grand classique…

Tahgira

Todelmer

Noloben

Laki'ahn

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  4 commentaires

4 commentaires:    (ajoutez-en un)

  1. #1  Michel Barbeau   (9 juillet 2007 - 18:17)

    Je partage votre opinion sur le jeux Myst. Je les ai tous fait (incluant Uru qui m’a beaucoup déçu). Il est vrai que Myst IV était de loin supérieur à Myst V. J’ai d’ailleurs un problème sur ce jeu. J’en suis à Laki’ahn (presqu’à la fin). Or je n’ai plus d’ardoise vierge pour démarrer l’espèce d’éolienne! Je ne parviens plus à retracer le dernier endroit où j’ai bien pu la placer. Existe-t-il une solution ?

    Merci (et excellent site).

    Michel

  2. Laurine

    #2  Laurine   (9 juillet 2007 - 19:12)

    Hum, les détails du jeu se sont estompés dans ma mémoire. Mais si je me souviens bien, du moment que l’on posait une tablette au sol, un Bahro s’en emparait pour la poser sur le socle le plus près. Il faut donc retrouver le socle en question. Peut-être dans la cage? Ça me paraît être l’endroit le plus proche, mais mes souvenirs sont flous.

  3. #3  Serge   (9 juillet 2007 - 19:37)

    Et google?

  4. Laurine

    #4  Laurine   (10 juillet 2007 - 5:31)

    Je ne crois pas qu’une recherche sur Google permette de retracer une tablette perdue. C’est un problème spécifique à la partie du joueur. (De toute façon, je crois que le jeu lui-même s’accompagne d’un solutionnaire. Google est plutôt utile pour trouver des cartes.)

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