Les Ogres du Gange — Philippe Cavalier
par Laurine - lundi, 16 janvier 2006 - 11:11 (Critiques, Lectures, SF&F francophone)
La série «Le Siècle des chimères», publiée aux éditions Anne Carrière, comprend quatre tomes. Les deux premiers, Les Ogres du Gange et Les Loups de Berlin, sont déjà disponibles; les deux autres, Les Anges de Palerme et La Dame de Toscane, paraîtront au cours de l’année 2006. Il s’agit de la première publication de l’auteur, Philippe Cavalier, qui s’intéresse, dit-on, à l’histoire des religions et de la magie, et qui a fait des études en langues et civilisations orientales. À travers cette série, un certain nombre de personnages se croisent alors qu’ils traquent un couple roumain maudit, les Galjero, férus d’occultisme et adeptes de sacrifices humains. Bonne nouvelle, donc, pour les amateurs d’espionnage et les fans d’histoires fantastiques teintées d’horreur, qui pourront y trouver leur compte.
Les Ogres du Gange se déroule à Calcutta en 1936, à l’aube de la Deuxième guerre mondiale, et met en scène David Tewp, un jeune agent britannique du M16 plutôt naïf et maladroit, qu’un concours de circonstances envoie dans les Indes coloniales. S’attendant à un travail de bureau routinier, il déchante vite quand on lui affecte une équipe avec pour mission d’espionner Ostara Keller, une Américaine à la solde du SD Ausland. Cette toute jeune femme s’avèrera extrêmement dangereuse, non seulement à cause de sa froideur meurtrière, mais aussi à cause de sa maîtrise des arts noirs de la magie. Compliquant la situation, la visite aux Indes du roi d’Angleterre, Edouard VIII, dont le penchant germanophile est bien connu, agite les milieux extrémistes indiens et certains pouvoirs secrets européens. Vient se mêler à l’intrigue un couple mystérieux et richissime, les Galjero, en apparence honnêtes et soucieux de leur prochain, surtout les enfants, mais qui s’avèreront tout autre chose. Victime d’un sort qui le consume à petit feu, coincé par des extrémistes politiques voulant assassiner le roi (ou le protéger, selon les intérêts de chacun), persécuté par ses pairs et obligé d’improviser pour sauver sa peau, le naïf David Tewp sortira de l’expérience complètement transformé.
Pour ma part, Les Ogres du Gange m’a bien plu, malgré une impression initiale un peu mitigée. Le récit met du temps à atteindre sa vitesse de croisière, car il y a beaucoup d’éléments à mettre en place. Ce qui rachète ce début un peu longuet, c’est la touche de réalisme que Cavalier insuffle à ce milieu étranger qu’est l’Inde coloniale des années 30, alors que la poigne britannique commence à s’affaiblir. Les protagonistes du M16 ne sont pas dépeints comme un modèle de compétence, ni même de tolérance envers les autochtones. Autre défaut surtout perceptible dans les premières pages, les dialogues manquent de concision et donnent l’impression que les personnages aiment s’écouter parler. Quant à la narration, elle semble parfois prendre la situation un peu à la légère. Peut-être est-ce un choix délibéré de l’auteur, qui nous montre les choses du point de vue de Tewp? La situation se rétablit quelques chapitres plus loin, quand Tewp est plongé dans l’enquête jusqu’au cou.
Les Ogres du Gange, avec son couple richissime et dépravé, sa magie noire et ses sacrifices d’enfants dans un milieu exotique, ne réinvente pas la roue, mais la fait certainement bien tourner. On se laisse prendre par cet univers occulte (autant politique que magique, d’ailleurs), par ses femmes vénéneuses et possédant des connaissances hors du commun, par ses complots politiques et leurs acteurs hauts en couleurs. Vers la fin du bouquin, l’action déboule carrément alors qu’elle se transpose en Russie, en pleine guerre contre les Allemands. Tewp y traque Ostara Keller, qui s’avèrera une sorte de Baba Yaga jamais à bout de ressources.
Une série à suivre, assurément.

Laissez un commentaire: