Analyse d’une bande-annonce: ULTRAVIOLET
par Christian - mercredi, 25 janvier 2006 - 22:55 (Cinéma, Critiques, SF&F autre)
Oui, j’aurais pu vous parler d’UNDERWORLD: EVOLUTION. Mais à quoi bon, pour un film où la meilleure et la pire chose à dire est de souligner qu’il est aussi bon que le premier UNDERWORLD?
Discutons plutôt de quelque chose de bien plus inusité: La bande-annonce du prochain film de Kurt Wimmer, ULTRAVIOLET, starring Milla Jovovich dans un autre rôle où elle doit se laisser couler dans des vêtements moulants, tolérer une mauvaise coupe de cheveux et tirer de l’arme automatique au plus grand plaisir de tous. Typecasting? Mais voyons donc…
ULTRAVIOLET, c’est surtout le prochain film du scénariste/réalisateur Kurt Wimmer, dont l’excellent EQUILIBRIUM avait laissé plus d’un fan complètement pantois. Ne râclez pas votre mémoire, vous n’avez pas vu EQUILIBRIUM au cinéma à la fin 2002: Torpillé par le studio avec une distribution nord-américaine confidentielle, EQUILIBRIUM a surtout connu une sortie straight-to-DVD à la mi-2003. Réalisé avec un scénario convenable et une énergie du tonnerre, EQUILIBRIUM a depuis acquis une modeste réputation comme un petit bijou méconnu.
Si je discute autant d’EQUILIBRIUM avant d’examiner ULTRAVIOLET, c’est premièrement parce que la bande annonce est définitivement du même réalisateur. Deuxièmement, vous méritez de voir de bons petits films de SF, et vous avez peut-être loupé EQUILIBRIUM jusqu’ici. Remédiez à cette carence culturelle dès maintenant et revenez lire après la (suite…)
Bon; vous avez vu EQUILIBRIUM. Maintenant que vous êtes fasciné par le gun-kata, par la fluidité étonnante des scènes d’action de Wimmer, par la vision claire de sa réalisation, par de ce qu’il est capable de faire avec un petit budget, n’avez-vous pas hâte de voir ULTRAVIOLET? Bonne nouvelle: la bande annonce se trouve dès maintenant chez UGO.com (Malheureusement, c’est en format “Quicktime-streamable”: pas de téléchargement direct)
Dans le désordre, quelques impressions au sujet de la bande annonce:
Déjà vu (1): “Hello, My name is Violet…” Aïe: cinq mots dans la bande annonce, et nous sommes déjà en territoire connu. Pour les étudiants en trailerologie, une jeune femme qui narre “My name is…” dans les premières secondes d’une bande annonce rappelle immédiatement DOMINO (”My name is Domino, and I’m a bounty hunter (bounty hunter)”) et… RESIDENT EVIL: APOCALYPSE (”My name is Alice“).
Milla Jovovich: Puisque nous parlons déjà de Mlle Jovovich, pourquoi ne pas mentionner qu’elle commence sérieusement à être typée? Après THE FIFTH ELEMENT et les deux RESIDENT EVIL, la voici de retour avec deux fois plus de fusils et deux fois plus de vêtements (ce qui n’est pas encore beaucoup). Mauvaise perruque (si c’est une perruque) qui suggère plus Selma Blair qu’une tueuse futuriste. Jovovich, malheureusement, n’est pas particulièrement de mon goût (trop mince, trop évidente) mais ça n’enlève rien au fait qu’avec ULTRAVIOLET, elle solidifie son répertoire d’héroïne d’action. En revanche, cela n’aide en rien l’impression d’un film déjà vu!
Héroïnes d’action (en général): Mais Jovonovich n’est pas la seule héroïne d’action. On est passé d’un stéréotype à l’autre depuis les années 80: De la grande brute (Stallone, Schwarzennegger, Lundgren), on en est à la jolie poupée depuis les deux TOMB RAIDER, AEON FLUX, les deux UNDERWORLD, les deux RESIDENT EVIL et ainsi de suite. Si certain(e)s y ont vu là une victoire féministe, j’en suis moins certain. Il n’y a pas beaucoup plus à ces personnages qu’une figure athlétique en vêtements moulants tirant des armes automatique. Personnalité, subtilité, complexité: Pas nécessaire. C’est de l’exploitation dédiée à l’audience mâle (Girls! Gowns! Guns! Hawt!). Pendant ce temps, les authentiques geeks attendent toujours une héroïne qui a plus qu’une façade de toc. (Bien que l’équipage féminin du SERENITY, ah…)
William Fichtner! OMG! Vous excuserez le ton particulièrement fanboyish du commentaire, mais Fichtner est le genre d’acteur de second plan qui trouve presque toujours moyen de se faire remarquer. Son physique particulier (grand et angulaire) l’aide à ne pas passer inaperçu. Ses performances les plus mémorables restent sans doute celle du policier Burke dans GO (la menace qui sombre dans l’embarras) et du détective Alex Tardino dans WHAT’S THE WORST THAT COULD HAPPEN? (une performance qui redéfinit le terme “flamboyant”). Sa présence dans ULTRAVIOLET n’est pas une surprise étant donné son rôle du chef rebelle Jurgen dans… EQUILIBRIUM. Très cool de le revoir ici.
Ouf, le film a un sens du design! La première impression que dégage la bande annonce, c’est le fort sens visuel: Un édifice en forme de sigle d’avertissement biorisque, une porte cruciforme, machines arachnides, des scènes découpée dans le blanc, des soldats ennemis en noir très classique: EQUILIBRIUM était un petit triomphe d’ingénuité pas trop dispendieuse, et il semblerait qu’ULTRAVIOLET est la même veine. (Qui plus est, le design semble avoir une justification visuellement astucieuse: Remarquez l’armure vitrée des soldats, qui se fragmente au premier impact!) Mais le design n’a jamais rien rescapé, dites vous en montrant AEON FLUX du doigt, et vous avez tout à fait raison.
Tiens, de la musique: Le choix de “24″ du groupe Jem est audacieux et suggestif d’un peu de girl power teinté de tragédie imminente. Les autres passages techno-instrumentaux, eux, sont plus convenus: “Clubbed to Death” de Rob Dougan est tellement associé à THE MATRIX que son emploi dans une bande-annonce a maintenant un effet quasi-pavlovien chez les amateurs d’action SF.
Ouille, les dialogues: Si j’ai à distiller l’essentiel de mes objections au film via la bande annonce, ce serait la réplique “Are you mental?” Cette ligne sonne tout à fait faux dans le contexte tragi-épique suggéré par la bande-annonce. Le reste des dialogues du clip n’est guère plus inspirant, bien que “I was born in a world you… may not understand” devrait trouver sa résonance dans le cœur de l’importe quel écrivain de SF. (Vous noterez par ailleurs que le bande annonce reste fort discrète sur l’intrigue annoncée du film –rien sur le vampirisme, par exemple, ce qui est sans doute pour le mieux.) Ceci dit, à quoi bon un scénario mieux qu’adéquat quand on peut compter sur…
Hourra! De l’action! Hélicoptères, fusil, motocyclettes, automobiles, un peloton d’exécution: éléments familiers, bien sûr, mais les quelques séquences entraperçues dans la bande annonce présagent un retour au rythme fluide qui avait fait tout le succès du gun-kata d’EQUILIBRIUM. On reconnaît l’emploi d’effets spéciaux transformant ces scènes en moments impressionnistes, mais ce qui sépare Wimmer de ses confrères moins compétent, c’est le sens de continuité de ses scènes d’action: Peu importe le resserrement du montage, on ne perd pas un moment de la chorégraphie, et c’est ce qui distingue un coupage “à la MTV” d’une scène viscéralement excitante. Wimmer sait également se servir d’effets spéciaux pour nous montrer des plans inusités. Si un aspect de cette bande annonce me fait sautiller dans mon siège, c’est bien sa maîtrise de la grammaire cinématographique.
Ceci dit… J’ai la nette impression que, tout comme pour UNDERWORLD: EVOLUTION, la bande annonce a dévoilé un élément de la dernière scène, quelle qu’elle soit. C’est déjà assez terrible de nous avoir révélé comment Milla évite la centaine d’armes braquées contre “elle”, je vais être assez frustré si ça s’avère être un des trucs de la fin du film… (Dans son Glossaire des films, Roger Ebert parle du Trailer Hitch: “That momentary sense of confusion you experience when you’re certain that the end of the film is close at hand, but all of a sudden you realize that there’s a scene in the movie’s trailer that hasn’t appeared onscreen yet.”
Déjà vu (2) et l’intérêt du cinéphile: Il est impossible de voir cette bande annonce sans penser à une demi-douzaine d’autres films. Bonne ou mauvaise nouvelle? Ce qui est étonnant du cinéma hollywoodien, c’est comment il peut à la fois embrasser et rejeter l’imitation. Alors qu’un film bien connu peut tuer un sujet pendant des années (Est-ce que quelqu’un va se risquer à faire un autre film sur Alexandre le Grand après ALEXANDER?), autant un film à succès peut créer des imitations pendant une aussi longue période de temps. ULTRAVIOLET et EQUILIBRIUM n’auraient pas existés sans l’impact de THE MATRIX. Faut-il se sentir coupable de vouloir voir quelque chose d’autre dans le même style? Comment expliquer ma réaction allergique à la série UNDERWORLD alors que le style bien recyclé d’ULTRAVIOLET attire quand même mon attention?
Alors, le verdict? Hé bien, on ne passe pas quelques paragraphes à analyser une bande annonce pour dire qu’elle ne fonctionne pas. J’y serai dès la sortie du film.
ULTRAVIOLET sera en salles le 24 février.

#1 Laurine (26 janvier 2006 - 9:58)
Oh my God, toi-même! Le méchant Daxus est joué par Nick Chindlund, qui a incarné l’un des tueurs en série les plus marquants des X-Files, l’ineffable (et nécrophile) Donnie Pfaster. Oui, oui, à chacun ses références, mais c’est certainement une curiosité de mon point de vue. Par contre, les répliques de la bande-annonce sont épouvantables. Espérons qu’elles seront diluées dans des dialogues mieux construits.
#2 Mehdi (2 février 2006 - 1:52)
Hey! J’ai vu le clip sur le site de trailers de apple (http://www.apple.com/trailers/sony_pictures/ultraviolet/)…
Ça m’a beaucoup rappelé Matrix (la comparaison est facile puisqu’il y a Matrix et…?), mais l’emphase semble être mise sur la manipulation et la transformation du corps.
Ahhh, vive le CGI! Ça a l’air un peu bof, mais je pense que ça vaudrait la peine de le voir sur grand écran…
#3 Laurine (2 février 2006 - 8:19)
J’ai vu la bande-annonce sur grand écran. Ils y sont allés un peu fort sur la post-prod, parce que la peau des protagonistes n’a plus de pores (comme Scarlett Johanssen dans The Island). «Hello, I’m a manga character. I was born in a world you… may have to read backwards.» Je remarque aussi que les planchers sont artistiquement glissants, ce qui donne un petit effet quand un personnage en pleine course (généralement un soldat générique qui va se prendre un coup de crosse dans la gueule) doit freiner brutalement. Et, même masqués, on reconnaît toujours les cascadeurs asiatiques à leur façon de bouger.
#4 Laurine (4 février 2006 - 19:44)
… et en passant, Christian, merci d’avoir identifié la chanson de Jem. Je ne la connaissais pas, et là je viens de découvrir un très bon album!
#5 Christian (5 février 2006 - 7:34)
Laurine: Tout le mérite revient à l’excellent site soundtrack.net, qui compile tout ce que l’on veut savoir sur les musiques de film, y compris ce qui est utilisé dans les bandes-annonces. Pratique!
#6 Christian (4 mars 2006 - 16:06)
Après une semaine de retard et un blackout médiatique destiné à masquer le fait que le film n’a pas été montré en avant-première critique (toujours un mauvais signe), ULTRAVIOLET est maintenant en salles. Verdict? Attendez le DVD.
Ne croyez pas que je n’ai pas aimé. Tel que pressenti, les scènes d’action sont souvent à couper le souffle, le design du film est exceptionnel, les gadgets sont charmants et Milla Jovovich est en pleine forme dans le rôle titre. Ajoutez un fabuleux générique d’ouverture sous forme de couvertures de comic books, des effets spéciaux à la pelle et vous avez un film de SF de série B tout à fait délicieux. De plus, je me suis heureusement trompé sur une des choses ci haut: la “centaine d’armes braquée sur elle” n’est pas la séquence finale du film.
Mais c’est sans compter sur les failles considérables du film: les dialogues sont atroces, la structure dramatique est complètement ratée, les emprunts sont évident (ah, une scène de gun-kata pleinement illuminée!) et l’action devient répétitive. Si je me complais dans toute la saveur loufoque de l’ensemble, je me sentirais coupable de recommander le film à une autre personne; il faut pratiquement savoir regarder le film avec un degré d’ironie qui n’est pas tout à fait mérité par ce qui est à l’écran.
Il va sans dire qu’en attendant la sortie DVD du film, vous pouvez toujours vous payer un autre visionnement d’EQUILIBRIUM…
#7 Laurine (4 mars 2006 - 17:34)
Je sors justement d’une représentation. Mon premier réflexe a été de dire: «Je n’ai pas compris l’histoire», suivi de «L’image était floue tout le temps». Le moins qu’on puisse dire, c’est que le gars du CGI était… enthousiaste.
Pourquoi dit-on que c’est une histoire de vamp… pardon, d’hémophages, alors qu’on ne voit personne boire du sang? N’est-ce pas la raison classique de craindre les vampires? Dans le film, l’hémophagie n’est pas si terrible. Les «malades» sont ultrarapides et résistants, ils maîtrisent le kung-fu et le bullet time, ils ont développé des gadgets géniaux, ils ont un visage sans points noirs — qui ne voudrait pas être infecté? L’histoire est confuse, les personnages sont mal développés, et la mise en situation est bâclée.
Autre problème, le scénario suit de trop près celui d’Equilibrium à mon goût. Ceux qui ont vu ce film se souviendront qu’on y traitait les émotions comme une maladie; quiconque ne prenait pas de suppresseur (fourni par le pouvoir en place) était éliminé. On contrôlait ainsi la société sous prétexte de l’empêcher de verser dans le chaos. Comble du comble, le dirigeant, cet hypocrite, s’avérait être ce que lui-même pourchassait, et finissait tranché en julienne par le héros. Pourtant, même construit sur des assises semblables, Ultraviolet manque de relief, en plus de recycler l’essentiel des séries Blade, X-Men et The Matrix.
Ceci dit, l’aspect visuel du film est neat, dans tous les sens du terme. On ne verra jamais de ville aussi propre, à croire que le futur ne nous réserve que deux emplois possibles: soldat ou laveur de carreaux. Les costumes sont cool, c’est indéniable, surtout le petit côté fétichiste des masques à gaz, toujours un plus dans un film de SF. Les scènes de combat sont soigneusement chorégraphiées et soutiennent tout le film (ça, et les close-ups obsessifs-compulsifs de Milla). Mais autrement, je m’enligne sur le commentaire de Christian: attendez le DVD et revoyez plutôt Equilibrium.