Incompetence, Rob Grant

Couverture: Incompetence, Rob GrantSi jamais l’incompétence qui vous entoure vous semble insupportable, sachez que ça pourrait être bien pire. Dans son roman de SF humoristique Incompetence, le britannique Rob Grant s’amuse à imaginer les aventures d’un agent secret au sein des Etats-Unis d’Europe (hé oui), où une loi interdit « la discrimination au travail, à n’importe quel niveau, pour causes d’âge, de race, de religion ou d’incompitence. »

Les résultats ne tardent pas à être évidents. Notre protagoniste s’estime chanceux si son vol d’avion parvient au bon aéroport. Les bagages, eux, seront dans un autre état. Arrivé à sa chambre d’hôtel, « Harry Salt » n’est guère surpris de constater que le lit n’y est pas. L’absence de lavabo est un peu plus frustrante, cependant, et un appel à la réception ne règle rien lorsqu’il ne parvient qu’à rejoindre le restaurant de l’hôtel. À part Harry, la seule personne compétente dans ce livre semble être le meurtrier qu’il traque.

La SF comique est plus rare qu’on le souhaite, et cet hybride policier/SF arrive donc à un bon moment. Écrit par un ex-membre de la troupe « Red Dwarf », Incompetence nous livre un portrait satirique d’une Europe devenue complètement inepte. Louer une automobile pour sortir de Paris s’avère être une aventure de plusieurs pages, pendant laquelle « Harry » aura à traiter avec un manuel d’instruction inutile, un remorqueur impatient, des voies parisiennes menant inévitablement à l’Arc de Triomphe et un corps laissé dans le coffre arrière. Et ne disons rien au sujet des chaussures en cuir légumineux qu’il doit porter…

La lecture est plaisante, mais le rythme est inégal. Des péripéties absurdes traînent en longueur longtemps après que la blague est consommée. Qui plus est, la finale abandonne momentanément l’humour pour livrer une conspiration qui semble tirée toute droit des fantasmes anti-américains les plus vicieux. Mais ces quelques ratées ne parviennent pas à affecter le plaisir d’un roman bien léger qui rappelle légèrement celui des livres de Douglas Adams, en un peu moins cosmique. Petit divertissement vaut bien du grand art de temps en temps.

6 commentaires

  1. J’avais ce livre en main il y a plusieurs mois chez Indigo. La couverture m’avait sauté aux yeux, moi qui venais de passer trois ans à corriger des textes et à dessiner des petits crochets pour indiquer une lettre ou un mot à insérer. À première vue, l’histoire me semblait basée sur le principe de Peter. Par contre, les critiques lues sur Internet me paraissent en général plutôt tièdes, alors j’hésite à me procurer le bouquin.

  2. René Beaulieu

    Une chose est certaine: amalgamer la supression de la discrimination pour cause d’age, de race ou de religion (Tiens, il n’a pas mis « de sexe » là… , pour ne pas se couper d’une partie de son lectorat blanc et feminin potentiel? ;-) ) n’est pas innocent, ni encore moins neutre la? Cela sent a plein nez son ode au prive et au liberalisme comme reponse a tous les mots et son culte de l’efficience apparente et de la performance Reageanienne et Tatcherienne…

    Il a bien ete forme (deforme) par l’air bien et ne s’aventurera a presenter des alternatives qui ne sont plus porte par les vagues conjugees de la mode, de l’autorite de ceux qui savent (ou sont sences savoir) , de l’air du temps, et des dogmes economiques et sociaux assumes bien fermement et repetes infiniment sinon prouves scientifiquement ou par l’experience de l’usage et des faits.

    Il faut voir qui la satire vise ici, qui elle cible (semble-t-il bien etroitement) et si elle est efficace, effective et rellement amusante.

    Dans ce domaine (et pour regarder un auteur qui me semble plus liberal, au sens premier, et social) , il y a encore du chemin pour rejoindre quelqu’un d’aussi efficace et pertinent que Douglas Adams, me semble-t-il, a la lecture de la critique de Chreistian. Et encore plus des observateurs aussi aigus et consequents (et tres amusants) que Frederik Pohl, C. M. Kornbluth, Mark Reynolds ou le Robert Sheckley des annees 50. Ou Robert Anton Wilson, voir meme Heinlein.

    evidemment, seule la lecture complete du livre me renseignerait plus et mieux la-dessus…

    Tous les auteurs de la tendance sociologique et satirique de la revue Galaxie font d’ailleurs parties des lectures de base et recommandees dans ces domaines.

    Et quant a faire, relire Voltaire, Swift et Wells n’est pas mauvais non plus…

    Rene.

  3. René Beaulieu

    Il fallait bien entendu lire, precedemment:

    « amalgamer la supression de la discrimination pour cause d?age,
    de race ou de religion (Tiens, il n?a pas mis ?de sexe? là? , pour ne pas se couper d?une
    partie de son lectorat blanc et feminin potentiel? ;-) ) _a celle pour cause d’incompetence_ n?est pas innocent, ni encore moins
    neutre la…  »

    Tape trop vite, comme d’habitude.

    Mes excuses.

    Rene.

  4. Alain Ducharme

    J’appréciais beaucoup la série Red Dwarf du tandem « Grant Naylor » (Rob Grant et Doug Naylor, en réalité). Mais séparément, je dois dire qu’ils m’impressionnent pas mal moins. Les dernières saisons de la série Red Dwarf n’atteignent plus les sommets passés, selon moi. Je n’ai même pas été tenté d’acheter Incompetence

    D’ailleurs, pour la petite histoire, j’ai cru avoir compris que la séparation entre les deux ex-partenaires n’a pas été des plus amicales. Ainsi, après avoir publié les deux premiers romans Red Dwarf ensemble, ils se sont séparés pour écrire chacun une suite différente. Cela donne donc « Backwards » et « The Last Human », deux romans n’ayant aucun lien ensembles, mais qui terminent chacun à leur façon la même histoire…

  5. En fait, je me suis trompé dans ma traduction du passage Article 13199 of the Pan-European Consitution: ‘No person shall be prejudiced from employment in any capacity, at any level, by reason of age, race, creed or incompitence’: « creed » se traduit mieux par « croyance » que « religion ».

    Laurine: Ce qui est génial avec la comédie, c’est que même quelque chose de tiède peut-être acceptable au bon moment et à bon prix.

    René: Pas de crainte, il n’y a pas de discours politique dans Incompetence (mis à part la charge anti-américaine de la fin, qui s’approche plus de la gauche que de la droite), même si le terrain d’y serait bien prêté. Je frissonne à imaginer un roman du même titre de la plume de Rush Limbaugh, tiens…

    Aussi René: S’il faut comparer Grant à Douglas Adams, je dirais que Grant (dans Incompetence, tout au moins) est un stand-up comique, alors qu’Adams était philosophe cosmique…

    Alain: Merci du renseignement! Alors il y a des fans de Red Dwarf ici, tiens tiens…

  6. Benoit

    Red Dwarf, The Blackadder et Fawlty Towers étaient les 3 meilleures séries anglaises de cette période. Pour ceux qui ne connaissaient pas Rowan Atkinson avant Mr. Bean, The Black Adder est un must!

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