Spaceway: Sauvetage Interdit, Benoit Racette

Couverture: Spaceway: Sauvetage Interdit, Benoit RacetteStupeur et surprise lors de ma dernière visite au Chapters: Un authentique techno-thriller québécois d’un auteur et d’un éditeur tout neuf. Malgré un quart de couverture arrière problématique (voir plus bas), j’ai acheté: fallait bien voir de quoi il s’agissait, n’est-ce pas?

Hélas, Spaceway: Sauvetage Interdit se révèle être un livre remarquable, mais pour toutes les mauvaises raisons. Si quelqu’un doutait encore de l’importance d’une bonne direction littéraire, ce roman ne tarde pas à éliminer toute hésitation.

Précisons tout d’abord une chose essentielle: l’éditeur de Spaceway: Sauvetage Interdit, Direct Livre, est un service de publication à compte d’auteur. Leur site web a au moins la décence de ne pas tenter de camoufler ce fait, et on ne peut qu’admirer leur franchise. Mis à part quelques simplifications triomphalistes sur leur FAQ, je dois avouer que Direct Livre sait exactement la place qu’elle occupe dans le marché de l’édition d’ici. (Ceci dit, rappelez-vous toujours de la Règle Numéro Un de l’Édition Professionnelle: L’argent coule toujours de l’éditeur à l’auteur.)

Leurs services d’édition se chargent du strict minimum nécessaire pour transformer un manuscrit en livre de facture professionnelle: Correction d’épreuve, design graphique, impression et distribution. Malgré mes réserves sur le contenu de Spaceway: Sauvetage Interdit, je dois avouer que Direct Livre a fait un excellent travail: Le résultat est beau, bien, confortable à lire et doté d’une couverture assez réussie.

Mais la publication à compte d’auteur, c’est tout à l’avantage de l’écrivain et beaucoup moins souvent à l’avantage du lecteur. Si les mots de Spaceway: Sauvetage Interdit sont bien écrits et agencés dans le bon ordre, on découvre rapidement que ça prends plus qu’une révision d’épreuve pour faire un bon roman. Personne, manifestement, ne s’est attardé à scruter le livre pour en faire une œuvre de fiction correspondant aux normes des lecteurs d’aujourd’hui.

Avant de couper dans le vif du sujet, quelques mots sur l’intrigue: Suite à une explosion sur la Station Spatiale Internationale, la vie d’astronautes en orbite est menacée. Personne ne semble prêt à pouvoir leur porter secours. Personne? Que non! Car une société québécoise, nommée Spaceway, peut dépendre sur des navettes spatiales révolutionnaires de son cru, capable d’aller voler à la rescousse. Mais voilà que les États-Unis s’objectent à toute tentative de sauvetage… et prennent tous les moyens nécessaires pour s’assurer que Spaceway faillisse à la tâche.

Dans le domaine du techno-thriller, les sauvetages spatiaux ont donné plusieurs excellents livres. Le plus connu d’entre eux est peut-être l’excellent Storming Intrepid de Payne Harrison (1989), toujours lisible aujourd’hui malgré ses éléments de guerre froide. Plus ancien (1980) mais non moins amusant, on gardera un bien bon souvenir de Shuttle du Canadien David C. Onley. Plus récemment (2005), je m’en voudrais de ne pas vigoureusement recommander le fabuleux Freefall de Judith et Garfield Reeves-Stevens, assurément un de mes livres préférés de l’année. Dans les trois cas, on mélange un objectif difficile, de la technologie sophistiquée, un rythme d’enfer et quelques manœuvres politiques pour en arriver à un cocktail du tonnerre. Spaceway: Sauvetage Interdit s’inscrit donc dans une longue tradition de techno-thrillers bien menés.

J’étais donc fort bien disposé devant ce roman. D’où mon amère déception alors que j’ai progressé à travers les pages du livre. Cruellement dépourvu de direction littéraire compétente, Spaceway: Sauvetage Interdit frustre de par son manque des qualités les plus élémentaires d’une fiction agréable à lire.

Il y a, pour commencer, des invraisemblances assez énormes. Prenons tout simplement les navettes de Spaceway, miraculeusement « capables d’effectuer plusieurs vols consécutifs dans l’espace sans nécessiter d’atterrissages. » (Si vous avez lu la phrase précédente avec l’impression qu’elle était profondément insensée, imaginez maintenant qu’il s’agisse de la première phrase du quart de couverture arrière! Non pas qu’il s’agisse d’un accroc d’un copiste enthousiaste: Le livre dit vraiment « nous sommes la première entreprise qui ait inventé une navette possédant des capacités qui permettent de retourner immédiatement dans l’espace sans se poser. » [P.26]) Comment la navette effectue-t-elle cet exploit? Antimatière, bien sûr, mais surtout « Je ne le saurais comment l’expliquer, » n’explique pas le président de Spaceway, « mais [notre scientifique] a réussi à synthétiser une molécule d’hydrogène de manière à absorber les radiations et à les transformer en gouttelettes d’eau inoffensive. Donc un type d’énergie propre et renouvelable à l’infini!» [P.25]

Oubliez pour l’instant l’énergie requise pour créer de l’antimatière: Nous parlons ici d’une découverte scientifique fondamentale avec des applications qui font d’une navette sans atterrissage un détail sans importance. Mais, ah-ha, tout est secret… et ce même si, plus bas dans la page «nous avons fait breveter cette découverte dans tous les pays où c’était possible de le faire.»! (Ce n’est d’ailleurs pas la seule réalisation ahurissante de Spaceway, une société capable de se faire inscrire à la bourse de Toronto malgré une technologie secrète et un produit inexistant au moment de l’inscription.)

Libre à vous d’imaginer mes sourcils froncés devant une telle mise en situation. Mais peut-être peut-on tout expliquer par un univers parallèle? Après tout, on lit bien dans le livre que les deux dernières guerres du Golfe persique ont eu lieu en 1990 et 2002… [P.170]

L’effet cumulatif de ces invraisemblances est multiplié par le dédain que l’auteur semble avoir pour les journalistes, le gouvernement et les Américains. Lors du dévoilement des navettes magiques, un journaliste un peu trop curieux « se voit expulsé de l’édifice par deux taupins » et  » traîné par les pieds parmi la cohorte et jeté sur le sol de la rue devant l’entrée principale. » [P.30] Tout cela est évidemment très drôle. Plus tard, une stupide, stupide fonctionnaire du méchant, méchant gouvernement fédéral est humiliée devant témoins par un bouillant membre de l’équipe Spaceway, par l’habile stratagème sémantique de l’appeler « Madame Torture » plutôt que « Couture » [P.86]. Le gouvernement américain, bien sûr, représente la source monolithique de tous les maux. (La finale finit par verser carrément dans l’anti-américanisme de base, sans nuances.)

Le problème, c’est que ce manque de considération pour les journalistes, les fonctionnaires ou les américains déteint sur la place qu’on leur accorde dans le livre. La façon dont la crise de la Station Spatiale est traitée ne correspond à aucun scénario vraisemblable dans une Amérique toujours éprise de ses héros spatiaux. (Je présume que les prochains livres de la série sauront expliquer l’horrible secret faisant en sorte que le gouvernement américain est prêt à tuer ses propres astronautes, parce que celui-ci suggère mais ne dit rien.) Pire encore: Privé d’un bon personnage sympathique qui aurait pu être témoin des événements, l’auteur doit se border à raconter des événements de loin plutôt qu’à les décrire de près. Émeutes, destitutions présidentielles, brouillage continental et tergiversation politiques sont racontées cliniquement plutôt que ressentie par des personnages au vif de l’action.

Il y a beaucoup de matériel intéressant ici, mais aucune façon d’y parvenir avec la manière dont l’intrigue est exclusivement centrée sur Spaceway. De vagues uber-méchants américains (corpulents et bien habillés) manoeuvrent vaguement en arrière des scènes sans que ces passages ne nous apprennent rien de bien intéressant. La personnification vague des antagonistes n’est pas vraiment mieux réussie pour les héros de l’histoire. Les protagonistes (caucasiens mâles compétents, pour la plupart) se fondent un dans l’autre, à l’exception occasionnelle d’un d’entre eux qui dit «calvaire!» à plusieurs reprises. Que ressentent ces personnages? Ont-ils des doutes? Sont-ils parfois frustrés, parfois anxieux? Mystère…

Et finalement, il y a l’écriture. Les tournures de phrases qui trahissent un manque d’expérience. Le vocabulaire vague et approximatif. Les dialogues sous formes de paragraphes qui n’ont aucune ressemblance à ce qu’une oreille pourrait entendre. Il faut lutter contre le style du livre pour parvenir à comprendre ce qui s’y déroule, et je dis ceci en tant que lecteur franchement pas très demandant lorsque vient le moment de discuter de style littéraire.

Ce qui est encore plus agaçant, ce sont les signes que quelque chose de bien aurait pu être fait avec les éléments de ce livre. Racette sait manifestement manipuler le vocabulaire techno-scientifique et est à l’aise pour aborder des enjeux socio-politiques ambitieux. Le quart de couverture arrière mentionne qu’il est militaire de formation, mais je ne serais pas surpris d’apprendre qu’il travaille (ou a travaillé) dans une boîte d’aérospatiale. Un bon travail a été mis dans la recherche des éléments du livre. Bref, les éléments d’un bon thriller sont présents, mais agencés de façon tellement inefficace que l’on veut tout simplement cogner la reliure du livre sur la table dans l’espoir qu’ils se remettent à la bonne place. La défunte ASFFQ (sous la plume de Jean-Louis Trudel ou Yves Meynard) aurait eu un plaisir monstre à décortiquer les failles de ce roman.

On critique souvent « le milieu » de la SFQ d’être trop recroquevillé sur lui-même, voire inconnu du grand public. Mais le milieu offre des conseils, de l’encadrement et des rares personnes capables de faire de la direction littéraire compétente en genres populaires. Les éditions Alire auraient peut-être pu faire retravailler cet ouvrage pour en faire quelque chose que j’aurais eu un réel plaisir à lire. Benoit Racette, malgré tout son talent et ses meilleures intentions, est passé à côté du processus de sécurité qui empêche un écrivain de commettre des erreurs élémentaires. Malheureusement, le résultat de cet exercice sans filet se trouve maintenant dans toutes les librairies. Peut-être n’est-il pas trop tard pour effectuer un sauvetage et l’inviter à assister au prochain congrès Boréal?

Un bon directeur littéraire aurait su souligner les éléments les plus invraisemblables et offrir des suggestions constructives. Un bon directeur littéraire aurait pu donner une meilleure charpente narrative à la structure du livre. Un bon directeur littéraire aurait pu faire retravailler la personnification et les niveaux de langage de l’écriture. Un bon directeur littéraire aurait pu se faire l’avocat du lecteur.

Mais il n’y avait pas de directeur littéraire sur Spaceway: Sauvetage Interdit, et c’est effectivement le lecteur qui souffre, à s’exaspérer (souvent à voix haute) devant les façons dont le livre gaspille son potentiel de manière presque continue. Comme le titre, le quart de couverture arrière et les quelques dernières pages le suggèrent, ce roman est le premier d’une série. Mais en tant que lecteur échaudé, ça me prendra au moins l’assurance d’une direction littéraire minimum pour me faire rembarquer sur une navette Spaceway.

Quelle meilleure conclusion que de reprendre, mot pour mot, les dernières lignes du roman?

« CE N’EST PAS FINI ! SPACEWAY VA CONTINUER ! JE SERAI VOTRE PIRE CAUCHEMAR ! »

Sans blagues.

# Les commentaires sont fermés.

22 Commentaires

  1. Daniel

    Christian, tes talents de furet sont inestimables. Le catalogue de Direct Livre se lit comme un collage surréaliste. J’ai particulièrement aimé le «blurb» du Retour de Roméo et Juliette… Les adjectifs me manquent pour qualifier cette prose… du moins publiquement!

  2. J’ai toujours trouvé curieux cette façon de présenter une province du Québec hyper-avancée technologiquement, comme si le fait d’avoir des astronautes locaux rendait possible, par extension, l’existence d’une agence spatiale ou d’une compagnie fabriquant des engins révolutionnaires, et sans aide extérieure. Où va-t-on chercher les subventions pour de pareils projets? Il y a un je-ne-sais quoi de foncièrement infantile là-dedans. Ça choque un peu moins dans les publications jeunesse, disons, mais ça ne convainc pas pour autant.

  3. Où va-t-on chercher les subventions pour de pareils projets?
    ————————–
    c,est comme pour l,armée… dans les poches des contribuables, voyons.

  4. Daniel Jetté

    J’espère que dans le prochain volume, Marc Garneau sera nommé président de Spaceway. Comme ça, l’entreprise pourra avoir « la part du lion ».

  5. mathieu f

    Vu en librairie aujourd’hui: Le boomerang du temps, roman de SF, par Michel Labbé, aux éditions La plume d’oie (www.laplumedoie.com)

    Mathieu F

  6. mathieu f

    sortie: octobre 2005…

    MM

  7. Joel Champetier

    Moi, c’est ta critique que j’ai relu, Christian, en riant beaucoup cette fois encore. Me voici aux prises avec l’effet paradoxal de la critique rigolote: parce que j’ai ri, je me trouve par effet de sympathie plein de bonne volonté envers le roman en question. Stratégie de base de la publicité, les pitreries d’un humoriste nous rendra réceptif plus tard à la vue de la marque de bière que l’on désire promouvoir. (On se sert aussi de sveltes demoiselles en t-shirt mouillé.) Mais on est généralement déçu, dans le cas de bière en tout cas. Dois-je quand même acheter le livre en question? Ceci nécessite réflexion.

  8. Daniel

    La Plume d’Oie: une autre structure d’auto-édition. Vous saisissez tous ce que ça signifie, n’est-ce pas?

  9. Des titres cocasses? Des résumés hilarants? Des couvertures ahurissantes?

  10. Dans les circonstances, je ne peux pas résister à proposer le retour du concours de maltraitement de textes pour Boréal 2006 en mai. J’ai relu 3 fois (plié en deux) la critique de Christian sur ce livre de techno-thriller et malgré toute la bonne volonté du monde, je n’aurais pas acheté la chose (sans rigoler) après avoir lu le résumé.

    Le site de Direct Livre offre aussi Cyclope, un thriller qui donne des frissons juste avec son résumé :

    «…qu’un mystérieux cyclope s’acharne discrètement sur des bébés.»

    Ah, ces cyclopes discrets ! :)

    Et l’autre plume (d’oie), ont parmi leur catalogue un titre fort tentant :

    – Albéric Migneault, flic dans la moelle

    Avouez…

  11. mathieu f

    Sans oublier, à la plume d’oie, Le chant des étoiles, d’Alain je sais pu qui, le pire livre que j’ai lu de ma vie… de la « sf » style mollo basic revomi mal assimilé avec un soupçon de mysticisme… tentant, n’est-ce pas?

    MM

  12. Benoit

    Pour ma part, le pire que j’ai lu dans le genre (et lu est un grand mot) est Le testament de Lucifer (je crois) par deux auteurs dont il vaut mieux taire le nom ici. Un tueur en série sans aucune notion qu’une boucherie sanglante sans gant laisse des empreintes partout, un inspecteur mystifié par l’absence totale d’indices sur les lieux d’une série de boucheries sanglantes commises par un meurtrier en série particulièrement nonchalant, et une lettre ouverte du dit meurtrier au dit inspecteur dignes du pire des séries B, tout le tableau était complet pour passer quelques heures de torture à la lecture d’un livre mal foutu. Je n’ai pas eu cette patience, j’ai « rageusement expédié » le bouquin par l’ouverture de la porte patio avant d’avoir atteint la page 20. Le pire dans cet attentat à la crédulité n’est pas qu’il soit de la part de 2 enseignants de CÉGEP ambitieux, mais qu’il ait été publié dans la collection Best Sellers chez Robert Laffont! Un libraire nous a confié avoir retourné tous ses exemplaires à l’éditeur après en avoir terminé la lecture.

    Éprouvant.

  13. Joel Champetier

    Tu m’intrigues, Benoit. J’ai cherché ce « Testament de Lucifer » chez Renaud-Bray et Amazon.fr, mais j’ai rien trouvé. De deux Québécois, tu dis? Chez Robert-Laffont? Et c’est mauvais? Il me semble me souvenir qu’on m’a parlé de ça… Ca doit être un autre titre…

  14. Benoit

    C’était dans la pile de titres pour le Grand Prix SFFQ 2005. Si j’ai gardé le bouquin, il semble bien caché, ou bien je m’égare dans le titre. Peut-être que Daniel ou Éric peuvent être plus précis? Sinon, vérifie auprès de Claude Janelle.

    Je crois que c’est le seul livre en plus de 30 ans que je n’ai pas terminé par manque d’intérêt.

  15. Certe il y a des choses qui peuvent paraître ahurissante mais pour ma part j’ai trouvé ce roman passionnant. Je pense que les Américains aurait très bien pu faire un film dans le même type (sauf que peut-être il ne se serait pas critiqué). A mon avis c’est qu’il faut savoir que l’histoire ce déroule dans le futur (proche) et la technologie évolue tous les jours… donc peut-être qu’un jour la posibilité de voyager dans l’espace sans attérir souvent sera possible…
    Et puis c’est je pense plus un livre pour les jeunes de 14- 18 ans ( j’en ai 15) que pour adultes qui se veulent trop réaliste.

  16. Benoit

    CQFD.

  17. Benoit, est-ce qu’il pourrait s’agir de L’Évangile de Judas? Mon père m’a refilé le titre.

  18. Benoit

    Exact! J’ai trouvé ce commentaire sur le site de Voir:
    http://www.voir.ca/livres/livres.aspx?iIDArticle=33179

    Je savais que le titre m’échappait.

    René: oui, j’ai eu 51 ans, mais ça n’a rien à voir. De plus, étant ton aîné, tu me dois le respect. Tout comme Jean P., d’ailleurs.

  19. Alain Ducharme

    Des publicités pour « Spaceway: Sauvetage Interdit » viennent d’apparaître dans le métro de Montréal. Pas convaincu…

  20. Ça fait des mois que l’affiche est bien en vue dans la vitrine de la COOP du cégep Édouard-Montpetit à Longueuil. Je rigole chaque fois que je passe devant, mais il faut reconnaître qu’une couverture pro fait toujours un joli poster. Ça doit être très vendeur.

  21. J’ai été voisin et ami de Benoît Racette dans mon enfance et adolescence, de l’âge de 7 ans à ma crise d’ado. Nous étions tous deux friands de faits astronomiques et de séries télévisées de s.-f., dont Cosmos 1999 (Space 1999).

    Ma mère a acheté ce livre à mon frère pour Noël. Mon frère ayant fondé une famille comptant deux enfants et étant cadre dans l’entreprise où il est employé, je doute qu’il ait pris le temps de le lire par la suite.

    Bien sûr, après qu’il l’eut déballé devant l’arbre de Noël, j’ai tenu à en lire l’endos, puis à le feuilleter brièvement. Au terme de quelques minutes d’un parcours décousu, j’y ai observé un ton simpliste et quelque peu « froid » quant aux personnages et autres descriptions de lieux et d’événements. J’ai atterri sur des dialogues dépourvus d’émotion et des personnages apparemment sans profondeur, comme si j’avais affaire à un dialogue entre G.I. Joe et un acolyte au prénom aussi banal que Jim.

    Je suis également d’avis que Benoît aurait pu et dû être conseillé sur le plan de la direction littéraire. D’autant plus que le sujet emprunte une tangente prometteuse et bien d’actualité, voire plausible, n’en déplaise à Christian. La perception qu’a un nombre croissant et exponentiel de citoyens du monde et nord-américains vis à vis des gouvernements canadien et états-unien est réelle : nous sommes témoins distants d’une gouvernance nourrie d’un « nombrilisme je-m’en-foutiste ultra-partisan » de base. Et ce, tant dans la gestion des affaires du pays qu’étrangères, et alors que semble s’établir en parallèle une culture du huis-clos, des jeux de coulisse des lobbies des « Fortune 500 », de la désinformation médiatique et des « cover-up stories ».

    Par exemple : l’administration Bush-Cheney n’a accordé il y a quelques années qu’une infime part des fonds requis pour reconstruire les digues entourant notamment les quartiers de la Nouvelle-Orléans qui furent les plus touchés par l’ouragan Katrina. Et pourquoi ces « miettes »? Parce que le vice-président Cheney a appuyé la thèse non fondée voulant que Saddam Hussein possédait un vaste arsenal d’armes de destruction massive, mensonge qui a servi à mobiliser le Congrès états-unien vers une seconde invasion armée de l’Iraq, ce qui aura coûté au minimum des centaines de millions de dollars US par jour pendant plus de quatre ans ! En réalité ce n’était qu’un cadeau visant à couvrir d’or de riches entreprises pétrolières et d’armement, dont le fabriquant d’armes Haliburton, qui dans un passé pas si lointain eut Cheney comme dirigeant.

    Et parfois ce je-m’en-foutisme n’est pas celui du gouverne-ment (!), mais cellui d’organismes fédéraux, comme le laisser-faire de la NASA qui aura détruit la navette Columbia et tué ses sept astronautes, malgré les avertissements insistants de nombreux ingénieurs quant aux dangers que représentait la mousse isolante des réservoirs de carburant.

    Je crois que Benoît s’est inspiré d’une certaine colère et d’un manque de confiance grandissants à l’égard d’états et d’institutions pour construire son scénario.

    Tout compte fait, je ne puis me résoudre à le blâmer d’avoir emprunté cette tangente, quoique n’ayant guère lu le livre, je ne puis non plus me permettre de l’étiqueter en tant que « caricature » plausible de la réalité… ou sinon partiellement ou carrément invraisemblable.

    Toutefois je crois que ce livre pourrait convenir à un « public général » ou jeune, à des lecteurs moins critiques, moins attachés au style littéraire qu’à l’action. N’oublions pas que la majorité des québécois-es baignent davantage dans un axe de culture « Readers Digesto-hollywoodien » que dans un autre axe allant des classiques au post-modernisme (pour ne mentionner que ces archétypes littéraires et cinématographiques).

    C’est donc pour bien des lecteurs un bouquin accessible, et qui ne causera guère de maux de tête aux lecteurs d’occasion ou friands de lectures s’adressant à la masse.

    Heureusement, les lecteurs ne sont pas tous à la quête de la « perfection », comme Christian, la plupart des intervenants ayant commenté ci-haut… et moi-même !

  22. Luis

    J’ai lu Spaceway que j’avais acheté pour encourager la littérature d’ici. J’ai bien aimé lire ce livre. Malheureusement, je dois bien admettre que l’auteur en présentant l’histoire de cette manière rique de ne pas être traduit et adapté au cinéma.

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