Fractale Framboise

Laurine

La Lumière des morts — Thierry Di Rollo

par Laurine - vendredi, 4 novembre 2005 - 13:58 (Arts visuels, Critiques, Lectures, SF&F francophone)

dirollo_1Je ne sais pas si Thierry Di Rollo est très connu au Québec. La Lumière des morts est publié chez l’éditeur français Le Bélial’. L’auteur a un style unique que le quatrième de couverture résume ainsi: «On dit de son œuvre qu’elle est cruelle, dure, violente… Convenons-en: c’est en dessous de la vérité.»

La Lumière des morts n’est pas exactement un roman à proprement parler, mais plutôt deux novellas qui finissent par se rejoindre, même si elles n’ont que peu de choses en commun (dont une histoire de canal dix qui m’échappe complètement, je l’avoue). Dans la première partie, trois rebuts de l’humanité sont affectés à la tâche sordide de veiller sur une réserve africaine où tous les animaux meurent, à force de se reproduire entre eux. Le travail est non seulement déprimant, mais aussi dangereux. À vrai dire, seul l’un d’eux survivra, un certain Dunkey, qui retournera en Europe, accompagné de ses visions de rhinocéros bleus. La partie «occidentale» du roman n’a rien de plus reluisant. Nous suivons les traces de Live Linder, une shooteuse qui, entre deux cibles à abattre officiellement, se met à enquêter sur une série de meurtres gratuits. Des visions de son enfant mort la hantent quotidiennement, et ne lui offrent aucun réconfort dans un univers si corrompu que le cynisme devient dépassé.

Effectivement, le style du roman est assez noir pour qu’on n’en recommande pas la lecture à n’importe qui. Il y a clairement une forme de complaisance dans la violence, la laideur et, par-dessus tout, le sordide. Disons que c’est une expérience de lecture plutôt qu’autre chose. La caricature d’une société pourrie à l’os est poussée tellement loin qu’elle frôle involontairement la comédie. Le métier de shooter, par exemple, fonctionne ainsi: une fois la cible identifiée, le shooter a le droit de tirer dans une foule pour l’atteindre. Les dommages collatéraux s’appellent des «accessoires» et valent chacun 500 euros en dédommagement. Comme ça, les familles endeuillées ne ronchonnent pas trop.

Quant à la partie africaine du récit, nous sommes loin des scènes de cartes postales. Il n’y a que les hyènes qui rigolent.

J’étais tombée par hasard sur Di Rollo l’an dernier, en découvrant La Profondeur des tombes (une uchronie qui fait passer Seven pour un film de Disney) à la table des ventes de Boréal 2004. Plus précisément, c’est la superbe couverture d’Eikasia qui avait attiré mon attention. Le même illustrateur signe d’ailleurs celle de La Lumière des morts. On voudrait l’affiche grand format!

Alors, Di Rollo? Eh bien, essayez pour voir. Ça sort des sentiers battus, mais n’oubliez pas votre Prozac.

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Addendum: En farfouillant un peu sur Internet, j’ai appris que l’auteur avait déjà publié dans la revue imagine…, ce qui est un début de réponse à mon interrogation en début de billet.

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