Fractale Framboise

Christian

Dossier fantastique dans Québec Francais #139

par Christian - dimanche, 6 novembre 2005 - 13:34 (Lectures, SF&F francophone)

Couverture: Quebec francais 139Il fallait bien qu’on en parle: L’édition présentement en kiosque de la revue Québec Français (#139, Automne 2005) consacre pas moins de 27 pages à un dossier sur la littérature fantastique. (Ce total grimpe à près d’une quarantaine de pages en considérant le reste du matériel de genre plus loin dans la revue, y compris un mini dossier sur Bryan Perro.)

Au sommaire: Des explications, des définitions, des commentaires sur Alire et Solaris, un article de Serena Gentilhomme et Claude Bolduc, un mot de Frédérick Durand et une liste des dix oeuvres incontournables du fantastique d’ici par nul autre que Daniel Jetté.

Québec Français, bien sûr, n’est pas dédié aux amateurs de genre. Lorsque Steve Laflamme s’étonne presque, dans son introduction, de constater que « le fantastique n’est pas pour autant dépourvu d’intérêt – ni de vertu », il ne faut pas s’offusquer ou rouler des yeux, car c’est là une constatation utile aux lecteurs primaires de la revue, soit des professeurs et académiciens.

Pareillement, si vous trouvez que son “Introduction au fantastique – Éléments de définition” est un peu longue pour rien, un peu trop réductrice et terriblement académique avec ses références constantes à Todorov, bravo – mais vous ne faites pas partie du public idéal de cet article, qui part de la littérature blanche pour s’intéresser (avec quelques inquiétudes, présumons-nous) à un de nos genres favoris. Le lecteur de fantastique aura, bien sûr, internalisé la plupart des traits du fantastique grâce à des lectures abondantes – mais ce n’est pas le cas de la vaste majorité des abonnés à la revue.

Il y a quand même un petit plaisir satisfait à voir un académicien sympathique au milieu tel Roger Bozzetto, décortiquer l’effet du fantastique à l’aide d’un numéro spécial de Solaris (à laquelle il collabore à l’occasion). On retiendra une belle analogie de son article “Les domaines des fantastiques” pour expliquer que le fantastique, ce n’est pas que des monstres:

Ce n’est pas la présence de tel ou tel monstre, telle ou telle allusion aux vampires ou aux fantômes qui créera des effets de fantastique. (…) Dire « voici un vampire » réduit le vampire à l’état d’objet du monde, aussi fantastique qu’un tabouret ou une paire de pantoufles. Mais faire en sorte que le tabouret ou la paire de pantoufle… deviennent maléfique, voila qui crée des effets de fantastique. (…) En somme, les effets de fantastique sont produits par le regard et non par la présence des choses elles-mêmes.”

Après ce départ bien formateur, Serena Gentilhomme et Claude Bolduc arrivent avec le charme et l’humour qui leur sont propres dans “Et pourtant il vit…”, un regard sur les raisons et l’impact social du fantastique dans une société soi-disant rationnelle. Bien renseigné des deux côté de l’Atlantique et écrit de façon limpide, voici un article par deux personnes qui se font pas qu’étudier le fantastique, mais demeurent épris du genre.

On retombe dans l’étude académique au prochain article, “Le Monstre est-il un homme comme les autres” de Clarisse Dehont. Voilà une étude du monstre qui a le mérite de passer de Anne Rice à Natasha Beaulieu, comme en témoigne cette phrase clé: “Beaulieu se rapproche de Rice et de Poppy Z. Brite par l’exacerbation sensuelle de chacun de ses personnages.” Oh yeah, baby!

En ce qui me concerne, l’article marquant de ce dossier fantastique est la liste des “Dix œuvres fantastiques québécoises qu’il faut découvrir” de Daniel Jetté. J’aime y penser, bien sûr, comme étant le pendant fantastique de mes propres “Dix incontournables de la SFQ“. Il est certainement difficile d’être en désaccord avec l’essentiel de ses choix. Je n’éventrerai pas les titres qu’il a choisi, mais laissez-moi vous faire part des heureux auteurs: Mathieu, Sernine, Champetier, Senécal, Bolduc, Cartier-Jones, Chabin, Laurier, Durand et Dorais. On aura remarqué la signature de Daniel ici et là dans les commentaires ailleurs sur ce blog, ce qui me permet de lui dire directement: Bravo! (Ce top-10 est suivi par une autre excellente liste de “Lectures Fantastiques” supplémentaires, de Jetté et Laflamme.)

Les académiciens, amateurs et lecteurs ayant eu leur mot à dire, reste à Frédérick Durand de raconter le parcours par lequel on devient et demeure un écrivain de fantastique. Parcours intéressant et compliqué, assorti de la retranscription d’une lettre de refus d’Alire (est-ce bien vu de publiciser de telles choses?) et de commentaires biens sentis sur l’état du genre fantastique. Peu importe ce que vous connaissez de l’œuvre de Durand, l’article fait preuve d’une franchise désarmante et demeure fascinant du début à la fin.

En petit boni, Patrice Roy discute de l’enseignement du fantastique à travers la BD avec “L’expérience fantastique en bande dessinée.” Le processus pédagogique sera surtout utile aux professeurs de français, mais le reste de l’article saura plaire aux amateurs de BD.

C’est la fin du dossier fantastique, mais pas nécessairement de notre intérêt vis-à-vis le reste de la revue: Le dossier suivant, sur “Le roman à l’école”, comprends plusieurs capsule écrites par des étudiant(e)s au sujet de livres de SFQ. Ne soyez donc pas surpris de voir, à nouveau, les noms de Bolduc, Perro, Champetier, Senécal et autres. (En plus d’un certain “Terry Prat Chett”.)

À remarquer au bas de la page 85: Une pédago-pub des éditions Alire.

La chronique cinéma s’attaque à “War of the Worlds”. Décidément, on croirait dans un numéro de Solaris!

Finalement, ce festival fantastique s’achève en même temps que la revue avec un spécial Bryan Perro, composé d’une entrevue avec l’auteur (avec quelques détails sur la conception et l’écriture de la série “Amos Daragon”) et une fiche de lecture pédagogique au sujet du premier livre de sa série.

Non, Québec Français ne s’adresse pas aux fans de genre. Mais il y a suffisamment de bon matériel ici pour plaire à l’amateur de fantastique. La revue n’est pas disponible à tous les coins de rue (je me suis procuré mon exemplaire à la Maison de la Presse Internationale sur Sainte-Catherine, où il restait deux exemplaires), mais il devrait y avoir au moins un exemplaire à la bibliothèque universitaire la plus près de chez vous. Essayez d’y jeter au moins un coup d’œil.

  9 commentaires

9 commentaires:    (ajoutez-en un)

  1. #1  Joel Champetier   (7 novembre 2005 - 13:19)

    Merci de ce rappel, Christian. Je savais que Québec Français publiait un numéro sur le fantastique, mais j’avais un peu oublié la chose. Je vais me le procurer.

  2. #2  Daniel Jetté   (7 novembre 2005 - 17:03)

    Bon, hé bien, merci pour le Bravo. D’ailleurs, c’est la première fois de mon existence que je reçois autant de commentaires positifs pour un article que j’ai écrit. Il semble que j’aie fait des heureux. Tant mieux.

  3. #3  Jonathan Reynolds   (7 novembre 2005 - 17:10)

    Très bon dossier sur le fantastique, en effet! Chapeau à tous ceux qui y ont contribués!

  4. #4  Steve Laflamme   (7 novembre 2005 - 19:27)

    Merci pour les bons mots. Nous avons eu beaucoup de plaisir à réaliser ce dossier, et je me permets déjà d’annoncer que le numéro 141 (printemps 2006) sera consacré au roman policier.
    J’aimerais toutefois profiter de l’occasion pour rectifier le tir sur un aspect : monsieur Sauvé indique que dans mon article, je m’« étonne presque, dans [m]on introduction, de constater que “le fantastique n’est pas pour autant dépourvu d’intérêt – ni de vertu” ». Je ne m’en étonne pas du tout : je SUIS un mordu de fantastique, qui en mets au programme au cégep à toutes les sessions, qui le défends, et qui ai consacré mon mémoire de maîtrise à la théorie de ce genre.

    Par ailleurs, je me désole que monsieur Sauvé ait trouvé mon article d’introduction trop académique, mais comme il l’a mentionné, il ne pouvait en aller autrement, vu notre lectorat, qui majoritairement ne connaît que très peu ce genre. Il me semble nécessaire, quand on s’intéresse le moindrement au fantastique, de passer par les textes de base…

  5. Christian

    #5  Christian   (7 novembre 2005 - 21:49)

    Steve: J’avoue être coupable d’un peu d’ironie trop subtile dans ma description de votre introduction. Je connais trop bien les difficultés de présenter un tel sujet spécialisé à une audience générale sans utiliser un passage du type “vous verrez: c’est vraiment bon!” En fait, on peut dire que j’essayais ainsi de convaincre les lecteurs de ce blog de s’intéresser à la revue: “Québec Français n’est pas pour autant dépourvu d’intérêt – ni de vertu”!

    Encore une fois: Bon travail! Et bienvenue sur le site!

  6. #6  Michel J. Lévesque   (7 novembre 2005 - 22:27)

    Question : on peut commander cette revue dans toutes les librairies? Doit-on mentionner un distributeur? ou une quelconque maison d’édition?

  7. #7  Steve Laflamme   (8 novembre 2005 - 16:20)

    Christian : Je ne l’ai pas pris personnel, rassurez-vous. Je sais que pour un initié, les textes plus théoriques sont redondants et/ou semblent aborder froidement le genre. Mon but en montant ce dossier (puisque c’est moi qui fus chargé de trouver les collaborateurs) était justement de démystifier le fantastique pour les néophytes et de leur montrer qu’il n’est pas que le « fast-food » littéraire qu’on l’accuse souvent d’être. :)

    Michel J. Lévesque : En principe, La Maison de la Presse, Archambault et autres librairies où on trouve la majorité des périodiques devraient compter quelques exemplaires de la revue. « Québec français » est son propre éditeur. Dans le pire des scénarios, il peut être envisageable, j’imagine, d’appeler au bureau de la revue ((418) 527-0809) pour commander votre exemplaire.

  8. #8  Claude Bolduc   (8 novembre 2005 - 18:11)

    Merci pour ces bons mots, sieur Sauvé. Je préciserais que la plupart des librairies qui vendent des revues devraient avoir Québec français (et Nuit blanche, et Lettres québécoises). Évidemment, pour ce qui est des dépanneurs…

  9. #9  Serena Gentilhomme   (9 novembre 2005 - 7:22)

    Un grand merci à Christian Sauvé pour ses mots et l’expression de ma gratitude pour Steve Laflamme qui a accepté ma contribution dans sa belle revue.

    Pour les Parisiens, «Québec Français» devrait être disponible à la Librairie du Québec, rue Gay-Lussac, dans le cinquième arrondissement (métro Luxembourg).

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