Comment de pas acheter (trop) de livres

Illustration: Comment eliminer la moitie d\'une pile de livresSi je me fais rare sur le blog ces temps-ci, ne soyez pas inquiet: J’ai un autre projet d’écriture qui va accaparer l’essentiel de mes temps libres durant le mois de Novembre. Lecture, cinéma, blog et autres divertissements sont mis sur la glace jusqu’au premier décembre. Désolé!

Ceci dit, rien n’allait me retenir d’aller faire un tour à un événement immanquable pour tous les bibliomanes de la région d’Ottawa: La Rockcliffe Park Public School Book Fair, une méga-vente de livres usagés servant à financer l’école publique du quartier posh des bien nantis d’Ottawa. On y trouve à chaque année une sélection étonnante de livres assez récents, le plus souvent en grand format à couverture cartonnée. Ce n’est pas un endroit idéal pour la science-fiction et la fantasy, mais si vous êtes un amateur de fiction criminelle, de politique canadienne ou de livres pour enfants, il est difficile de faire mieux qu’à Rockcliffe.

Manquer l’événement n’était pas une option acceptable. Mais trop acheter n’était pas préférable: J’ai déjà plus de livres dans ma pile « à lire » que la plupart des gens ont lus de leur vie: y ajouter une soixantaine de nouveautés n’est vraiment pas la façon de régler mon problème de livres en trop. Le défi est donc devenu le suivant: Comment aller à ce genre d’événement et ne pas (trop) acheter?

En bon bibliolique avoué, voici donc mes dix conseils pour ne pas (trop) acheter à une vente de livres usagés:

1. Présentez-vous au mauvais moment: À Rockcliffe, les connaisseurs se présentent à deux reprises: Le vendredi midi pour profiter de la sélection initiale et le dimanche après-midi pour nettoyer ce qui reste… à demi-prix. Se présenter le samedi midi est une façon de limiter ses choix: Il n’y a plus d’aubaines, ni de livres hot-hot-hot.

2. Tenez-vous en à une petite boîte. Dès votre arrivée, procurez-vous une seule boîte à capacité modeste et dites-vous que peu importe ce qui arrive, vous êtes limités à ce que vous pouvez y mettre. Une bonne partie des stratégies suivantes consiste à trouver des façons inefficaces de remplir votre boîte. Comme, par exemple…

3. Privilégiez les grands livres à couverture cartonnée. Après tout, ils prennent la place de deux livres de poche!

4. Considérez la mise à jour de certains livres que vous avez déjà. The Alienist de Caleb Carr et Rising Sun de Michael Crichton: Vous avez déjà lu ces livres? Vous ne détesteriez pas en avoir une bonne édition en grand format? Votre édition de Void Moon de Michael Connelly est à deux ficelles de l’effritement? Vite dans la boîte: ils prennent la place de livres que vous n’avez pas déjà lus.

5. Ne prenez que les livres que vous tenez absolument à obtenir. Dans le panthéon des romans ayant remporté le Prix Hugo, They’d Rather Be Right de Clifton et Riley trône comme un des plus obscurs et des plus difficiles à obtenir. Repartir de la vente sans l’exemplaire qui y traînait aurait été impensable.

6. Considérez les livres que vous allez acheter éventuellement, espèces de complétistes. Speed of Dark, d’Elisabeth Moon, est un des rares romans à avoir remporté le prix Nebula que je n’ai pas encore lu. J’ai tout Dan Brown sauf Digital Fortress. Allez hop, dans la boîte.

7. Restez fidèles aux auteurs que vous suivez attentivement. Si Rockcliffe a un avantage sur d’autres grandes ventes de livres usagés, c’est de pouvoir y attraper, année après année, la production des « grands » auteurs de thrillers et de fiction criminelle. Vous voulez tout Clancy ou Grisham? Allez faire un tour à Rockcliffe. Sans être un fan assidu de Michael Crichton, Douglas Preston ou Robert Harris, je m’intéresse suffisamment à leur œuvre pour avoir l’intention de lire tout ce qu’ils vont écrire, à un moment donné ou un autre. D’où le transfert de leurs dernières oeuvres des étagères à ma boîte. (Qui plus est, il y a un malin plaisir à trouver State of Fear comme usagé moins de six mois après sa parution. La critique viendra…)

8. Oubliez certaines sections qui ne vous intéressent pas de toute façon. Connaissant les aléas des mauvais placements de livres, j’ai l’habitude de ratisser ces ventes de long en large, dans l’espoir que quelqu’un aie mis To Serve Man dans la section « Livres de Cuisine ». Mais si votre but est d’acheter aussi peu de livres que possible… oubliez ça!

9. Sachez quoi laisser sur les étagères. Les livres qui seront de retour l’an prochain. Les livres qui pourraient vous intéresser… si vous n’auriez rien d’autre à lire. Les éditions Book Club. Les ouvrages endommagés. L’œuvre des auteurs que vous détestez de toute façon. (« Eh, pourquoi pas? » n’est pas une raison valide!)

10. Laissez votre impatience triompher. Vous avez fait le tour de vos sections favorites? Les gens autour de vous commencent sérieusement à vous agacer? (Parenthèse sur les mauvais parents. Fin de la parenthèse.) Votre parcomètre va expirer? Allez à la caisse, ouvrez votre portefeuille et dites-vous que vous avez été à la fois un lecteur raisonnable et un consommateur responsable.

Après ces sages conseils, quel a été le bilan de ma visite cette année? Pas trop mal, finalement: Contrairement aux années passées (deux visites, deux boites, une soixantaine de livres), je m’en suis tiré avec une visite et un trois-quarts de boite contenant vingt livres, dont seulement douze ont été placés dans ma pile de livres à lire. Sans être guéri, il y a clairement du progrès dans ma condition.

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4 Commentaires

  1. Daniel Jetté

    Judicieux conseils. Je me connaît cependant assez pour savoir que je n’en suivrai aucun.

  2. Daniel: La première étape, c’est reconnaître que l’on a un problème.

  3. René Beaulieu

    Mais ce n’est,justement, pas un réel problème… ;-)

    De plus, rien qu’en s’en tenant aux bonnes choses et en négligeant le reste, les médiocrités et une bonne partie des bestsellers répétitifs ad infinitum de la même formule bien usée, avec la même histoire à peine variée et un style plaut, nul et sans intérêt aucun.

    Rien n’est pire qu’un bon livre que l’on a « laissé passer » et… que l’on met 20 ans à retrouver… Le cas n’est pas rare…

    René, dont le « home » ressemble fortement à la grande salle de classement et archives dans Gaston Lagaffe » …

  4. Daniel Jetté

    O.K. O.K. J’ai un problème, je l’avoue. Mais il demeure que René a raison : il a toujours ces livres qu’on a laissé passer… et que l’on peut trouver chez Alibris!

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