Jo Walton étant de passage au tout récent congrès Boréal, je me suis dit qu’il était temps de jeter un coup d’oeil sur l’œuvre de cette écrivaine maintenant montréalaise. Le premier de ses livres à me tomber sous la main fut Tooth and Claw, son modeste succès de 2003, toujours disponible en format poche dans toutes les grandes librairies anglophone.
N’étant traditionnellement pas un amateur de fantasy, je suis toujours un peu surpris quand je parviens à trouver un livre de ce genre qui me plait beaucoup. Mais de dire que Tooth and Claw est un livre de fantasy classique est trompeur. S’il faudrait associer ce livre à un sous-genre défini, faudrait plutôt parler de comédie sociale à la Jane Austen… avec des dragons. Seulement des dragons.
Vous n’avez qu’à regarder l’illustration couverture, avec son dragon se croisant les mains. Ici, les dragons sont civilisés, avec famille, villes, trains et chapeaux. Le tout ressemble étrangement à l’Angleterre de la période Regency, avec quelques différences cruciales. Car, pas toujours si loin sous la surface, il est impossible d’oublier qu’il s’agit de bêtes terribles et sanguinaires… Les cuisines ont des gouttières pour évacuer le sang de la viande crue consommée lors des repas, et ne parlons surtout pas de ce qui arrive aux dépouilles des dragons décédés.
Par ces détails bien placés, Walton a voulu donner des bases biologiques solides aux invraisemblances sociales de l’ère Victorienne. Les dragonettes « rougissent » de façon irréversible lorsqu’elles sont trop près d’un dragon mâle, rendant visible leurs habitudes sociales. Prêtres et serviteurs ont les ailes attachées, établissant fermement les classes sociales. On s’amuse à lire Tooth and Claw en partie comme s’il s’agissait d’un roman de hard-SF, en partie comme s’il s’agissait d’une version D&D de Pride and Prejudice, en partie pour les personnages fabuleusement bien développés, en partie pour la narration sagace et pétillante. Puisque c’est une comédie de moeurs, ça se termine trrrès bien.
C’est un court livre de moins de 300 pages, mais ne soyez pas surpris de ralentir le rythme de votre lecture pour profiter pleinement de la densité de l’écriture. Il y a de tout petits problèmes (homonymes, retournements très pratiques, expressions anachroniques) mais rien pour vous dissuader d’y jeter un coup d’oeil. En un seul mot: Charmant! En un autre: Unique.
Un commentaire
Je seconde ta recommandation. « Tooth and Claw » est un roman très original que je considère comme l’une de mes meilleurs lectures de l’année.
Les autres romans de Jo Walton sont présentement dans ma pile « à lire ». Ce sont des romans de fantasy mais baignant dans l’atmosphère celtique, de quoi faire changements des traditionnelles ambiances pseudo-médiévales.