Avec un titre comme ça, comment éviter la polémique? Les Démocrates contemplent sans doute ce livre en disant « Mais bien sûr! N’est-ce pas évident? » alors que les Républicains sont déjà en train de composer leurs répliques du genre « Vous savez, les Démocrates ont fait bien pire… »
Mais un des buts du journaliste scientifiqueChris Mooney avec The Republican War on Science, c’est justement de démontrer qu’en fait d’abus politique de la science, les Républicains sont vraiment dans une classe à part: Déni du réchauffement global, coupures budgétaire des programmes de recherche, promotion du « design intelligent » comme alternative à la théorie de l’évolution, campagne de salissage contre les scientifiques qui osent contredire la ligne du parti, financement de recherches plus idéologiques que sensées, tout y passe. Et il ne s’agit pas seulement de l’administration Bush: Selon Mooney, c’est bien tout le parti Républicain qui mène une campagne anti-science, remontant à Gingrich, Reagan, voire Nixon et Goldwater.
Ce que Mooney suggère avec persuasion, c’est que le parti Républicain est politiquement composé d’une union entre les intérêts industriels et ceux des conservateurs religieux. Ces deux ailes du parti ne sont pas particulièrement intéressé, par définition, à entendre des arguments qui contredisent leurs principes de base. La moindre recherche s’attaquant aux effets de l’industrie (qu’il s’agisse de santé ou d’environnement) sera contestées à coups de dollars et d’avocats. Des études contredisant les dadas de l’extrême droite fondamentaliste (qu’il s’agisse de la création, de l’abstinence ou des « valeurs morales ») seront martelées du haut de la chaire. Ce à quoi on ajoutera la dominance politique des Républicains au niveau fédéral depuis une dizaine d’année: l’opposition démocrate peut bien ne pas être plus sympathique à la science, que peut-elle faire s’il elle est impuissante?
Pour un ouvrage s’intéressant magistralement à l’intersection entre la politique et la science, The Republican War on Science est extrêmement accessible, expliquant clairement à la fois les dédales du pouvoir et les complexités de la science moderne. () Les junkies de la politique américaine seront choyés, tout comme ceux qui s’intéressent aux réalités de la recherche scientifique. Exceptionnellement bien documenté (60 des 340 pages du livre sont composées de notes et de sources.), l’œuvre de Mooney trouve sa raison d’être autant dans sa charge partisane que dans son survol de la façon dont la science est manipulée lorsque l’argent et le pouvoir entrent en jeu.
Ce n’est pas, à proprement dit, un livre particulièrement jojo: La politisation du processus objectif qu’est la science est une mauvaise nouvelle pour tous. Réduire la science à un jeu de « c’est lui qui l’a dit » (comme dans l’affaire Terry Schiavo, où des politiciens se sont avisés d’interpréter des avis médicaux), c’est tout simplement refuser de faire face à la réalité –avec des conséquences potentiellement fatales. Plus étrange et plus déprimant que les pires distopies de J.G.Ballard…
The Republican War on Science, Chris Mooney
Mais un des buts du journaliste scientifique Chris Mooney avec The Republican War on Science, c’est justement de démontrer qu’en fait d’abus politique de la science, les Républicains sont vraiment dans une classe à part: Déni du réchauffement global, coupures budgétaire des programmes de recherche, promotion du « design intelligent » comme alternative à la théorie de l’évolution, campagne de salissage contre les scientifiques qui osent contredire la ligne du parti, financement de recherches plus idéologiques que sensées, tout y passe. Et il ne s’agit pas seulement de l’administration Bush: Selon Mooney, c’est bien tout le parti Républicain qui mène une campagne anti-science, remontant à Gingrich, Reagan, voire Nixon et Goldwater.
Ce que Mooney suggère avec persuasion, c’est que le parti Républicain est politiquement composé d’une union entre les intérêts industriels et ceux des conservateurs religieux. Ces deux ailes du parti ne sont pas particulièrement intéressé, par définition, à entendre des arguments qui contredisent leurs principes de base. La moindre recherche s’attaquant aux effets de l’industrie (qu’il s’agisse de santé ou d’environnement) sera contestées à coups de dollars et d’avocats. Des études contredisant les dadas de l’extrême droite fondamentaliste (qu’il s’agisse de la création, de l’abstinence ou des « valeurs morales ») seront martelées du haut de la chaire. Ce à quoi on ajoutera la dominance politique des Républicains au niveau fédéral depuis une dizaine d’année: l’opposition démocrate peut bien ne pas être plus sympathique à la science, que peut-elle faire s’il elle est impuissante?
Pour un ouvrage s’intéressant magistralement à l’intersection entre la politique et la science, The Republican War on Science est extrêmement accessible, expliquant clairement à la fois les dédales du pouvoir et les complexités de la science moderne. () Les junkies de la politique américaine seront choyés, tout comme ceux qui s’intéressent aux réalités de la recherche scientifique. Exceptionnellement bien documenté (60 des 340 pages du livre sont composées de notes et de sources.), l’œuvre de Mooney trouve sa raison d’être autant dans sa charge partisane que dans son survol de la façon dont la science est manipulée lorsque l’argent et le pouvoir entrent en jeu.
Ce n’est pas, à proprement dit, un livre particulièrement jojo: La politisation du processus objectif qu’est la science est une mauvaise nouvelle pour tous. Réduire la science à un jeu de « c’est lui qui l’a dit » (comme dans l’affaire Terry Schiavo, où des politiciens se sont avisés d’interpréter des avis médicaux), c’est tout simplement refuser de faire face à la réalité –avec des conséquences potentiellement fatales. Plus étrange et plus déprimant que les pires distopies de J.G.Ballard…