Fractale Framboise

Laurine

Gardens of the Moon — Steven Erikson

par Laurine - jeudi, 13 octobre 2005 - 10:24 (Critiques, SF&F autre, Écrire)

malazan-1Dans un billet portant sur le cycle de La Tour sombre de Stephen King, l’échange qui s’est ensuivi a dévié vers d’autres séries de fantasy, dont «The Malazan Book of the Fallen», de Steven Erikson. De son vrai nom Steve Rune Lundin, cet auteur canadien est également anthropologue et archéologue de formation. L’article qui lui est consacré sur Wikipedia mentionne qu’il avait, à l’origine, imaginé cette série comme point de départ d’un jeu de rôle. Gardens of the Moon est le premier volume d’une série qui en comptera dix si tout se déroule comme prévu. Actuellement, cinq ou six volumes sont disponibles. Faites attention au mot «série»: il ne s’agit pas d’une seule fresque, vaste et complexe, qui se déroule sur plusieurs milliers de pages, mais bien de récits distincts se passant dans le même univers. Autrement dit, en finissant un livre, on a lu une histoire complète.

La difficulté consiste à résumer ce premier roman et je me vois obligée de couper dans le gras de façon draconienne. En simplifiant beaucoup, disons que l’Empire malazéen, dans sa volonté d’étendre toujours plus loin ses frontières, s’oppose à Moon’s Spawn, une montagne flottante où vivent des mages guerriers. À proximité, la cité de Darujhistan attise également la convoitise de l’impératrice Laseen. Celle-ci, par contre, en a déjà plein les bras avec une armée dont certains membres restent fidèles à l’ancien empereur qu’elle a renversé lors d’un putsch sanglant. Dans ce cadre général fourmillent un grand nombre de personnages aux allégeances diverses, dont la majorité finit néanmoins par s’allier contre Laseen. Des non-humains et des dieux s’immiscent également dans ces conspirations déjà très compliquées.

S’il ne manque pas d’humour, Erikson n’hésite pas à faire aussi dans l’effusion de sang et de tripes: dieux et sorciers ne font pas de quartiers, surtout que, parmi les premiers, se trouvent The Rope (un dieu assassin), Hood (le roi de High House Death) et un certain nombre de dogues affamés. Les sorciers, quant à eux, sont partout, incrustés dans toutes les patrouilles et factions imaginables. Oh, et il y a une Guilde des assassins à Darujhistan. Enfin, tout ça pour dire que les gens meurent souvent et salement.

Je dois avouer que je n’ai pas compris toutes les tractations entre les différentes factions. D’abord, elles sont trop nombreuses. Ensuite, l’écriture d’Erikson bénéficierait d’un peu plus de clarté. Nous sommes loin du style pesant de R. Scott Bakker; néanmoins, je me suis surprise à relire certains paragraphes pour être certaine d’avoir bien saisi le sens.

Autrement, c’est vraiment le genre de type à qui on ne pourrait s’empêcher de demander où il va chercher ses idées. C’est possiblement une des fresques les plus détaillées que j’ai eu à lire en un seul roman! Les chapitres s’ouvrent de plus sur des morceaux de poésie ou de philosophie bien tournés. En 700 pages, il n’y a aucun temps mort, les rebondissements s’enchaînent sans pause. L’exercice consiste, pour le lecteur, à se familiariser le plus vite possible avec les personnages clés, car l’auteur passe d’un groupe à l’autre, jusqu’à ce qu’il finisse par réunir tout le monde au même endroit. Et là, les choses deviennent… explosives.

C’est donc à suivre.

  3 commentaires

3 commentaires:    (ajoutez-en un)

  1. #1  Marc-André Ferguson   (21 octobre 2005 - 23:01)

    Tiens, tiens, la folie Erikson se poursuit…

    Je n’ai pas encore lu S.E., attendant impatiemment “A feast for crows” de George R.R. Martin, qui paraîtra dans quelques semaines. On me dit qu’Erikson détrône parfois le ‘nouveau roi’ de la Fantasy par son style et ses nuances. Doit-on croire qu’il en met trop?

    Si tu n’as pas encore découvert le cycle “A song for ice and fire”, je te le recommande, chaudement et froidement. On s’en délecte avec passion, mais on refroidit des années en attendant la suite.

    Au plaisir!

  2. #2  Marc-André Ferguson   (21 octobre 2005 - 23:02)

    Doh!

    Note to self : read archives before posting.

  3. Laurine

    #3  Laurine   (25 octobre 2005 - 8:47)

    Quand j’aurai lu deux ou trois autres bouquins d’Erikson, j’aurai plus de recul pour comparer son style à celui de Martin. A priori, son écriture paraît plus riche, mais elle a les qualités de ses défauts: plus de nuances impliquent nécessairement un manque de fluidité. On pourrait dire de Martin qu’il a le mérite d’aller droit au but dans sa narration. Tout ça est une question de goûts, finalement.

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