Fractale Framboise

Éric

Boréal 2005: les nouvelles après tout le monde

par Éric - dimanche, 30 octobre 2005 - 20:35 (Congrès Boréal, Montréal et environs, SF&F francophone)

Ce fut un bon congrès. Ce qui m’a frappé, je l’ai déjà dit, c’est le nombre de nouveaux visages. L’assistance au congrès est légèrement à la hausse cette année et c’est parce que la relève s’en mêle. L’édition 2005 aura aussi été l’une des mieux documentées, étant donnée la présence d’un nombre de blogueurs sans précédent. (Pas difficile, je sais, il n’y en avait pas ou presque pas avant.) Vous trouverez quelques liens dans nos billets précédents sur le sujet; j’ajoute ici L’Esprit Vagabond, mentionné dans les commentaires.

Pour moi, le congrès commençait vendredi matin par l’atelier d’écriture donné par Elisabeth Vonarburg, auteure éminemment qualifiée s’il en est une. Nous étions une dizaine de participants plus ou moins expérimentés mais tous enthousiastes. Outre les leçons d’écriture, j’ai apprécié d’avoir là l’occasion de rencontrer plusieurs des nouveaux visages du congrès et parmi eux quelques fervents de SFF que je connaissais surtout par le web. Le contact est stimulant; ce n’est pas si souvent qu’on peut passer toute une journée à discuter d’écriture avec autant de gens passionnés.

Quelques impressions sur les tables rondes:

Le rendez-vous des iconoclastes: les participants étaient appelés à s’en prendre à diverses grandes vérités (“c’est l’histoire qui compte”, etc.), mais ils n’ont pas clasté très fort. Peut-être n’étaient-ils pas assez réchauffés puisqu’il s’agissait de la toute première table ronde du congrès. La discussion n’en était pas moins intéressante. Par rapport à la primauté de l’histoire, Elisabeth Vonarburg présentait le trépied histoire-style-personnages qui doit soutenir toute fiction et explorait ce qui arrive si on omet une patte. Yves Meynard proposait d’en ajouter une quatrième, celle des idées, élément essentiel de la SF.

Et que penser de la persistance, souvent présentée comme qualité essentielle pour tout auteur? Parfois, faisait remarquer Vonarburg, si on bloque en écrivant une histoire, on peut la tuer par excès de persistance. Vaut mieux abandonner alors, quitte à y revenir quand on sera vraiment prêt.

Appelé à se prononcer sur les étiquettes, Joël Champetier (écrivain d’horreur, de fantasy, de SF, etc.) se montrait enthousiaste: les étiquettes ne limitent pas l’écrivain puisqu’il peut les accumuler. Le problème, selon Francine Pelletier, c’est que les gens n’ont qu’une compréhension partielle de tout ce qu’on peut retrouver sous une même étiquette. Jean-Louis Trudel aimerait bien qu’on privilégie la surprise, le plaisir de découvrir un livre sans savoir à l’avance comment il est classé.

La nouvelle télé-SF: le rendez-vous des télévores, où on discutait de l’évolution des séries de SFF. Babylon 5 servait de point de repère évident en tant que série bien planifiée et conçue dès le départ pour se terminer en beauté. Les participants tout comme l’auditoire se sont fait un plaisir de clamer chacun haut et fort le nom de leurs séries préférées. Grande Ourse fut regrettée comme un cas peut-être unique, Radio-Canada étant peu portée à tenter une nouvelle série aussi coûteuse. Quand j’ai mentionné le nouveau Dr. Who, la moitié de la salle a approuvé avec enthousiasme, puis l’autre moitié a exprimé un mélange d’indifférence et de dégoût. Enfin; j’aime bien cette série, malgré ses défauts. Je ne vous énumère pas tout le reste, mais je noterai tout de même Lost (intéressante, mais les créateurs ont-il vraiment un plan?), le trio Invasion/Surface/Threshold (eh oui, trois séries d’invasion plus-ou-moins-extra-terrestre ont été lancées cette année), et Twin Peaks (la meilleure série de SFF selon Alain Bergeron). Christian Sauvé expliquait, livre à l’appui, comment la télé nous rendait peut-être plus intelligents, à en juger par la manière dont les téléspectateurs s’accommodent du rythme dément des séries modernes.

Soyons cruels: Comment bien traiter un personnage: Yves Meynard s’est dit bien prêt à être cruel envers ses protagonistes, mais en leur laissant une possibilité de rédemption, aussi mince soit-elle. Même approche pour Francis Berthelot (“ma maman ne me pardonnerait pas sinon”), qui voit la cruauté comme un moyen de générer une bonne tension dramatique. Serena Gentilhomme, tout sourire, n’a pas hésité un instant à se déclarer cruelle. Elle aime surtout s’en prendre aux cons et n’est pas au-delà de réaliser en fiction des vengeances personnelles. Le plus satisfaisant, ce n’est pas de faire souffrir celui dont on se venge, mais plutôt de lui infliger une mort ridicule… Meynard voit dans la cruauté de l’auteur une forme de catharsis, une manière de confronter ses craintes. Cela dit, “il faut être capable de gémir avec art”.

Le rejet de la science: on aurait pu en parler longtemps. Il était question ici de l’affrontement renouvelé entre science et religion, sujet d’actualité alors qu’on continue de remettre en question la théorie de l’évolution et qu’au mouvement créationniste succède la théorie du dessein intelligent (intelligent design). Ce qui est particulièrement alarmant ici, pour Sumitra Rajagopalan, c’est de constater chez les partisans du dessein intelligent une volonté de redéfinir la science en entier en refusant les examens rigoureux auxquels sont normalement soumises les théories scientifiques. Le dessein intelligent veut que l’univers soit l’oeuvre, pas nécessairement du Dieu chrétien, mais tout de même d’un Créateur. D’aucuns y voient un projet de conversion à la foi chrétienne (suivant la Wedge strategy), mais Alain Bergeron indiquait que l’idée semble déborder de ce contexte initial et être acceptée de plus en plus comme théorie scientifique à part entière. Face à la religion, rappelait Yves Meynard, la science a un désavantage marqué puisqu’elle ne peut réfuter l’existence d’un Dieu improuvable; il n’existe pas encore de théomètre…

Conférence sur les transfictions: pas une table ronde, mais une conférence donnée par François Berthelot au sujet des “fictions transgressives” (on en trouve un condensé ici). J’ai apprécié d’y entendre mentionner plusieurs oeuvres que j’ai fort appréciées: The Man in the High Castle de Philip K. Dick, Cat’s Cradle de Kurt Vonnegut, Le Passe-muraille de Marcel Aymé (un fascinant petit recueil de nouvelles fantastico-surréelles de 1943).

Quant à la table ronde sur les blogues où j’étais panéliste, mon très estimé collaborateur l’a déjà bien documentée. J’ai aussi pris part à la séance de lecture du samedi soir, qui fut agréable mais tranquille. Il est rare que les gens se précipitent aux lectures; celle-ci commençait un peu tard et n’était pas sans compétition. Le format y est peut-être pour quelque chose. Je verrais bien quelque chose qui tire plus sur le spectacle. Elisabeth Vonarburg et Esther Rochon ont tout de même innové en présentant des textes courts inspirés de cartes de tarot qu’elles faisaient tirer aux gens de l’auditoire. Je me suis amusé en lisant quelques p’tites vites et en présentant un conte tout à fait contemporain, “La lune du programmeur”.

Mon unique regret, comme à chaque année, est de ne pas avoir pu parler plus longtemps à plus de gens. Faudra se reprendre. Notez que l’édition 2006 du congrès se tiendra au début mai. Le changement de date peut s’avérer bénéfique; en octobre, le congrès se trouve en compétition avec une foule d’autres événements susceptibles d’intéresser le même public. Un Boréal printanier, pourquoi pas?

  27 commentaires

27 commentaires:    (ajoutez-en un)

  1. #1  Michel J. Lévesque   (1 novembre 2005 - 8:55)

    Petite question : Les gens de canal Z ont-ils déjà manifesté un quelconque intérêt pour le congrès Boréal? Ont-ils déjà diffusé des entrevues ou des résumés d’événements par le biais de reportages?

  2. #2  Joel Champetier   (1 novembre 2005 - 13:15)

    Canal Z était assez impliqué avec le congrès ConCept, bilingue et plus ciblé média — même si ces dernières années la programmation était passablement diversifiée et on y parlait aussi littérature. Pour tout dire, c’est particulièrement dommage que ConCept ait subit un hiatus, considérant le fait qu’ils avaient atteint un équilibre satisfaisant entre les deux langues, et les productions étrangères et locales.

  3. #3  Jean-Louis Trudel   (2 novembre 2005 - 2:31)

    Deux ou trois années de suite, j’ai passé un coup de fil ou deux aux gens de Canal Z sans susciter un grand intérêt. (Ce qui était assez caractéristique du milieu des médias, c’est que la personne à qui j’avais parlé telle année n’était plus en poste l’année suivante. Hop, on recommence à expliquer à nouveau ce que c’est que Boréal, etc.) Pour sa part, Con*Cept avait réussi à attirer Pascal Forget de La Revanche des NerdZ. Enfin, comme je le dis sans hésitation, il nous faudrait des bénévoles additionnels pour faire la liaison avec les milieux du cinéma et de la télé, par exemple.

  4. #4  Maryse   (2 novembre 2005 - 7:21)

    Pour ma part, je ne suis pas certaine que le congrès uniquement pourrait susciter un grand intérêt, puisqu’il ne s’adresse pas à un public aussi large que celui de Con*Cept. Toutefois, je suis presque certaine que le milieu de la SFFQ pourrait intéresser une émission telle que la “revanche des nerdz”, qui essaie de traiter de tout, mais n’a jamais eu de volet littérature. À t’on déjà essayer un contact de ce côté? Un chroniqueur fourni par l’association pour présenter les nouveautés en littérature SFFQ (ne serait-ce qu’une fois par mois), serait un moyen idéal pour ploguer un congrès, une revue et tout ce qui tient à coeur à la communauté.
    Enfin… moi en tant que public, ça m’intéresserait :)

  5. #5  Daniel Jetté   (2 novembre 2005 - 11:50)

    Personnellement, je ne suis pas certain que cela vaille vraiment la peine d’essayer de faire copain-copain avec les média. Tout ce que je peux en lire dans les journaux m’amène à penser qu’il s’agit là d’un tout autre monde, parallèle à la science-fiction littéraire mais avec bien peu de points de rencontre. Je pense que Boréal devrait continuer à être surtout consacré à la science-fiction littéraire sans pour autant négliger quelques ateliers bien sympathiques sur nos séries préférées. En parlant avec les gens dans mon milieu, j’ai pu constater que beaucoup de gens disent aimer la SF mais ils veulent toujours dire la SF au cinéma avec effets spéciaux et tout le bataclan. Mais essaie de les convaincre de lire du Élisabeth Vonarburg… enfin peut-être un Perry Rhodan.

  6. #6  Daniel Jetté   (2 novembre 2005 - 11:56)

    Enfin, pour ce qui est de l’atelier iconoclaste, j’ai trouvé que les participants n’étaient pas iconoclastes du tout, sauf Jean-Louis qui a laissé entendre que cela ne sert à rien de persévérer en écriture, que si cela ne vient pas naturellement, c’est que la personne n’est pas un vrai écrivain. Enfin quelqu’un qui ose dire la vérité. Ça fait changement des ateliers d’écriture où on essaie de nous faire croire que tous ont le potentiel d’être écrivain. C’est insultant pour les professionnels, non? Est-ce que tout le monde peut devenir médecin, avocat, traducteur ou même clochard? Évidemment pas, il faut avoir certaines dispositions d’avance. Bravo Jean-Louis!

  7. #7  Joel Champetier   (2 novembre 2005 - 12:45)

    Le commentaire de Jean-Louis me fait réaliser que “l’implication” de Canal Z dans ConCept se limitait en fait à l’implication d’une seule personne, Pascal Forget, personne dynamique et bien sympathique par ailleurs. Ce dernier m’a même dit en privé que ce n’était pas facile d’intéresser formellement Canal Z: s’il était à ConCept, c’était beaucoup parce que ça l’intéressait lui. Donc je seconde la proposition qui voudrait qu’on essaie de le contacter pour un prochain Boréal… quoique, si j’ai bien compris, ConCept aussi revient l’année prochaine?

  8. #8  Michel J. Lévesque   (2 novembre 2005 - 13:04)

    Je suis assez d’accord avec Stephen King quand il dit qu’on ne peut pas faire d’un écrivain médiocre un écrivain moyen mais qu’on peut faire d’un écrivain moyen, un bon écrivain. Pas un écrivain génial, mais un bon écrivain. Citation de Pierre Tisseyre dans son livre L’Art d’écrire : « De tous les arts, celui qui fait le plus appel à la technique, c’est l’art d’écrire. Un apprenti compositeur peut suivre des cours pendant des années, mais s’il n’a pas inné, le talent créateur indispensable, il composera du bruit, non de la musique. Un apprenti peintre sans talent inné ne sera jamais un grand peintre et les meilleurs professeurs n’y pourront rien.

    Mais lorsqu’il s’agit d’écrire, Boileau disait déjà, il y a trois siècles : « Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage : polissez-le sans cesse et repolissez-le. »

    Aux États-Unis, l’importance du travail s’exprime de la façon suivante : écrire c’est « 10 % d’inspiration et 90 % de transpiration », ce qui peut s’interpréter de diverses façons mais qui pour Pierre Tisseyre veut dire : « 10 % de talent peut suffire si vous y ajoutez 90 % de travail. »

    Pour ma part, je dirai simplement que je n’écris pas comme il y a un an. Encore moins comme il y a deux ans. Plus j’écris, plus je m’améliore. (Merci à Joël Champetier, Jean-Claude Dunyach et Daniel Sernine pour les précieux conseils!) Faut-il un talent inné? Peut-être. Moi, ce que je crois, c’est qu’il faut entendre le rythme du récit quelque part dans sa tête. Il faut avoir « de l’oreille », comme disent les musiciens.

    Amen.

  9. #9  Benoit   (2 novembre 2005 - 22:10)

    D’après mes observations de la dernière année pendant laquelle j’ai collaboré à un atelier d’écriture, force m’est de constater que n’importe quelle personne intéressée peut écrire, mais de l’intérêt à la publication, la marche est haute, et de la publication à la qualité il y a une nouvelle marche. Notre atelier regroupait 5 personnes aux talents divers (l’un d’eux publiera éventuellement dans Alibis), mais l’intérêt allait de “j’écris pour mon plaisir et je me fous d’être lu” à “c’est beaucoup de travail pour peu de résultats” et le talent de anonyme à génial. C’est lorsqu’on conjugue les 2 éléments que le potentiel se présente. Une constante: tous les participants ont reconnu la nécessité du travail pour parvenir à un résultat dont on puisse être fier. Finalement, le maintien de l’intérêt peut se résumer par “mais quel plaisir est-ce que j’en retire?”, et ce n’est qu’à compter de ce moment qu’il y a persévérance.

  10. #10  Mehdi Bouhalassa   (3 novembre 2005 - 2:33)

    Mouain… Je suis plus ou moins d’accord avec tous les intervenants.

    Je prends pour exemple, comme toujours, Dostoïevski; il détestait le beau et le bon, et ses romans et nouvelles étaient souvent écrites d’un jet et à peine retravaillées. Pas que ce soit un exemple à suivre, mais ce qui le rachetait, c’était sa prose, la puissance de son lyrisme (il a écrit Le Joueur et un mois, dicté à sa secrétaire alors qu’il crevait de faim dans un hotel d’Allemagne, fauché après des années de jeu compulsif).

    L’écriture est un mystère; certains auteurs meurent dans la déchéance la plus totale, inconnus de leur vivant. Tandis que d’autre vivent comme des rois de leurs vivants et sont sitôt oubliés après leur mort.

    Où est la vérité dans tout ça? Il n’y a pas de recette pour écrire, seulement une passion qu’il faut transmettre le plus honnêtement possible…

    Enfin, j’espère!!! Je me pose toujours la question, tous les jours, depuis plus de quinze ans, et j’espère le faire encore durant les cinquante prochaines années.

  11. #11  Mehdi Bouhalassa   (3 novembre 2005 - 2:35)

    (ah oui, si les gestionnaires de ce blogue pourraient enlever les quelques fautes de ma dernière intervention postée trop vite et effacer celle-ci, I’d be much obliged… j’aurais aimé le faire moi-même, mais y’a pas d’option pour éditer nos propres entrées…)

    :-D

  12. Laurine

    #12  Laurine   (3 novembre 2005 - 8:14)

    J’essaie de trouver l’origine de cette citation (approximative):

    50% des gens qui ont une idée en font un roman. 50% des romans écrits sont publiés. 50% des romans publiés sont achetés. 50% des romans achetés sont lus. 50% des romans lus sont compris.

    (Tristement, je ne me souviens que de 50% des romans que j’ai compris!)

  13. #13  Benoit   (3 novembre 2005 - 8:36)

    Mehdi: le mot-clé ici est passion, ce que je traduis pas “quel plaisir est-ce que j’en retire?”. Pour certains, l’effort d’écrire est plus lourd (ou douloureux) que le plaisir qu’ils en retirent, pour d’autres, seul le plaisir d’écrire importe. Pour ma part, c’est le désir de partager le plaisir que j’ai à écrire qui me motive, un désir qui n’a jamais été présent avant la publication de Le jouet dans Solaris. Et en ce sens, la passion que les écrivains précédents ont transmis par leurs oeuvres est fondamentale, car si on ne prend aucun plaisir dans les auteurs que l’on explore, il n’y a pas de partage du plaisir des mots (et des idées, un pivot de la SFF que je partage avec Yves Meynard).

    Laurine: le 50% à l’intérieur du 50% à l’intérieur etc… se rapproche dangereusement de la Loi de Sturgeon, non?

  14. #14  René Beaulieu   (3 novembre 2005 - 12:16)

    L’écriture, ah vaste sujet ici…

    Je crois que les raisons (et les manières de et les incitatifs pour) écrire sont très multiples et aussi nombreux et différents que le nombre de gens qui écrivent… Ceci dit, je sais, par longue expérience et pratique concrète que doivent déjà être présent les éléments suivants, au départ: plaisir, désir et besoin d’écrire (On l’a déjà mentionné, c’est une des plus puissantes et addictives “dopes” disponibles et l’obstination et la persistance de tout écrivain valant son sel et ayant cela “vraiment dans le corps (Et vous avez intérêt à, si vous voulez continuer et produire de quoi être fier et qui vaille toute cette peine, ce temps et cette sueur dépensées ne s’explique pas autrement) . Il faut également du TRAVAIL, et beaucoup (Si vous ne le pensez pas, détrompez-vous, comme le célèbre personnage det écrivain espagnol de la renaissance — Tirso De Molina, ce me semble bien, et réalisez, et très rapidement… ) bien avant des choses éthérées et inquantifiables, et dont je doute de l’existence même, parfois, comme “l’inspiration” (Quelle est cette bête étrange et peut-on me la montrer là? ) , des choses à dire (ou croire que l’on en a bien, à tort ou à raison, c’est un autre débat… ) , du vécu à injecter dans tout cela, des images, des idées (Un peu, au moins… ) , non pas nécessairement originales, mais personnelles, bien ressenties, prégnates, nourrissantes, quelques solides obsessions et préoccupations, le désir de communication chevillée au corps à l’esprit et surtout une “immodestie totale” doublée d’un minimum de confiance en soi et en ce que l’on écrit, ce qui se développe quand on constate que la communication, l’échange, le don au lecteur se produisent effectivement, et de manière pas trop mauvaise ou brouillée, ce qui constitue alors un autre plaisir, double, et partagé, et une autre raison d’écrire.

    Pour le reste, je continue à penser que le monde des médias et de l’écrit sont des sphères très distinctes, dont les points de contact sont rares et décevants, la plupart du temps, à quelques notables et rarissimes exceptions près, et que perdre encore, après tant d’efforts et d’années du temps sur ce miroir aux allouettes, bon, eh bien, si cela vous amuse ici…

    Pour ma part, c’est avec joie que j’ai vu la Littérature revenir (un peu) sur le devant de la scène des Boréal, les ateliers d’écritures réapparaître, les discussions et propos traités redevenir plus consistants parfois (sans exclure le fun et l’humour là) et tout le reste. C’était aussi, remarquons le, un petit et timide retour pour les artistes graphiques, qui furent un temps fort présents dans ces manifestations, via expositions et autres prestations. Et puis, les endroits où on permet aux livres et aux auteurs de prendre un peu place ne sont pas si nombreux pour que je ne défende pas assez fortement la place qu’ils occupent déjà dans les Boréal.

    Autres constations évidentes cette année: un retour de jeunes auteurs et lecteurs qui fait du bien et une certain enthousisme là

    Il n’y a plus qu’à relancer un vrai intérêt pour la Sf parmi ceux-ci, le Fantastique et la Fantasy se portant en ce moment, somme toute, relativement bien, parmi ces auteurs qui se lancent…

    Amitiés.
    René.

  15. Laurine

    #15  Laurine   (3 novembre 2005 - 15:48)

    Benoît, je n’avais pas encore entendu parler de la Loi de Sturgeon. D’après Wikipedia, l’homme aurait déclaré que «90% of science-fiction is crud» (comme pour tout le reste). La version française de cette encyclopédie propose une curieuse traduction: «90% des choses sont imprévisibles et désordonnées.» Mais je n’ai pas vu de 50%. J’ai peut-être cherché le mauvais Sturgeon?

  16. #16  René Beaulieu   (3 novembre 2005 - 17:22)

    La “Loi De Sturgeon” est une des citations les plus célèbres du monde la SF, et des plus reprises, mais rarement dans son contexte et son intégralité surtout…

    En gros, Ted répondait à quelque “ingnare agressif interrogateur” concernant la littérature de SF que, traduction très libre ici: “Oui, 90% de la SF est de la merde (du déchet, des bêtises, à jeter, selon la puissance que vous voudrez donner à l’expression précise ici) , mais (
    également “que 90% de n’importe quoi est aussi 90% de la SF est de la merde (du déchet, des bêtises, à jeter, ect. … ) ”

    Ce en quoi il me semble avoir tout à fait raison, plus souvent qu’autrement…

    Et que, comme pour le diamant dégagé de sa guague, c’est toujours ce 10% restant qu’il faut rechercher, en SF, en Littérature, que chez les gens et tout le reste…

    C’est une citation tellement reprise que je suis vraiment très supris que tu ne sois jamais tombé dessus…

    Car il en vaut amplement la peine alors…

    Même sur la Toile Mondiale on la retrouve un peu partout.

    René.

  17. #17  René Beaulieu   (3 novembre 2005 - 17:28)

    Il fallait bien entendu lire, plus haut, dans le message précédent:

    “En gros, Ted répondait à quelque ?ignare agressif interrogateur? concernant la
    littérature de SF que, traduction très libre ici: ?Oui, 90% de la SF est de la merde (du
    déchet, des bêtises, à jeter, selon la puissance que vous voudrez donner à l?expression
    précise ici) , mais également ?que 90% de n?importe quoi est aussi de la merde (du
    déchet, des bêtises, à jeter, ect. ? ) ? ” ”

    Bien désolé là…

    Mais la fenêtre pour écrire nos commentaires est bien petite ici (Ou apparaît comme telle sur l’écran de mon ordinateur) et on perd souvent de vue une partie de son texte en le tapant…

    Et puis, comme on ne peut corriger ses propres commentaires, une fois envoyés…

    Enfin, là on devrait mieux comprendre maintenant…

    René.

  18. #18  Daniel Jetté   (3 novembre 2005 - 17:33)

    Si j’ai bien calculé, on en arrive à 3.5 romans sur cent qui sont lus et compris. Mais alors comment se fait-il que le .5 n’ait pas été lu complètement? Manque de temps ou décès du lecteur?

  19. #19  Benoit   (3 novembre 2005 - 23:55)

    René: ou bien ton clavier à un grave problème d’accent, ou bien ta nouvelle laveuse électronique a des fuites de gaz….. Et si tu parles, est-ce que ta voix est plus aiguë?

    Laurine: En clair, et avec les accents, la citation vient d’un journaliste qui, pensant brillant, a déclaré à notre ami Theodore que 90% de la SF était de la merde (ou du lisier, ce dernier étant plus insidieux et plus près de l’original crud), remarque à laquelle Sturgeon a répondu que c’était absolument vrai mais que de toute façon, 90% de toute littérature était de la merde. En reprennant ton commentaire à l’envers, on arrive à un pourcentage de romans publiés qui sont compris à 12,5%. CQFD.

    Daniel: Le 0.5% de romans publiés qui ne sont pas compris est probablement la moitié de la production de Samuel R. Delaney!

  20. #20  René Beaulieu   (4 novembre 2005 - 11:31)

    Salut Benoit.

    Mon clavier n’a rien pourtant, mais il est vrai que tout les signes diacrétiques et les guillemets et les points de suspension de tous les messages sur Fractale Framboise me sont illisibles, y compris sur écran, sauf ceux que je poste…

    On fait de son mieux là.

    Je n’ai pas ce genre de problème avec mon propre blog, ceux d’autres personnes ou 95 % des sites que je visite et des messages que je reçois…

    Go figure.

    Mon clavier est “configuré” Canada CSA, héritage de ceux d’Alain Bergeron et de Claude Bolduc qui “configure” les leurs de même (ou le faisait, anciennement, du moins) .

    All I can say.

    Et ta traduction du terme nauséabond est, effectivement, plus précise là. Je cherchais encore le bon mot quand j’ai écrit la phrase…

    La démontration à faire était que l,on trouve à peu près partout la même proportion de cochonneries, de bonnes oeuvres moyennes et de grandes oeuvres quels que soient les domaines ou les médiums artistiques et, surtout, que juge et évaluer un genre seulement en se basant sur ses productions les plus médiocres était un nom sens.

    La télévision, le cinéma, la musique et même les livres, sans parler des arts plastiques, ne vaudraient souvent pas souvent la peine que l’on s’y attarde et ne vaudraient pas souvent très chers la tonne alors…

    Amitiés.
    René.

    P. S. : Mon propre blog est assez tranquille en ce moment. J’ai une traduction à rendre rapidement et, à part deux trois “sorties” sur Fractale Framboise et deux ou trois répônses aux messages des uns et des autres, je n’ai pas grand temps pour rien d’autre.
    Sauf pour dire que Ghost In The Shell II est réellement superbe visuellement, quoique hésitant un peu entre le prétentieux volontairement obscurcisant et le vide désespérant nivanesque pour le contenu, le scénario tenant, malgré ses emberlificatements divers (et parfois inutiles) , à la base, sur un timbre poste. Par contre, The Hichiker Guide To The Galaxy m’a agréablement surpris: sans prétention, bien fait et suffisamment respectueux des livres de Douglas Adams. On sourit même relativement souvent… ;-)

  21. Laurine

    #21  Laurine   (4 novembre 2005 - 12:26)

    René, je ne connais pas la nature du problème avec les caractères spéciaux. Peut-être que tu pourrais correspondre avec Christian à ce sujet pour trouver l’origine du bobo? L’auteur de chaque billet est le seul à pouvoir modifier les commentaires qui lui sont adressés. Je crois qu’Eric est un peu occupé en ce moment, alors il ne peut pas modifier l’apparence de ton texte dans l’immédiat (ni corriger les erreurs de Mehdi).

    J’ai également vu Ghost in the Sell: Innocence. Vraiment superbe visuellement, même si c’est un peu bavard par bout. Je devrais peut-être rédiger un billet à ce sujet, tiens…

  22. #22  Daniel Jetté   (5 novembre 2005 - 11:12)

    Je suis d’accord avec toi, Benoît, pour Delaney. Il est un auteur un peu comme Balzac, on le lit en le trouvant génial et pourtant le livre nous tombe des mains aubout de 150 pages…

    Oui, oui, 150 pages, je suis un lecteur très patient.

    N’empêche que la question de bonne ou mauvaise littérature est assez ambigue et relative selon moi. Il m’est arrivé d’avoir du plaisir à lire des mauvais romans et de m’ennuyer sur des trucs qui étaient encensés par tous. J’en reviens encore à Balzac qui est un bel exemple. J’ai souvent entendu dire que Eugénie Grandet était un de ses chef-d’oeuvre et je me suis profondéement emmerdé à le lire tandis que j’ai trippé sur Splendeurs et misères des Courtisanes. Roman à propos duquel Balzac lui-même avouait qu’il essyait d’imiter Sue.

    Je dis qu’en ce qui concerne la littérature et les arts en général, j’applique le principe de Mick Jagger : “Whatever gets you through the night”.

  23. #23  Benoit   (7 novembre 2005 - 8:22)

    Daniel: Balzac est un des auteurs qui m’ait le plus ennuyé, tout de suite après Stendhal. Pour Delaney, il faut préciser que le commentaire ne s’adresse qu’aux dernières oeuvres, soit après Einstein Intersection. Je n’ai pas lu Triton, mais j’ai lu Dhalgren même si je ne me souviens plus de rien du roman. En fait, je serais même embêté d’en parler plus en détail tellement je l’ai oublié…

  24. #24  Daniel Jetté   (7 novembre 2005 - 17:13)

    J’avais compris pour Delaney. Quant à Balzac, bien sûr qu’il est ennuyant plus souvent qu’à son tour. C’est l’institution littéraire qui en fait la promotion. Moi je recommande plutôt Octave Mirbeau. Il ne tète pas la bourgeoisie lui.

  25. #25  Benoit   (7 novembre 2005 - 23:37)

    Je n’ai pas lu Mirbeau, mais je devrais probablement, surtout qu’il semble bien ignoré de la bourgoisie littéraire. À noter que c’est cette même bourgoisie littéraire qui m’a forcé à lire Stendhal, mais c’est également elle qui m’a fait connaître Paul Éluard et Antonin Artaud (“on n’a rien lu tant qu’on n’a pas lu Artaud”) et, par extension, Arrabal (pour une expérience littéraire vraiment déroutante!). En SF, ça se traduirait par la période Vermillion Sands de Ballard.

    Si on est dans les longues descriptions (quelque chose comme trois pages pour décrire un mur de pierres), Stendhal est un génie, plus que Balzac encore, mais quel assomoir!

  26. #26  Daniel Jetté   (8 novembre 2005 - 14:50)

    Tout de même, j’ai bien aimé Le Rouge et le Noir en raison de la description cynique de la société française mais j’avoue l’avoir lu sur une période de six mois. Je ne suis pas capable de gober en général de grands classiques comme ça d’un seul coup et je crois d’ailleurs que c’est ce qui m’a pourri la lecture de Madame Bovary dans mon cours de littérature à Concordia. Lire ça en deux semaines, non. Je n’y suis pas arrivé aussi, dans l’examen, j’ai eu 0 sur la question qui concernait ce roman. Par contre, j’avais bien aimé René de Chateubriand. C’est gothique au possible. En fait je crois que peu importe l’époque d’où provient ou le genre, en autant que l’on sente une certaine empathie avec les sujets et les intentions de l’auteur.

  27. #27  Daniel Jetté   (8 novembre 2005 - 14:53)

    Pardonnez les fautes, j’aurais du me relire. Je voulais dire : “…peu importe l’époque d’où provient LE ROMAN ou le genre…”

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