Fractale Framboise

Laurine

Anansi Boys — Neil Gaiman

par Laurine - mercredi, 19 octobre 2005 - 20:39 (Critiques, SF&F autre, Écrire)

anansiGod is dead. Meet the kids. Voilà qui est fort bien choisi comme sous-titre. Le héros, Charlie Nancy («Fat Charlie» pour les intimes et le reste de la planète), vient de perdre son père, mort d’un arrêt cardiaque lors d’une séance de karaoké. Par l’entremise de vieilles dames plus ou moins bien intentionnées, il apprend, sans trop y croire, que son père était bien plus qu’un vieil homme qui essayait de l’embarrasser en public. Son père était Anansi, le Dieu araignée, un trickster parmi les dieux, dont le principal talent, outre de chanter, était d’embobiner son prochain. Encore plus incroyable, Charlie apprend qu’il a un frère, Spider, qui semble avoir hérité des talents divins de son paternel. Et l’arrivée de Spider provoque un gigantesque chambardement dans la vie morne de notre héros, qui se manifeste par l’entrée en scène d’oiseaux tueurs, d’un patron homicidaire, d’un fantôme rancunier, d’une jeune policière et d’un voyage à St-Andrews. Il y a une lime aussi, mais je vous laisse découvrir à quoi elle sert.

Vous aurez sans doute compris que Anansi Boys se déroule dans l’univers du précédent roman de Gaiman, American Gods. Il ne s’agit toutefois pas d’une suite, loin de là. Bien sûr, il y a des parallèles. Nous retrouvons, par exemple, les anciens dieux, ceux qu’on associe aux animaux et aux créatures fantastiques (et à part Anansi, aucun d’entre eux n’est de bonne humeur). Le récit présente encore une fois un héros qui ne soupçonne aucunement la nature de son héritage divin. Enfin, Gaiman semble porter aux toilettes bouchées des prisons un intérêt un peu déconcertant. Mais la comparaison s’arrête ici.

Fat Charlie rappelle Richard Mayhew, le héros de Neverwhere: plutôt bonne poire, introverti, menant une vie réglée comme du papier à musique, et fiancé à la mauvaise personne. Sa découverte d’un monde extraordinaire et dangereux le transformera complètement, et pour le mieux.

Ce qui distingue totalement Anansi Boys de American Gods et de Neverwhere, c’est le ton. Gaiman, on le sait, n’a jamais manqué d’humour, même dans les passages les plus noirs. Cette fois-ci, il verse carrément dans la comédie (musicale parfois) d’un bout à l’autre du roman. Si vous vous attendez au sérieux d’American Gods, vous serez déconcertés par l’écriture décontractée et pince sans rire: on dirait que l’auteur est sur un high après avoir lu l’œuvre complète de Jasper Fforde (par exemple). Il n’hésite pas non plus à s’adresser directement au lecteur, ce qui range le roman dans la catégorie des contes pour adultes. Ce détail crée une intéressante mise en abîme puisque le conte, l’histoire, ou la chanson, si vous voulez, constituent le thème central d’Anansi Boys — un roman assez court, d’ailleurs, avec un peu plus de 300 pages.

Personnellement, ça m’a bien plu. Les fans invétérés de Gaiman y trouveront leur compte dans cet univers merveilleux qui fonctionne selon une règle toute simple: «Les choses fonctionnent comme ça parce que je l’ai décidé, na!» Il y a toute une galerie de personnages colorés, certains très typés, d’autres plutôt ambigus dont on fait la connaissance avec plaisir. Et les dieux, rassurez-vous, n’ont rien perdu de leur mordant.

Fat Charlie tried to think of the best way to put it. “The bird thing. Where they all turn up and pretend they’ve escaped from an Alfred Hitchcock film. Do you think it’s something that happens only in England?”
“Why?”
“Because I think those pigeons have noticed us.”

  3 commentaires

3 commentaires:    (ajoutez-en un)

  1. Eric

    #1  Eric   (30 novembre 2005 - 16:35)

    Il m’a bien plu, ce roman, à moi aussi. C’est effectivement une oeuvre à part: je crois qu’on peut très bien le lire sans avoir la moindre connaissance du roman précédent, American Gods. L’approche comique fonctionne en général très bien. Le premier chapitre donne tout de suite le ton (sur le site de l’auteur, vous pouvez d’ailleurs en lire une version quasi-finale). Ayant eu la chance d’entendre l’auteur le lire avec brio, je n’ai pu m’empêcher par la suite d’acheter le roman dès sa sortie au lieu d’attendre la version en format poche. Bien sûr, il y a un danger à lire beaucoup de Gaiman (ou d’un autre écrivain): on en vient à connaître les trucs de l’auteur. Fat Charlie, par exemple, ressemble un peu trop au protagoniste de Neverwhere. Ça se place tout de même à mesure que l’histoire avance, et on réalise vite que l’auteur a quelques nouveaux trucs en réserve.

    Là où ça flanche un peu, c’est quand on a affaire aux “méchants” du livre: on éprouve trop rarement un réel sentiment de menace. Gaiman peut pourtant écrire de très bon méchants. On dirait qu’ici, il leur a donné le potentiel d’être vraiment dangereux, puis n’a pas osé aller assez loin. Aussi, la finale a un côté “Walt Disney” qui m’a un peu embêté, mais qui au moins cadre bien avec les thèmes du livre.

    À quelques moments dans la lecture, j’ai remarqué comment le roman pourrait bien se prêter à une adaptation cinématographique. Loin de moi l’idée de suggérer que l’auteur écrit pour le cinéma; la crichtonite ne l’a pas encore atteint. Simplement, la présentation de certains éléments surnaturels, ainsi que le “timing” comique et les revirements de l’intrigue, fonctionneraient bien à l’écran. Ce qui pourrait marcher moins bien, c’est la dimension métaphysique de l’intrigue qui peut dérouter les gens si le texte n’est pas là pour les préparer. Gaiman a déjà complété un film (MirrorMask, avec Dave McKean) et travaille sur un autre (Beowulf, qui sera fait par ordinateur avec du performance capture, un peu comme The Polar Express). Je ne serais pas surpris s’il y en avait d’autres ensuite. Bien sûr, certaines des qualités cinématographiques susmentionnées pourraient aussi faire de la bonne bande dessinée, et je serais bien curieux de voir l’auteur produire une autre oeuvre entièrement originale dans ce médium.

  2. Laurine

    #2  Laurine   (30 novembre 2005 - 17:35)

    L’une des curiosités d’Anansi Boys est que le protagoniste principal est un Noir, et que l’histoire ne le mentionne nulle part: c’est vraiment au lecteur de le deviner par différentes allusions — ce n’est pas aussi évident que ça en a l’air. Et ça m’a pris pas mal de temps avant d’établir le rapport entre les noms «Anansi» et Mr Nancy! Trop prise par l’histoire, je suppose.

    Au sujet de Beowulf, Gaiman s’énerve parce que les journaux prétendent que le film sera en stop-motion (voir son blog, le 17 novembre). Peut-être que les journalistes prennent ça pour de la performance capture?

  3. #3  Gyzmo   (3 janvier 2006 - 7:47)

    Je n’ai pas encore lut Anansi Boys mais je précise que Gaiman a commencé sa carriere d’auteur avec la BD, il en a d’ailleur réalisé avec Mc Kean.
    Mais son oeuvre majeure en comics c’est tout de même la série Sandman, dont j’encourage vivement la lecture.

Laissez un commentaire:

Vous pouvez utiliser les balises HTML suivantes: <b> <i> <a href=""> <blockquote>
Si ce n'est pas déjà fait, veuillez prendre connaissance de nos politiques.