A l’affiche: Serenity

Billet: SERENITYJe vous avais parlé de la série Firefly il y a quelques semaines, en attendant la sortie du film-suite. Voilà, c’est fait: SERENITY est maintenant à l’affiche, et la question « bon ou mauvais? » n’est peut-être pas aussi importante que « satisfaisant ou pas? » Tout comme REVENGE OF THE SITH plus tôt cette année, SERENITY est avant tout conçu pour un groupe préexistant de fans. Mais pour réussir au box-office, le scénariste/réalisateur Joss Whedon doit non seulement combler les attentes de son public cible, mais aussi aller chercher une audience un peu plus large et beaucoup moins bien prédisposée. Est-ce possible?

La bonne nouvelle, c’est qu’il s’agit à la fois d’une excellente suite à la série et d’un film de space-opera potable. La mauvaise, c’est que l’aspect science-fictif de la série est toujours aussi ridicule et que la densité du film fait en sorte que certains personnages (Kaylee!) sont oubliés au passage.

Pour les fans, SERENITY parvient au moins à calmer leur furie à voir une histoire si prometteuse se faire couper en plein vol: Le film contient suffisamment de développements dramatiques pour occuper six épisodes et permet de renouer avec tout l’équipage. Le premier quinze minutes du film est un tour de force dramatique, volant d’une situation à l’autre, se donnant le luxe d’un long plan ininterrompu, expliquant juste assez de matériel pour (r)embarquer tout le monde à bord. La rentrée atmosphérique initiale du Serenity possède un impact primaire que l’on n’avait pas vu depuis longtemps en SF média. Dès le départ, nous sommes en bonnes mains.

Le reste de l’intrigue se déroule à un rythme effréné mais approprié. L’action se déplace d’un endroit à l’autre, plusieurs batailles ponctuent le développement du film et certains personnages progressent au-delà de ce qu’ils étaient dans la série. (Dire que ce ne sont pas tous les membres de l’équipage qui survivent au film a de quoi vous intéresser, non?) Vers la fin de l’histoire, les données ont été réarrangées comme à la fin d’une saison: À quoi ressemblera la suite? Au moins le fan a de quoi être satisfait. Ultimement, Joss Whedon réussit au moins à remplir son but primaire: satisfaire ceux qui ont rendu possible cette suite inusitée à une série annulée.

La où le fan moyen pourrait rechigner, c’est à voir la densité nécessaire à un film prendre préséance sur le rythme particulier d’une série télévisée. SERENITY, c’est comme passer 90 minutes avec des amis que l’on n’a pas vu depuis des années: Peu importe la qualité de l’expérience, ça nous laisse sur notre faim. Mal et River sont clairement les héros du film: le reste des personnages sont un peu bousculés dans leur sillage. J’ai également des réserves en ce qui a trait à plusieurs éléments de la dernière demi-heure du film, mais en discuter plus profondément serait gâcher la fin du film pour ceux qui ne l’ont pas vu.

Reste à savoir si le cinéphile moyen, sans aucune connaissance de Firefly, saura trouver satisfaction dans le film. Il est fort possible que oui: si rien d’autre, SERENITY livre une bonne aventure de space-opera primaire (lire: un film de SF de série B), avec suffisamment de poursuites, d’arts martiaux et de batailles spatiales pour satisfaire ceux qui sont à la recherche de telles choses. L’intrigue roule à un bon rythme, l’atmosphère est sympathique et les dialogues sont suffisamment astucieux pour plaire. Il y a des effets spéciaux, une fille qui fait du kung-fu et des gros fusils: sûrement qu’il y a un public pour ce genre de chose? (Les critiques semblent, au moins, assez favorables: 80% au tomatomètre, et 74% au métascore. Brillant!)

Ceci dit, ceux qui n’aimaient pas certains des aspects de la série ne seront pas plus contents ici. Plusieurs fautes dramatiques que l’on apprend à tolérer au petit écran sont un peu plus agaçantes au cinéplex. Les premières lignes de dialogue du film dressent un portrait scientifiquement ridicule de l’univers dans lequel se déroule la série. Les reavers restent technologiquement impossibles. Les vaisseaux spatiaux sont encore à des magnitudes trop près l’un de l’autre. La chorégraphie de certaines scènes est chancelante. Les batailles sont toujours deux fois trop longues. Le mélange western/SF semble toujours aussi forcé. La densité d’idées reste assez basse. Firefly est peut-être une bonne série, mais ça reste loin d’être de la bonne SF.

Mais pris dans son ensemble, SERENITY est un film satisfaisant, qui n’aura pas de difficulté à laisser derrière lui des atrocités telles THE CAVE, A SOUND OF THUNDER ou bien même THE ISLAND. Les fans, eux, auront déjà commandé leur billet et le DVD des mois à l’avance. Pas d’erreur: SERENITY est ce qu’ils voulaient voir depuis l’annonce de la fin de la série. Maintenant, espérons que le film sera suffisamment populaire pour permettre à Whedon de conter le reste de son histoire.

# Les commentaires sont fermés.

3 Commentaires

  1. Daniel

    En tout cas, Christian, tu finis de bonne heure au bureau… :o)

  2. Daniel: Pas quand on commence à 7h30… et quand le cinéma est à deux coins de rue. Les puristes (et mon patron) noteront que je suis arrivé en plein milieu des bandes-annonces.

  3. Joel Champetier

    J’attendrai d’avoir vu la série avant d’aller voir le film, mais hier j’ai écouté le fameux épisode de Buffy qui pastiche une comédie musicale. Ce qui est troublant, c’est de savoir que c’est Joss Whedon qui a composé toutes les chansons — paroles et musique. Et ce sont de très bonnes chansons! J’hésite toujours à consacrer quelqu’un « génie » de son vivant, mais disons qu’il est clair que Whedon a une énergie créatrice qui dépasse l’entendement. En tout cas, mon entendement.

Un blogue, trois auteurs, une multitude d'univers à explorer.