The Warrior-Prophet — Scott Bakker

princeofnothing2J’ai terminé, il y a quelques jours, le deuxième volume de la série «Prince of Nothing», The Warrior-Prophet. Bakker garde résolument le cap vers la philosophie mâtinée de métaphysique et de concepts touffus qui touchent au mysticisme. Encore une fois, une lecture difficile, pas tant à cause du déroulement de l’histoire, qui se comprend sans effort, qu’aux tourments qu’éprouvent les personnages. Le guerrier-prophète du titre, c’est Anasûrimbor Kellhus, le moine Dunyain dont il était question dans mon précédent billet. Ses talents particuliers de manipulation lui permettent de se gagner sans peine une place enviable au sein de la cohorte guerrière. La majorité le prend pour le prophète qui justifie tous les massacres; une minorité formée de nobles et de dirigeants, par contre, aimerait s’en débarrasser. Ils y parviennent presque…

Le thème de la guerre sainte est poussé très loin. Kellhus se fera même crucifier, la tête en bas, les membres attachés à une sorte de cerceau. Cet instrument de torture deviendra par la suite son emblème, le Circumfix. Les Fanim qu’attaque l’armée des Three Seas rappellent curieusement les Maures. Parallèlement, une rivalité s’est installée, depuis le tout début, entre l’Empereur et le Shriah, le pape de service. Bref, les références historiques sont assez claires.

Le premier roman a mis en place les personnages principaux et les circonstances qui les poussent vers Shimeh, la ville sainte. Tous ont des mobiles différents. Cnaiûr le Scylvendi et Kellhus espèrent retrouver Moënghus, le père de ce dernier. Le sorcier Drusas Achamian compte retracer la cabale du Consult, et se convainc que Kellhus les sauvera de la deuxième Apocalypse. Ikurei Conphas, le neveu de l’Empereur, veut reconstituer l’Empire. Et le prince Nersei Proyas, fidèle serviteur du Shriah, semble être le seul à ajouter foi au projet divin. Le deuxième roman raconte donc la fameuse marche vers le royaume Fanim. Le début est presque entièrement consacré à divers massacres, à des remises en question et à moult déchirements personnels, dont Kellhus profite pour mettre tout le monde dans sa poche. À partir du moment où Achamian se fait enlever par une école de sorciers rivale, les choses commencent à bouger. On arrive enfin à démasquer certains espions du Consult, des créatures qui se construisent un visage à partir de «doigts» de chair. Lorsqu’ils se révèlent en déliant ces doigts, l’image est assez saisissante, merci. Et les agents de Mog-Pharau, le non-dieu, se manifestent ouvertement à la toute fin de l’histoire.

Comme j’ai commencé la lecture de la série «The Malazan Book of the Fallen» de Steven Erikson, je m’amuse à remarquer certains parallèles avec celle de Bakker. Je spécifie tout de suite que les deux auteurs se connaissent, Erikson ayant probablement donné un coup de main à Bakker. Il y a entre autres le thème de la poupée animée par une âme qui est bien utilisé dans les deux cas.

Ce que je trouve remarquable dans les trois séries amorcées jusqu’ici, donc celles de Martin, Bakker et Erikson, c’est l’usage de la magie. Chaque auteur l’aborde différemment. Chez Martin, elle se fait discrète. Le feu et la glace sont à l’origine de phénomènes prodigieux (et inquiétants), mais tout se joue en coulisse. La plupart des personnages de cet univers n’y prêtent pas vraiment attention. Chez Bakker, la sorcellerie est reconnue et organisée, bien que considérée comme blasphématoire. La puissance des sorciers est terrible, et chaque école a sa spécialité. Chez Erikson, enfin, si je me fie aux premiers chapitres, la sorcellerie est totalement intégrée dans la vie militaire. Le sorcier d’un bataillon protège les soldats des attaques magiques, et les soldats protègent le sorcier des attaques humaines. Il est encore un peu tôt pour faire des comparaisons élaborées, je ne suis pas suffisamment avancée dans cette nouvelle série. C’est donc à suivre…

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Un commentaire

  1. Benoit

    Je qualifierais la magie de Martin d’impie, puisqu’elle est acceptée comme réelle mais non tolérée parmi les croyants de la religion en place. Elle demeure toutefois assez traditionnelle dans son approche, en tout cas jusqu’ici.

    La magie de Bakker va un peu plus loin puisqu’elle est considérée, comme dit Laurine, blasphématoire. Toutefois, elle repose elle aussi sur des principes très traditionnels. mais comme elle est très développée, elle en devient très puissante.

    La magie d’Erikson repose sur un principe tout-à-fait différent. Je ne vais toutefois pas en discourir ici, mais sa conception est un des éléments les plus originaux de la série. Et bien qu’on commence à mieux en comprendre les aboutissants dans le cinquième volume, les tenants sont un peu plus fragiles à discerner.

    J’aime la série de Bakker, mais son élaboration est tellement touffue qu’elle en paraît inextricable. L’imaginaire est là, puissant et très évocateur, j’aurais juste aimé qu’il se prenne un peu moins au sérieux (lire universitaire). J’aurais tendance à comparer Bakker à Richard Morgan, les deux présentant un traitement riche de thèmes maintes fois abordés.

    Laurine: je ne sais où tu en es dans Erikson, mais dans les quatre premiers volumes, les personnages les plus intéressants à suivre sont Quick Ben et Fiddler. Bonne et Heureuse Lecture!

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