Firefly, The Complete Series

Couverture: Coffret DVD FireflyJ’avais deux objectifs en tête quand je me suis procuré le coffret DVD « Firefly: The Complete Series » : De un, me préparer pour SERENITY (aka FIREFLY: THE MOVIE) à temps pour sa sortie en salle le 30 septembre prochain. De deux, découvrir pourquoi cette série de SF télévisée semble connaître un tel succès culte chez nos cousins geeks anglophones. S’agissait-il d’une bonne série? Était-ce (eeek!) de la bonne SF ou bien une autre occasion pour la Brigade Whedon de louanger les mérites de leur écrivain préféré?

N’étant pas encore un fan du Buffyverse (cela viendra, je le sais), je connais le nom « Joss Whedon » sans pour autant lui vouer une admiration sans bornes. Mais ce n’est pas le cas pour les légions de fans de Buffy et Angel, qui ont élevé Whedon au rang de demi-célébrité, chose que l’on n’avait pas vu depuis Joe Straczynski et Babylon-5. Firefly a été annoncé à grand coup publicitaire: une série de SF, fortement inspirée par le genre Western, d’un créateur adulé par ses fans. Que demander de mieux?

Hélas, la série n’a pas fait long feu. Maltraitée par Fox dans des créneaux horaires confus, peu prisée par l’audience mainstream, sans doute assez dispendieuse à produire, Firefly fut annulée après la diffusion de seulement onze des quatorze épisode alors complétés. Ce n’est pas un accident si la coffret annonce sans compromis « The Complete Series« : Tout est contenu dans cette boîte disponible à prix modique.

Ce qui nous ramène au contenu de ces quatorze épisodes. Firefly: mythe Whedonesque ou bonne série de SF?

Malgré certaines réticences, je suis assez fermement du côté de ceux qui vont louanger la série. Les critères d’évaluation d’une série épisodique ne peuvent pas être les mêmes que pour un roman ou un film se suffisant à lui-même: Les séries télé ne peuvent pas dépendre que sur des bonnes histoires ou d’une présentation raffinée. Ce qui nous pousse à voir et revoir une série, semaine après semaine, c’est la richesse des personnages et l’intensité des liens qui se tissent entre eux. Plus que n’importe quelle autre forme narrative, les séries télévisées nous invitent à tenter de comprendre un éventail de personnages, voire à s’en faire des amis imaginaires.

À cet égard, Firefly réussit à faire des merveilles en quelques épisodes. Les neuf membres de l’équipage du « Serenity » (un petit vaisseau de classe « Firefly ») sont bien campés, bien distincts et ont des liens dramatiques astucieux. Le jeu des acteurs est bien réussi et le dialogue aide à cerner les personnages (nous y reviendrons), mais Whedon a fait son travail quand est arrivé le moment de construire son équipe de protagonistes. On veut, tout simplement, revoir ces personnages épisode après épisode. Mis à part la menace constante de Jayne, il y a la maladie de River, les mystères du « pasteur » Book, la carrière d’Inara, la vie conjugale de Wash et Zoe, la tension romantique entre Kaylee/Simon et Inara/Mal… bref, l’équipage du Serenity a de quoi nous tenir occupé.

L’autre principale force de Firefly est propre aux séries de Whedon: Un sens du dialogue très bien mené, bourré de répliques intelligentes et de citations mémorables. (Je suis particulièrement épris de « Shepard, isn’t the Bible kind of specific about killing? » « Very specific. It is, however, somewhat fuzzy around the area of kneecaps.« ) Whedon est à la fois suffisamment sarcastique pour plaire aux sensibilités Gen-X, et assez astucieux pour traiter d’authentiques sentiments d’une façon qui ne semble pas trop manipulatrice. Firefly, généralement parlant, sait que vous avez déjà tout vu de Star Trek et que vous êtes déjà familier avec les fondements des gadgets de la science-fiction: La série ne dépense pas trop de temps à réexpliquer la roue et s’adresse carrément à une audience un peu plus mature que d’autres séries télévisées. Il y a un réel plaisir à écouter les dialogues de la série, à la fois drôles, poignants et efficaces.

Je suis un peu moins épris de la construction de certaines intrigues. Au moins deux épisodes (« Shindig » et « Jaynestown ») s’achèvent rapidement et de façon peu satisfaisante. (En revanche, certains épisodes sont bien conçus et encore mieux exécutés, tels « The Message », « Trash » et « Out of Gas ») Je constate également une certaine répétition dramatique: Au moins un personnage central se fait grièvement blesser à chaque épisode —heureusement qu’ils ont ramassé un docteur durant le premier épisode de la série!

Agacement inévitable pour une série télévisée, le développement de l’intrigue principale s’effectue également à pas de tortue: River reste psychotique pendant l’essentiel des quatorze épisodes, ce qui ne serait pas si mal si la série aurait duré les quelques cinq ans originalement planifiés, mais agace un peu lorsque ces quatorze épisodes sont tout ce qu’il y a à se mettre sous la dent. La plupart des autres personnages demeurent plus ou moins identiques du premier au dernier épisode, ce qui ne serait sans doute pas le cas si la série aurait durée plus longtemps.

Ç’est au niveau des éléments SF que Firefly perds beaucoup de points. Malgré une connaissance de base des éléments nécessaire à une série de SF, Firefly est handicapé par les nécessités logistiques et dramatiques de la SF filmée. L’espace n’est pas particulièrement infini pour les personnages de cette série. En fait, on pourrait dire qu’il est bondé: On y voit régulièrement des objets se croiser dans l’espace interplanétaire à des distances ridiculement courtes. L’intention de faire de Firefly un Western futuriste cause également sa part de problèmes, donnant lieu à des situations improbables où même des civils seraient en mesure de repérer les erreurs stratégiques commises par nos protagonistes mercenaires. Et ne me parlez pas de l’emploi maladroit des expressions chinoises dans la série: Je vis moi-même entre deux langages et les quelques mots de chinois insérés au milieu des dialogues paraissent forcée et artificiels, pas du tout comment quelqu’un utiliserait un peu d’anglais au milieu d’une conversation en français.

Une bonne partie de ces « erreurs » s’expliquent platement par les limites imposées à n’importe quel écrivain travaillant dans un médium visuel où chaque décor coûte quelque chose. Malgré ces contraintes, il y a tout de même de quoi être impressionné par le côté visuel de Firefly. Utilisant fréquemment des décors naturels (presque tous d’inspiration Western, bien sûr), la série fait également un bon emploi d’effets spéciaux et réussit à livrer un côté visuel qui rivalise avec beaucoup de films de série B. Mon épisode favori, « Ariel », accomplit des merveilles en décrivant une infiltration d’un hôpital au milieu d’une métropole futuriste. Je reste un peu déçu des « erreurs intentionnelles » de présentation (zooms, profondeur de champ imparfaite et mauvais cadrages dans plusieurs séquences générées par ordinateur) mais ces imperfections savamment recherchées donnent effectivement une impression de dynamisme à la réalisation de la série.

Je laisserai à d’autres le soin de commenter sur le sex-appeal des gars de la série, mais je suis… comblé par nos héroïnes. À part River (un rôle jeune et évidemment incomplet), l’équipage féminin de Serenity est plus sexy que trois générations de Star Trek. Si Inara est la courtisane raffinée, je soupçonne que l’audience geek de la série en aura plus à dire sur l’hyper compétence de l’assistante-capitaine Zoe et le charme adorable de la mécano Kaylee. Évidemment, il n’y a pas que l’aspect physique qui plait: les actrices peuvent dépendre sur une très bonne écriture pour donner vie à leurs personnages.

Pour le reste, il y a beaucoup à admirer au sujet de Firefly, et encore plus à regretter au sujet de la fin trop hâtive de la série. Il y a lieu de se demander si l’attrait culte de la série n’est pas en quelque partie lié à son image de martyr. Regarder « The complete series » est un exercice frustrant, parce que l’on parvient à peine à cerner les grandes lignes de l’arc dramatique de la série. On voit la possibilité d’un complot corporatif, d’un personnage ambigu en la personne de Book, d’au moins deux unions romantiques en plus des difficultés conjugales de Zoe et Wash, ainsi que du développement de River en une espèce de surhumaine. Personne ne peut prédire ce qu’aurait été Firefly étendu sur cinq ou sept saisons. On ne peut que regretter que la série n’aie pas eu la chance de se rendre jusque là.

Heureusement, l’histoire continue: À la surprise de plusieurs, les ventes du coffret furent excellentes, à un point tel que Whedon a réussi à convaincre le studio Universal de le laisser produire un film continuant l’intrigue amorcée par ces quatorze premiers épisodes. Peut-être s’agira-t-il même d’un tremplin jusqu’à la conclusion de l’histoire, étant donné les rumeurs d’une trilogie de films. SERENITY sera sur les écrans le 30 septembre. Il va sans dire que j’y serai dès la première journée!

En ce qui vous concerne, allez donc jeter un coup d’œil sur ce coffret. Satisfaction garantie… peu importe vos attentes!

# Les commentaires sont fermés.

11 Commentaires

  1. Michel J. Lévesque

    J’hésitais à acheter le coffret, mais tu m’as convaincu, Christian.

    Personnellement, j’ai adoré ANGEL (même si les deux dernières saisons avaient d’importantes faiblesses) mais je n’ai pas du tout embarqué dans BUFFY.
    Selon moi, les deux meilleures séries télé jamais produites sont OZ et LOST. Ce qui les démarque des autres : la constance et la rigueur du scénario (J’entends ici : intrigue principale).

    OZ est écrit par un seul et même auteur. Et croyez-moi, ce gars-là sait comment mener une série. Seul point négatif : le coût des coffrets de HBO. Du vrai vol. Mais bon, la qualité est là, comme pour THE SOPRANOS, SIX FEET UNDER et BAND OF BROTHERS.

    J’aime bien SMALVILLE aussi, ainsi que ROSWELL, 24 et ALIAS. Ce sont de bonnes séries même si elles sont parfois inégales.

    Par contre CHARMED, pas capable. J’éprouve de sérieux problèmes à suivre une série où il n’y a que des « stand alone episods ». Moi, il me faut un « story arc », comme disent les étasuniens. Et avec LOST, on est servi! Mais bien sûr, pour apprécier ce genre de série télé, il faut les visionner en quelques jours, ce que nous permettent maintenant de faire les coffrets DVD. Ça se compare à dévorer un bon livre en une journée ou deux. Suivre une série comme 24 ou LOST sur une période de 24 semaines change la perspective, ce n’est plus du tout la même chose. Apprécieriez-vous autant le même livre si vous ne pouviez en lire qu’un chapitre par semaine pendant six mois?

  2. J’avais programmé Firefly sur mon PVR il y a quelques mois et j’avais oubilé, ce qui fait que maintenant, je dois bien avoir une douzaine d’épisodes. (Peut-être toutes si je suis chanceux.) Je vais jeter un coup d’oeil à ça ce soir et je t’en redonne des nouvelles.

  3. Finalement, j’ai les 14 épisodes au complet! Wou-ouh! J’ai commencé à écouter le premier: ça a l’air pas mal bien.

  4. Le coffret en vaut la peine. J’ai écouté presque toute la série lors de sa diffusion initiale, et j’y ai vite pris goût. Le contraste avec Star Trek et autres séries de space opera est satisfaisant. Pas d’extra-terrestres peu crédibles ici: que des humains intéressants et des conflits solides qui ne peuvent être résolus à coups de technologie magique. L’ambiguïté morale des personnages rajoute au suspense.

    Le côté western m’a irrité d’abord, surtout dans ces occasions où le scénario renforce cet aspect aux dépens de la vraisemblance. Tout de même, on s’y fait, et c’est la qualité des personnages qui fait passer la pilule. L’équipage est fort solide, mais les personnages secondaires ne donnent pas leur place non plus. Le chasseur de primes dans « Objects in Space » est fascinant, et le commentaire de Whedon sur cet épisode est particulièrement étoffé.

    Côté visuel, les “erreurs intentionnelles” ont l’avantage d’atténuer l’air artificiel des effets spéciaux par ordinateur, surtout dans les batailles spatiales qui dans d’autres séries ont souvent un look trop bien léché. Les scènes dans l’espace se déroulent dans un silence total, obéissant ainsi aux lois de la physique si souvent bafouées au cinéma. Je ne sais pas s’il en sera ainsi pour le film, par contre. Peu importe, j’attends moi aussi sa sortie avec impatience.

  5. caroline lacroix

    J’ai été énormément déçue lorsque la série s’est terminée après seulement qqs épisodes. Je croyais d’ailleurs être la seule à l’avoir suivie ! ;-) J’avoue tout de même que ça m’avait pris 2-3 épisodes avant d’être accro, malheureusement, qqs épisodes plus tard, le tout se terminait et me laissait sur ma faim. Vivement le film !

  6. J’ai aussi le coffret et j’ai bien hâte de revoir la série. J’en garde un souvenir un peu flou, mais j’avais trouvé idiot qu’on l’extermine au bout de quelques semaines. Une autre série a subi un sort encore plus radical: Harsh Realms de Chris Carter n’a duré que trois épisodes. Ses Lone Gunmen ont quand même duré une saison, sauf que la série s’est terminée sur un cliffanger en deux parties dont on n’a jamais vu la conclusion. Le jeu des cotes d’écoute me dépasse!

    Prochaine étape: la première saison de Lost. Il paraît que c’est très bon… pour l’instant. Espérons que les scénaristes sauront garder l’intérêt et terminer tout ça en beauté.

  7. Joel Champetier

    Dans le cas de _Harsh Realms_, on comprend parfaitement la décision des programmeurs: c’était bancal, pour employer un terme poli. Les _Lone Gunmen_ était meilleur, mais on a eu l’impression que les scénaristes n’arrivaient pas à cerner les personnages. Ils ont tenté d’alterner épisodes comiques avec épisodes dramatiques, mais les épisodes comiques manquaient de la finesse des épisodes comiques de _Buffy_ et _Angel_. J’ai beaucoup aimé _Lost_, j’ai donc arrêté de l’écouter. Non, ce n’est pas un paradoxe, mais une conséquence du nouveau paradigme en cours: ce qui est bon doit être écouté en DVD. Je me procurerai le coffret un moment donné.

  8. Michel J. Lévesque

    LOST, c’est le meilleur achat que j’ai fait.
    Avec OZ, bien sûr.
    Paraît que les concepteurs (J.J. Abrams en tête) ont du matériel pour cinq saisons supplémentaires. Espérons que l’intrigue tiendra la route!

  9. Hugues

    Comme j’ai été déconnecté de la télé pendant plusieurs mois, je n’ai jamais pris un épisode de Firefly (même reconnecté à la télé, je n’arrive pas à me donner la discipline pour m’asseoir et écouter une série à la même heure toutes les semaines)…
    Je ne connaissais donc de cet univers que la bande-annonce du film, vue en français, en plus, et qui m’apparaissait… très ordinaire.
    Le commentaire de Christian, et des autres, me permet au moins de remettre tout cela en contexte, je pourrai alors voir le film avec une meilleure préparation.
    Mais comme je suis obstiné, je pense bien le voir avant de voir si je vais me taper la série en DVD :)

  10. Caroline Lacroix

    Je reviens tout juste du cinéma où j’ai eu le plaisir de voir « Serenity ». J’ai aussi eu le plaisir de voir que la salle du mégaplex était quasi-pleine… et moi qui croyait que personne n’avait suivi à série ! :-p
    Bref, j’ai beaucoup aimé. Oui, j’avoue que j’étais vendue d’avance ;-) la série m’avait laissée sur ma faim et le film m’a bien rassasiée ! Y en aura-t-il d’autres (il me semble avoir lu ça qq part et je suis trop paresseuse pour « Google-iser »)? La série renaîtra-t-elle de ses cendres (ce serait vachement bien !) ? C’est ce que l’avenir nous dira, mais en attendant, « Serenity » m’a fait passée un excellent deux heures en ce vendredi soir. Je le conseille à tous ceux qui avaient aimé la série. On y voit une Rivers qui révèle enfin quelques mystères…

  11. Caroline et les autres: Je suis raisonnablement satisfait par le film. Élaboration et discussion dans un autre billet.

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