The Darkness that Comes Before — Scott Bakker

princeofnothing1Même sur le site officiel, je n’ai pas trouvé combien de volumes comportera la série «The Prince of Nothing» de Scott R. Bakker. Deux sont déjà sortis, The Darkness that Comes Before et The Warrior-Prophet. J’ai cru lire quelque part (était-ce sur Amazon?) qu’il y en aura trois, mais la complexité du premier volet laisse songeur.

Je pourrais résumer The Darkness that Comes Before en quelques mots: une guerre se prépare dans un royaume et, à l’insu de tous, un mal très ancien menace de refaire surface. On reconnaît là le schème de la série de George Martin et de plusieurs autres, ce qui ne rend pas justice à l’ouvrage de Bakker. L’écriture de celui-ci se distingue par sa façon d’aborder les situations d’un point de vue philosophique et parfois métaphysique. Autant les personnages de la série de Martin sont intelligents, autant ceux de Bakker sont savants.

Une partie de l’intrigue tourne autour d’écoles de sorciers rivales, toutes dangereuses et considérées comme blasphématoires par le pouvoir séculier dirigeant le royaume des Three Seas. Les sorciers du Mandate rêvent (car c’est leur don) perpétuellement d’une ancienne guerre totale qui menace de se répéter; à travers ces rêves, ils tentent de détecter les signes avant-coureurs du retour de Mog, le non-dieu. Leurs espions, quant à eux, pistent les membres du Consult, une cabale de mages noirs qui préparent la deuxième apocalypse. Malheureusement, plus personne ne croit en l’existence du Consult, ce qui rend la tâche de Drusas Achamian, un espion-sorcier Mandati, plutôt difficile. Parallèlement, nous suivons les pas d’un mystérieux moine, Anasûrimbor Kellhus, qui a développé une aptitude quasi-surhumaine à maîtriser son environnement et à manipuler gens. S’il a quitté ses confrères Dûnyain, c’est pour retrouver son père, le seul moine qui ait jamais quitté la secte, et qui lui envoie maintenant des rêves. Très vite, il se retrouve flanqué d’un barbare psychopathe, sorte de petit-cousin de Conan, nommé Cnaïur. Autant Kellhus maîtrise les gens, autant Cnaïur maîtrise l’art de la guerre, ce qui lui a permis de survivre au massacre des siens. Tous ces joueurs, et bien d’autres, se retrouvent au point de départ d’une guerre sainte lancée par le Shriah, un dénommé Maithanet. Les motifs réels de ce leader ne sont pas nets et les circonstances de la guerre qu’il lance non plus: il est clair que le Consult pousse ses propres pions sur l’échiquier.

Je ne cacherais pas que j’ai trouvé l’amorce de l’histoire difficile. Le style est légèrement ampoulé, l’intrigue est présentée de façon impressionniste, et les développements importants tardent à se manifester. Pourtant, j’ai fini par me laisser prendre par cette galerie de personnages aux pensées complexes. Le monde de Bakker est d’une rare richesse et mérite qu’on fasse l’effort de s’en laisser imprégner pour comprendre la subtilité des rouages. J’ai bien l’intention de poursuivre la série, peu importe où elle mène.

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10 commentaires

  1. Ça semble bien intéressant comme histoire… Je vais ajouter ça à ma liste de livres à lire mais, au rythme où je lis présentement, je serai chanceux si je suis en mesure de le lire d’ici les 50 prochaines années… :-)

    Qu’est-ce que tu entends par « style ampoulé »?

  2. Benoit

    Laurine: Style ampoulé convient tout-à-fait pour cette série, et si on parvient assez bien à passer à travers dans ce premier jalon, c’est un peu plus difficle dans le second. Les considérations philosophiques auxquelles tu te réfères prennent alors encore plus d’ampleur, et cette lourdeur style/dialogues rend la lecture un peu plus ardue. L’aspect politique de l’intrigue est très bien mené, tout comme la convergence des différentes intrigues. Et l’histoire se complexifie dans le second tome sans ajouter de lourdeur dans la trame des intrigues, ce qui est déjà pas mal.

    J’oserais comparer The Prince of Nothing à un mélange de Steven Erikson et de Robert Jordan: si l’imaginaire de l’auteur s’inspire du premier, la lenteur du développement relève plutôt du second sans en avoir toute la vivacité de l’observation.

    Comme toi, j’ai bien l’intention de suivre Bakker jusqu’au bout de son expérience, car les qualités de l’oeuvre contrebalancent bien ses défauts. Mais si vous trouvez l’écriture de Jordan rébarbative, Bakker n’est pas l’écrivain qui vous convienne.

    À noter que l’édition en trade paperback est un pur délice à tenir entre les mains!

  3. Benoit

    Alexandre: les critiques anglophones que j’ai lues qualifient autrement le style ampoulé de Bakker: overwritten and self-indulgent.

  4. Par «style ampoulé», je pense à une écriture un peu prétentieuse, m’as-tu-vu. Ce n’est pas baroque ni fleuri, c’est juste un peu… pesant. Je présume que les études en littérature et en philosophie de l’auteur ont quelque chose à voir avec la tournure de ses phrases! Disons que lire du Bakker requiert un plus grand niveau de concentration que d’ordinaire. Je ne serais pas surprise d’apprendre que certains lecteurs ont reposé le bouquin après le premier chapitre, ce qui est bien dommage.

    Un autre reproche que j’aurais à faire, par contre, concerne les personnages féminins. Quand je lis de la fantasy classique, j’accepte d’emblée que le contexte s’inspire d’une sorte de Moyen Âge et qu’en conséquence, les femmes risquent généralement d’occuper un rang inférieur. Des auteurs comme Kay et Martin ont habilement contourné le problème en présentant des femmes dotées d’une intelligence hors du commun ou jouissant d’un quelconque pouvoir. Ce n’est pas le cas dans The Darkness that Comes Before: les personnages féminins sont des sottes ou des prostituées. Et comme ces dernières ne sont pas armées comme dans Sin City, ce n’est pas marrant.

    J’ai commis une bourde en commandant les deux volumes sur Amazon. J’avais noté une différence de prix, mais je ne me suis pas attardée aux détails. En ouvrant le paquet, j’ai constaté que j’avais acheté The Darkness that Comes Before en mass paperback (en livre de poche) et The Warrior-Prophet en trade paperback (grand livre à couverture souple). Me voilà donc avec une amorce de série dépareillée, c’est malin! Mais effectivement, la version en trade paperback a une couverture soyeuse, et sa reliure donne au bouquin des allures de grimoire. Maintenant, reste à savoir si je poursuis la série en grand ou en petit format…

  5. Benoit

    Laurine: prends le grand format, tu ne le regretteras pas. Il se tient tout seul à une main grâce à une reliure très souple, et le plaisir de le tenir ajoute au plaisir de la lecture.

    Et oui, Bakker se prend très au sérieux, et qui semble présenter un personnage pour qui l’univers universitaire est une fin en soi (je doute qu’il ait beaucoup de vécu en dehors d’une cité universitaire, et comme il vient de Toronto…). Moorcock n’apprécierait pas car l’humour est malheureusement en grande partie absent de l’oeuvre. Il y a des passages assez pénibles en ce sens, surtout impliquant les deux personnages féminins (on ne peut pas parler ici d’héroïne). Et certains personnages sont surdimensionnés mais sans volume.

  6. Eh bien, en fouinant un peu, je me suis rendu compte qu’il existait une traduction française de la série, «Le Prince du Néant», et que la revue Solaris a même le premier volume, Autrefois les ténèbres, dans sa liste de Livres reçus du mois de juin. Je n’aime pas tellement la couverture choisie par Fleuve noir, on ne voit pas du tout qu’il s’agit d’un roman très sombre. Et j’aime encore moins le titre, qui escamote la signification philosophique du mot before. Les ténèbres viennent avant, et comme les pensées en surgissent, elles viennent après. Je sais que je suis tâtillonne, mais…

    J’ai trouvé cette critique sur le site du Cafard Cosmique:

    « Autrefois les ténèbres » n’est pas exempt, comme ses petits camarades, de certains défauts du genre. Longueurs éreintantes, descriptions trop appuyées, personnages féminins à vomir debout, et une entrée en matière particulièrement maladroite et inefficace. En outre, aux dires de l’auteur, on tient là le premier tome d’une trilogie sur la seconde Apocalypse, qui sera suivie d’un double diptyque [sic]. Pourtant, ce roman est tout simplement ce qui se fait de mieux à l’heure actuelle dans le genre. L’histoire est riche et prenante ; les personnages, même si archétypaux, ont une profondeur psychologique travaillée ; la plume de l’auteur [et/ou du traducteur] est d’une telle qualité qu’on en vient presque à regretter que BAKKER perde les années à venir à écrire ce type de roman ; les débouchés philosophiques de l’intrigue sont réussis ; et l’ambiance pré-apocalyptique délayée par l’auteur sonne miraculeusement juste. Désespoir, noirceur et confusion s’étalent sur les pans d’un monde en déliquescence.

    Finalement, la série ne relève pas tant de la fantasy classique, comme je le laisse entendre dans un précédent commentaire, que de la dark fantasy. On dit de la fantasy noire, en français? Il y a des scènes d’horreur assez bien tournées, notamment lorsqu’intervient le Consult.

    Un troisième volume, The Thousandfold Thought devrait paraître au début de l’année 2006 (d’après Amazon).

  7. David

    J’ai lu « Autrefois les Ténèbres » en français d’abord. Une chance, car malgré mon assez bonne compréhension de la langue anglaise, la complexité de son lexique m’a donné des maux de crânes pendant une semaine.

    Je pensais attendre la sortie de « The Warrior-Prophet » en français, mais après vos commentaires, j’ai envie de me le commander sur Amazone.

    Je m’improvise souvent écrivain et/ou philosophe depuis quelques années et je dois dire que Scott R. Bakker a carrément changé mon approche de la psychologie des personnages.

    Quelques-unes des critiques que j’ai lu faisaient état de certaines faiblesses dans sa façon de présenter les événements, ou quant à la perception qu’il donne dans la construction de ses phrases.

    Ce même type « ampoulé » dont vous parliez au début.

    De mon côté c’est carrément le meilleur livre de ce genre que j’ai lu de ma vie et je n’ai rien à y redire… sinon que j’en boufferais 8 heures par jour pendant des semaines, à lire.

  8. Son troisième roman The Thousandfold Thought est aussi disponible. Je ne me le suis pas encore procuré, mais ça ne devrait pas trop tarder.

  9. Christophe

    Je me suis plonge dans cette serie cet ete, et si l’univers m’a beaucoup plu (les plus puissants sorciers (le Mandate) sont consideres comme des idiots qui pourchassent des ombres, etc…) ainsi que les complexes vulnerabilites de nombreux personnages (Achamian, Esmenet, Cnaiur), j’abhorre le personnage de Kelhus et ses « super-pouvoirs ». Tant et si bien que je me suis contente de lire en diagonale le 3eme volume en librairie, en esperant secretement qu’il meure… mais je ne revelerai pas si j’ai ete satisfait ;p

    En outre, le cote reflexif me semble effectivement a la fois moins digeste et moins interessant que chez Erikson.

  10. Benoit

    J’avais oublié ce 3è volume, je me le procurerai dans les prochaines semaines. Avec un peu de recul, c’est peut-être le jeu entre les différentes factions magiques qui présente encore le plus d’intérêt. Une chance, car c’est autour de ce ces jeux d’ombre et de lumière (j’ai ici une impression de déjà lu…) que tourne toute l’intrigue. Mais j’ai réalisé que pour plus facilement passer à travers les 2 premiers volumes, j’ai accepté d’emblée la psychologie lourdaude des personnages secondaires.

    À lire cet automne, donc. À moins que le 7è Erikson se sorte…

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