Fantasia 2005: Night Watch

Night WatchNight Watch est un objet rare: une superproduction russe. Le budget n’est pas énorme, en fait, mais l’attitude est là: gros effets spéciaux, gros enjeux, du style et de l’intensité à revendre. Est-ce que ça réussit? Seulement à moitié.

Le ton du film est résolument urbain, sombre et sale. Exception faite d’une courte bataille médiévale dans le prologue, tout se joue dans les rues et les petits appartements de Moscou, où les Autres vivent en secret parmi la populace. Les Autres sont des gens dotés de pouvoirs surnaturels: vampires, sorcières et autres, certains oeuvrant pour la Lumière et d’autres pour les Ténèbres. Depuis longtemps déjà, ils observent une trêve, mais la prophétie veut qu’un Autre d’une grande puissance naisse un jour pour tout chambarder et provoquer la Bataille Finale. Eh oui: ce film, le dernier du festival, est un film à prophétie, tout comme l’était le premier.

Quand nous rencontrons le protagoniste, Anton, il se paie une séance de sorcellerie qui devient vite mouvementée. Nous basculons avec lui dans le monde des Autres et, plus spécifiquement, de la Garde de Nuit, un groupe d’Autres « lumineux » qui veille à ce que les « ténébreux » respectent le fragile équilibre imposé par la trêve Le film lui-même a l’équilibre fragile, oscillant constamment entre innovation et cliché. L’aspect quasi policier fonctionne bien, l’incident chez la sorcière au début a une saveur originale, et ténèbres et lumière sont plus nuancées qu’on s’y attendrait. L’idée d’un « underground » surnaturel n’est pourtant pas nouvelle et serait plus satisfaisante si la plupart des ténébreux rencontrés n’étaient pas des vampires, race surexploitée s’il en est une.

Anton est peu sympathique, mais il se fait tant amocher qu’on ne peut s’empêcher de le prendre en pitié. Sa partenaire est adéquate, mais ne fait jamais rien qui s’approche du niveau d’intérêt suscité par son entrée en scène. Le grand patron de la Garde de Nuit est grave et mystérieux; son vis-à-vis ténébreux, lui, ne m’a pas paru à la hauteur de sa réputation.

Tout est présenté avec brio, et c’est peut-être là la grande force du film. L’image est très travaillée, riche en textures et en mouvements dramatiques de caméra. Même les sous-titres ont de la gueule. Seul inconvénient: le réalisateur essaie tant de créer de l’intensité à tout moment que ça nuit parfois à la clarté de l’action.

Au bout du compte, Night Watch est une grosse machine fascinante qui ne tourne pas tout à fait rond. La chronologie des événements est mal réglée, surtout dans le cas de cet avion qui reste pris en l’air pendant la moitié du film. Il y a des incidents et des gestes qu’on s’explique mal. Surtout, les conclusions déçoivent: celle qui boucle l’intrigue déjà maladroite de la « malédiction », et ce combat bien trop modeste sur lequel se joue la fameuse prophétie. Ça n’aide pas que prophétie et malédiction semblent indépendantes l’une de l’autre.

L’histoire provient d’un roman, le premier d’une trilogie. Doit-on alors blâmer l’auteur, qui a aussi contribué au scénario? Un peu, j’imagine, quoique le processus d’adaptation est toujours problématique, peu importe qui s’en mêle. Doit-on blâmer les changements imposés au film original par Fox Searchlight, le distributeur américain? Ces changements ne peuvent expliquer toutes les failles du film, mais j’aurais quand même préféré voir l’original. (S’il y a un public qui n’a pas besoin de versions adaptées au marché nord-américain, c’est bien le public de Fantasia.)

Peu importe les raisons, Night Watch reste un film qui se démarque mais n’arrive pas à la hauteur de ses ambitions, ou de son potentiel.

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4 Commentaires

  1. Le résumé de ce film me semble très familier. Est-ce que le titre russe ne serait pas Nochnoy dozor?

  2. C’est en plein ça. L’as-tu vu? Je crois que Fox Searchlight Pictures en fera cet automne une distribution assez large. Une bande-annonce est déjà disponible pour le deuxième film (version russe); je l’ai trouvée en passant par ici.

  3. Nan, pas encore vu. Il y a quelques jours, le film était annoncé sur The Internet Movie Database, puis il a disparu de la liste des films «à venir». Je me demandais s’il allait être distribué à Montréal (hors du cadre de Fantasia).

  4. Après des mois d’attente, NIGHT WATCH est maintenant à l’affiche à Ottawa. J’ai vu et j’ai bien aimé: En matière de fantasy urbaine sombre, le look de Moscou est parfait, et l’aspect tout-inclusif de la mythologie est plaisant malgré son éparpillement. Je suis un grand amateur de tout ce qui expérimente un peu avec la grammaire cinématographique, alors ce n’est pas une surprise si j’ai raffolé de l’approche caféiné de la narration –surtout avec les sous-titres anglais qui deviennent une partie de l’action! Le deuxième volet de la trilogie est déjà disponible en Russie, et le troisième devrait paraître d’ici la fin 2007: Ça promet.

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