Fort, très fort. Karaoke Terror (ou, tel que traduit sur la pellicule, The complete Japanese Showa songbook) est un film qui ne fait pas de compromis.
Tout commence tranquillement et on peut s’inquiéter en se demandant, au début, dans quoi on s’embarque au juste. C’est que les dialogues sont curieusement francs et que les personnages — certains plus que d’autres — tirent sur la caricature. Il suffit de réaliser alors qu’on assiste à une version légèrement distordue de la réalité, une satire qui donne dans l’absurde pour arriver à ses fins.
Deux camps s’affrontent. Nous rencontrons d’abord un groupe de jeunes désoeuvrés qui se réunissent aux deux semaines pour chanter du karaoke en costume, bramant des airs tragiques sans grande énergie. Leurs ennemies: un groupe de femmes d’âge mûr qui se nomment toutes Midori et qui sont unies elles aussi par le karaoke. Une banale provocation mène à un premier décès et les deux groupes découvrent bientôt à quel point le meurtre vient redonner de l’intérêt à leurs vies.
Ce qui n’est pas évident dans cette description, c’est à quel point le film est drôle. Il s’agit bien sûr d’un humour très noir, mais pas toujours sur la même note. On rit des excès de cette escalade de violence, on rit des répliques et des réactions incongrues de certains personnages. Quand la vengeance des Midori fond pour la première fois sur l’un des jeunes, elle nous offre une image bien plus frappante que ce à quoi la scène précédente nous avait préparés.
Si le film réussit, c’est qu’il est bien nuancé. La réalisation est très compétente et juste assez stylisée. Autant certaines morts sont excessives, autant certains moments sont calmes et subtils. Certaines conversations suscitent une empathie inattendue tant pour un camp que pour l’autre, et le commentaire social qui s’y terre paraît presque raisonnable par moments. Et tout ça sur fond de chansons mélodramatiques…
Je crois bien que le film ne comporte pas un seul personnage sympathique, mais leurs interactions sont trop captivantes pour que ça soit un problème. Leur surenchère de violence mène à une fin nihiliste et démesurée qui ne résout rien, mais qui cadre avec le reste du film. On n’apprend pas grand chose de cette histoire (sinon que les marchands d’armes sont tous cinglés), mais on ne s’ennuie pas. J’aurais voulu comprendre le japonais pour saisir toutes les connotations du dialogue. Karaoke Terror est tiré d’un roman de Ryu Murakami, un auteur dont j’ignore tout. Je verrai si je peux dénicher l’un de ses livres en traduction.
2 commentaires
À lui seul, le titre du film vaut le déplacement. On peut difficilement faire plus surréaliste (quoique… Shaolin Soccer, peut-être).
À la lecture de ce commentaire, je regrette de l’avoir éliminé de ma liste. Je m’étais basé sur la bande-annonce qui était de piètre qualité (et pas sous-titrée si je me souviens bien !). Et dire que le titre m’avait accrochée… j’aurais dû me fier à ma première impression. Un film à louer à la Boîte Noire au cours de l’année !