Une bonne ration de Fantasia (dix films, dans mon cas) ne saurait être complète sans un film des Shaw Brothers. Leur fameux studio est aux films de kung fu ce que Motown est au soul et au rhythm and blues.
L’an passé, j’avais vu Executioners from Shaolin (1977), une histoire de vengeance — ou surtout d’entraînement en vue de se venger — où l’homme à battre était Pai Mei, un prêtre aux pouvoirs surprenants[1]. Cet homme cruel aux longs sourcils blancs faisait un retour remarqué au cinéma à l’occasion du deuxième volume de Kill Bill, comme quoi le kung fu, à l’instar du rock and roll, ne meurt jamais.
Executioners from Shaolin était l’oeuvre de Chia-Liang Liu, un réalisateur prolifique à qui l’on doit entre autres 36th Chamber of Shaolin (un classique qu’il me reste à voir) et Drunken Master II (du Jackie Chan à son meilleur). C’est une autre de ses oeuvres que j’ai choisi de voir cette année: Heroes of the East (1978), dans la plus pure tradition du « mon kung fu est meilleur que ton kung fu ».
Notre héros est joué par Gordon Liu, un habitué des Shaw Brothers vu plus récemment dans… Kill Bill, où il jouait pour la première fois le redoutable Pai Mei, après l’avoir combattu plutôt dans les années ’70. Mais laissons de côté prêtres immortels et autres légendes de la Chine ancienne: Heroes of the East est un film plus moderne et terre à terre, et c’est plus une comédie qu’un film d’aventure.
Le pauvre Gordon joue un Chinois qui vient d’épouser une Japonaise (Yuko Mizuno). Le choc culturel ne serait pas si terrible si ce n’était de l’enthousiasme débordant de sa nouvelle épouse pour les arts martiaux. Lui ne se débrouille pas mal du tout dans ce domaine et accepte mal le dédain de sa femme pour la manière chinoise de se battre. Tous deux se mettent à comparer leur styles et leurs armes, et quelle meilleure manière de s’y prendre qu’en échangeant des coups? On assiste donc à une série de scènes de ménage plus drôles et dangereuses les unes que les autres. On apprend, aussi: en s’efforçant de prouver la supériorité de leur pays respectif, les personnages couvrent un éventail surprenant d’armes et de techniques qu’il prennent le temps de nommer et de démontrer avec panache. C’est un cours presque autant qu’un film.
Vous vous en douterez: l’histoire est mince, très mince. En fait, elle est inexistante pour la deuxième moitié du film durant laquelle le héros, pour avoir trop vanté la supériorité chinoise, s’attire une série de duels avec des maîtres japonais (dont Yasuaki Kurata, un vétéran du genre, qui suit ici la voie du ninja). La comédie domestique s’estompe alors, mais on ne cesse pas de rire pour autant, les combats n’étant pas dénués d’humour. De toute manière, c’est pour les arts martiaux qu’on va voir de tels films, et on se trouve gâté ici, tant par la variété de style que l’expertise des combattants. Le réalisateur lui-même vient s’en mêler, incarnant un ivrogne duquel le héros veut apprendre le « drunken boxing ».
Ceux qui aiment leurs films de kung fu bien assaisonnés de sang et de drame seront déçus par Heroes of the East. Les autres seront heureux de découvrir ce film très amusant, instructif par moments, et qui ne se prend pas trop au sérieux.
[1] Je vous expliquerais ce qu’il fait avec son entrejambe, mais il faut le voir pour le croire.
Fantasia 2005: Heroes of the East
L’an passé, j’avais vu Executioners from Shaolin (1977), une histoire de vengeance — ou surtout d’entraînement en vue de se venger — où l’homme à battre était Pai Mei, un prêtre aux pouvoirs surprenants[1]. Cet homme cruel aux longs sourcils blancs faisait un retour remarqué au cinéma à l’occasion du deuxième volume de Kill Bill, comme quoi le kung fu, à l’instar du rock and roll, ne meurt jamais.
Executioners from Shaolin était l’oeuvre de Chia-Liang Liu, un réalisateur prolifique à qui l’on doit entre autres 36th Chamber of Shaolin (un classique qu’il me reste à voir) et Drunken Master II (du Jackie Chan à son meilleur). C’est une autre de ses oeuvres que j’ai choisi de voir cette année: Heroes of the East (1978), dans la plus pure tradition du « mon kung fu est meilleur que ton kung fu ».
Notre héros est joué par Gordon Liu, un habitué des Shaw Brothers vu plus récemment dans… Kill Bill, où il jouait pour la première fois le redoutable Pai Mei, après l’avoir combattu plutôt dans les années ’70. Mais laissons de côté prêtres immortels et autres légendes de la Chine ancienne: Heroes of the East est un film plus moderne et terre à terre, et c’est plus une comédie qu’un film d’aventure.
Le pauvre Gordon joue un Chinois qui vient d’épouser une Japonaise (Yuko Mizuno). Le choc culturel ne serait pas si terrible si ce n’était de l’enthousiasme débordant de sa nouvelle épouse pour les arts martiaux. Lui ne se débrouille pas mal du tout dans ce domaine et accepte mal le dédain de sa femme pour la manière chinoise de se battre. Tous deux se mettent à comparer leur styles et leurs armes, et quelle meilleure manière de s’y prendre qu’en échangeant des coups? On assiste donc à une série de scènes de ménage plus drôles et dangereuses les unes que les autres. On apprend, aussi: en s’efforçant de prouver la supériorité de leur pays respectif, les personnages couvrent un éventail surprenant d’armes et de techniques qu’il prennent le temps de nommer et de démontrer avec panache. C’est un cours presque autant qu’un film.
Vous vous en douterez: l’histoire est mince, très mince. En fait, elle est inexistante pour la deuxième moitié du film durant laquelle le héros, pour avoir trop vanté la supériorité chinoise, s’attire une série de duels avec des maîtres japonais (dont Yasuaki Kurata, un vétéran du genre, qui suit ici la voie du ninja). La comédie domestique s’estompe alors, mais on ne cesse pas de rire pour autant, les combats n’étant pas dénués d’humour. De toute manière, c’est pour les arts martiaux qu’on va voir de tels films, et on se trouve gâté ici, tant par la variété de style que l’expertise des combattants. Le réalisateur lui-même vient s’en mêler, incarnant un ivrogne duquel le héros veut apprendre le « drunken boxing ».
Ceux qui aiment leurs films de kung fu bien assaisonnés de sang et de drame seront déçus par Heroes of the East. Les autres seront heureux de découvrir ce film très amusant, instructif par moments, et qui ne se prend pas trop au sérieux.