Et c’est parti. Vous trouverez sur ma page d’auteur la liste des films que je vais voir. J’y placerai des liens vers mes critiques au fur et à mesure. Aujourd’hui: Ashura.
Je dois me plaindre un peu pour commencer; libre à vous de sauter ce paragraphe, ou de le lire pour apprendre de mes erreurs. Encore une fois, j’ai sous-estimé la lenteur du guichet. J’avais déjà acheté mes billets par téléphone et il ne me restait qu’à les cueillir sur place; ç’aurait pu être rapide, mais… non. Les gens attendaient en deux files sans qu’aucun écriteau n’indique à quoi chacune pouvait servir. En fin de compte, celle qui pointait vers la table de vente des programmes était plutôt destinée au guichet où l’on achetait les billets par carte de crédit ou de débit. S’y trouvaient, pêle-mêle, des gens dont l’achat était déjà fait et d’autres qui passaient dix minutes à choisir leurs films un par un. Pour un festival qui en est à sa neuvième année, ça manque d’efficacité. Note à moi-même pour l’année prochaine: acheter les billets en personne, très tôt, à un autre comptoir Admission. Voilà, j’ai fini de chiâler, passons aux choses sérieuses.
Quand je suis sorti rejoindre la file qui longeait le pavillon Hall, celle-ci s’étirait à perte de vue et commençait à bouger. Mon retard n’était pas si grave: l’écran et la salle sont d’une bonne taille et il y a peu de places vraiment mauvaises. Devant une salle pratiquement comble, quelques-uns des responsables ont fait des discours brefs et informels pour souligner le travail accompli et la bonté des commanditaires. Fantasia, on le sent, est le produit d’esprit fanatiques, un labour of love qui attire des gens d’un rare enthousiasme. Les habitués connaissent les organisateurs et réservent à chacun des applaudissements nourris. Chaque film se mérite une brève introduction et l’atmosphère qui s’installe n’a rien à voir avec une banale visite au multimégamonstroplex. On ne regarde pas un film en silence à Fantasia. Les gens rient beaucoup des blagues et aussi des moments maladroits; ils acclament les triomphes des héros et ceux de l’équipe de maquillage. Pour les films d’horreur subtils, ça en devient agaçant; un moment qui se mériterait d’ordinaire un silence terrifié ou des hoquets de dégoût sera accueilli à Fantasia par un mélange de rires, de cris satisfaits et d’applaudissements. Pour les films moins sérieux (il n’en manque pas), c’est plutôt sympathique. [1]
C’était le cas d’Ashura, plus léger et comique que le programme ne le laissait entrevoir. Il s’agit d’un film de fantasy romantique où les démons, vivant camouflés parmi la populace japonaise du 19ème siècle, attendent la venue d’Ashura, sorte de messie démoniaque annoncé par une prophétie comme on en trouve toujours dans ce genre de film. Notre héros, Izumo, est un grand chasseur de démons qui a quitté le métier pour mener une vie paisible. Il est maintenant comédien de théâtre kabuki, ce qui lui permet d’exprimer son tourment à grand renfort de grimaces, et qui permet au film de mêler le théâtre à la réalité et vice versa. Les démons font irruption sur scène, le dramaturge en manque d’inspiration espionne Izumo, les spectateurs s’amusent. Le film, en fait, est une adaptation d’une pièce de théâtre présentée en 2000. Ça se ressent dans l’interprétation un peu maniérée et le découpage des scènes. C’est parfois une force et parfois une faiblesse.
Sur le plan visuel, le film manque de subtilité. Une énorme lune très rouge détonne dès la première scène. Les démons ont les yeux vert fluorescent et le sang tout autant, et cette esthétique de black light nuit à l’atmosphère d’époque. Les effets spéciaux par ordinateur sont souvent mal intégrés à leur environnement; plusieurs sont risibles.
Le malaise s’estompe quand on commence à s’attacher aux personnages. Le héros endure ses épreuves avec charme, la femme mystérieuse dont il tombe amoureux est à la fois redoutable et vulnérable. Jaku, ancien compagnon d’armes d’Izumo, est mémorable avec son humour sardonique, sa rage et sa coiffure digne de Dragonball Z. Il se mérite l’une des meilleures répliques du film.
Je me suis donc plutôt amusé, mais la fin m’a laissé froid. Trop de drame à grand déploiement, trop d’effets spéciaux; quelques-uns marchent bien, le reste est simplement trop. Le sort des deux adversaires m’a déçu, mais c’était sans doute inévitable de la part d’un tel film-à-prophétie. Enfin; Ashura reste divertissant malgré ses défauts.
[1] Rassurez-vous, je ne vais pas faire mon Harry Knowles en décrivant la salle et mon état d’esprit à chaque critique. Si je fais une exception ici, c’est que l’expérience Fantasia mérite d’être décrite.
Fantasia 2005: Ashura
Je dois me plaindre un peu pour commencer; libre à vous de sauter ce paragraphe, ou de le lire pour apprendre de mes erreurs. Encore une fois, j’ai sous-estimé la lenteur du guichet. J’avais déjà acheté mes billets par téléphone et il ne me restait qu’à les cueillir sur place; ç’aurait pu être rapide, mais… non. Les gens attendaient en deux files sans qu’aucun écriteau n’indique à quoi chacune pouvait servir. En fin de compte, celle qui pointait vers la table de vente des programmes était plutôt destinée au guichet où l’on achetait les billets par carte de crédit ou de débit. S’y trouvaient, pêle-mêle, des gens dont l’achat était déjà fait et d’autres qui passaient dix minutes à choisir leurs films un par un. Pour un festival qui en est à sa neuvième année, ça manque d’efficacité. Note à moi-même pour l’année prochaine: acheter les billets en personne, très tôt, à un autre comptoir Admission. Voilà, j’ai fini de chiâler, passons aux choses sérieuses.
Quand je suis sorti rejoindre la file qui longeait le pavillon Hall, celle-ci s’étirait à perte de vue et commençait à bouger. Mon retard n’était pas si grave: l’écran et la salle sont d’une bonne taille et il y a peu de places vraiment mauvaises. Devant une salle pratiquement comble, quelques-uns des responsables ont fait des discours brefs et informels pour souligner le travail accompli et la bonté des commanditaires. Fantasia, on le sent, est le produit d’esprit fanatiques, un labour of love qui attire des gens d’un rare enthousiasme. Les habitués connaissent les organisateurs et réservent à chacun des applaudissements nourris. Chaque film se mérite une brève introduction et l’atmosphère qui s’installe n’a rien à voir avec une banale visite au multimégamonstroplex. On ne regarde pas un film en silence à Fantasia. Les gens rient beaucoup des blagues et aussi des moments maladroits; ils acclament les triomphes des héros et ceux de l’équipe de maquillage. Pour les films d’horreur subtils, ça en devient agaçant; un moment qui se mériterait d’ordinaire un silence terrifié ou des hoquets de dégoût sera accueilli à Fantasia par un mélange de rires, de cris satisfaits et d’applaudissements. Pour les films moins sérieux (il n’en manque pas), c’est plutôt sympathique. [1]
C’était le cas d’Ashura, plus léger et comique que le programme ne le laissait entrevoir. Il s’agit d’un film de fantasy romantique où les démons, vivant camouflés parmi la populace japonaise du 19ème siècle, attendent la venue d’Ashura, sorte de messie démoniaque annoncé par une prophétie comme on en trouve toujours dans ce genre de film. Notre héros, Izumo, est un grand chasseur de démons qui a quitté le métier pour mener une vie paisible. Il est maintenant comédien de théâtre kabuki, ce qui lui permet d’exprimer son tourment à grand renfort de grimaces, et qui permet au film de mêler le théâtre à la réalité et vice versa. Les démons font irruption sur scène, le dramaturge en manque d’inspiration espionne Izumo, les spectateurs s’amusent. Le film, en fait, est une adaptation d’une pièce de théâtre présentée en 2000. Ça se ressent dans l’interprétation un peu maniérée et le découpage des scènes. C’est parfois une force et parfois une faiblesse.
Sur le plan visuel, le film manque de subtilité. Une énorme lune très rouge détonne dès la première scène. Les démons ont les yeux vert fluorescent et le sang tout autant, et cette esthétique de black light nuit à l’atmosphère d’époque. Les effets spéciaux par ordinateur sont souvent mal intégrés à leur environnement; plusieurs sont risibles.
Le malaise s’estompe quand on commence à s’attacher aux personnages. Le héros endure ses épreuves avec charme, la femme mystérieuse dont il tombe amoureux est à la fois redoutable et vulnérable. Jaku, ancien compagnon d’armes d’Izumo, est mémorable avec son humour sardonique, sa rage et sa coiffure digne de Dragonball Z. Il se mérite l’une des meilleures répliques du film.
Je me suis donc plutôt amusé, mais la fin m’a laissé froid. Trop de drame à grand déploiement, trop d’effets spéciaux; quelques-uns marchent bien, le reste est simplement trop. Le sort des deux adversaires m’a déçu, mais c’était sans doute inévitable de la part d’un tel film-à-prophétie. Enfin; Ashura reste divertissant malgré ses défauts.