Prix Hugo 2005 (6/7): Les Nouvelles

Image: Prix Hugo 2005Après ce tour d’horizon des romans en nomination pour les Prix Hugos 2005, passons rapidement sur les nouvelles en compétition pour le prix de la novella (17,500-40,000 mots), de la novelette (7,500-17,500 mots) et de la short story (moins de 7,500 mots) de l’année.

Je dis « rapidement » parce ce que, franchement, je suis plus à l’aise à commenter des romans: Plus de matériel à couvrir, plus de choses à dire. Cela n’aide en rien que les nouvelles en nomination ne m’ont pas impressionné outre mesure. Le temps aura son mot à dire, mais je ne crois pas qu’il y a un classique ou un chef-d’oeuvre intemporel dans la sélection de 2005.

Rappel: Quatorze des quinze nouvelles présentement en nomination sont disponibles gratuitement en ligne à partir de la page officielle des Prix Hugos. (La quinzième est disponible pour un prix modique, mais rien de ce que j’ai pu lire au sujet de l’oeuvre ne m’indique qu’elle a des chances d’attirer ma faveur.) Si ça vous dit d’avoir un coup d’oeil représentatif sur l’état de la SF de nos jours, vous savez où aller… mais dépêchez-vous, parce que rien n’indique que les histoires resteront disponibles après la fin de la période de vote.

Sur ce, entrons dans les détails…

Novella

Cinq histoires en nomination, dont « Winterfair Gifts » de Lois McMaster Bujold –la seule histoire qui n’est pas disponible gratuitement en ligne. Pas une grande perte en ce qui me concerne: McMaster Bujold écrit de façon exemplaire, mais sa SF est trop souvent du comfort food pour une audience de fans déjà acquis. Ces fans voteront de façon prévisible (elle a déjà beaucoup trop de Hugos sur son étagère) et je n’ai pas besoin d’y contribuer.

Charles Stross n’a rien de moins que deux histoires en nomination dans cette catégorie, sauf qu’il s’agit de fragments de séries existantes: « The Concrete Jungle » est une suite à « The Atrocity Archive » et « Elector » est le huitième segment (de neuf) de la série Accelerando. Je n’ai que des bonnes choses à dire sur ces novellas et sur ces séries (The Atrocity Archives était mon livre favori de 2004, et Accelerando sera vraisemblablement le livre SF de 2005. J’en reparlerai.), mais je suis d’avis qu’il est toujours préférable de voter pour une histoire qui se tient debout. Quel qu’il en soit, je dois dire que je me suis énormément amusé à relire « The Atrocity Archives » (caméras de surveillance, vaches en béton, batailles bureaucratiques, effet méduse, geekspeak et zombies, ouh-la-la!) et « Elector » est une véritable dose de future-shock concentré. Le « FAQ pour personnalités reconstruites » m’a bien fait rire.

Reste deux novellas indépendantes, toutes deux des histoires convenues exécutées d’une façon délibérément sentimentale. « Sergeant Chip » de Bradley Denton est de la SF militaire fortement teintée par les réalités de l’occupation iraquienne, racontée du point de vue d’un chien. Pas mauvais (et j’aime beaucoup la rage montante qui infuse la toute fin de l’histoire), mais on reste avec un triomphe d’atmosphère sur la substance. « Time Ablaze » de Michael A. Burstein laisse une impression similaire: C’est une histoire de voyage dans le temps tout ce qu’il y a d’ordinaire, mais écrit avec une clarté parfois boiteuse, et affligé par une finale où les convictions des personnages fondent comme neige au soleil dans le but d’offrir un happy ending plaisant mais sans relief.

Novelette

Je reste également sur ma faim en ce qui concerne les nouvelles en nomination dans cette catégorie. Généralement parlant, ces cinq histoires me laissent avec une même impression, à mi-chemin entre le haussement d’épaule et le manque d’intérêt.

« The Clapping Hands of God » de Michael F. Flynn est la nouvelle qui a laissé la moindre impression sur moi. Des explorateurs sur une autre planète subissent quelques aventures. Boaf. « The Faery Handbag » de Kelly Link (peut-être la seule histoire de fantasy explicite des quinze nouvelles en nomination) laisse une impression similaire: Alors que l’héroïne raconte des anecdotes au sujet de sa grand-mère et de son sac à main magique, on reste sous le charme de la narration, mais l’histoire s’évapore sitôt terminé la lecture. On imagine une grand-maman dire justement « that’s very nice, dear, but then what? »

Paolo Bacigalupi est un peu plus audacieux avec « The People of Sand and Slag », alors que ses super-protagonistes prennent plaisir à se faire mal, conscient que se sera sans conséquence. La découverte insolite d’un chien (hé oui, une autre histoire de chien…) n’aura pas les répercussions que l’on imagine… Pas mal, mais ça prends du temps à arriver au coeur de la nouvelle, et le tout ne laisse pas vraiment une impression marquante.

Hélas, c’est aussi le sort qui afflige « The Voluntary State » de Christopher Rowe, peut-être ma plus grand déception des quatorze nouvelles. La réputation de l’oeuvre l’avait précédé (à Noreascon4, c’était un choix unanime d’un panel comme étant une des Grande Nouvelles de 2004), mais je me suis retrouvé confronté à une autre histoire d’un future post-nano-singulaire où le psychédélisme est de rigueur (voir les romans de Kathleen Ann Goonan) et mon intérêt tombe à plat. Peut-être ais-je manqué quelque chose: Je verrai si j’ai le temps de relire l’histoire avant de finaliser mon ballot de vote.

Ce qui nous laisse avec (grande respiration) « Biographical Notes to ‘A Discourse on the Nature of Causality, with Air-Planes’ by Benjamin Rosenbaum » de Benjamin Rosenbaum, une histoire trop longue mais relativement amusante où un écrivain (dans une uchronie où les dirigeables sont de rigueur) subit une aventure tout en réfléchissant sur la nature des aventures présentées sous forme de nouvelle. Peut-être un peu trop joli et autoréférentiel pour être un succès… et l’écriture légèrement verbeuse ne rends pas justice au concept.

Short Story

Ici aussi, plein de comfort food pour le fan aguerri. Des nouvelles conçues pour plaire à l’amateur, pour le flatter dans le bon sens du poil, pour le féliciter d’être abonné à la SF. Prenez « A Princess of Earth » de Mike Resnick, tiens: Un homme solitaire découvre John Carter (de Burroughs) sur sa pelouse enneigée. S’ensuit une discussion, une révélation et une conclusion qui peut être interprété comme un effondrement psychotique du narrateur. Contenu purement science fictionnel: zéro.

Les mêmes fautes affligent « Travels with My Cats » du même Mike Resnick: La fascination d’un jeune homme pour un livre mène à (au choix), un peu de voyage dans le temps, ou bien un départ du narrateur pour coucou-land. Mais c’est raconté dans un style charmant et accessible, de la part d’un narrateur qui, je déteste admettre, semble calqué sur le profil typique d’un fan. Mais encore là, ce n’est pas une histoire de SF autant que c’est une histoire exploitant la SF.

« The Best Christmas Ever » de James Patrick Kelly ne m’a laissé aucune impression. N’en parlons donc pas.

« Decisions » de Michael A. Burstein réutilise une idée bien éculée, mais réussit à faire feu avec du petit bois: Cette histoire d’astronaute naufragé dans le temps et l’espace aurait pu être écrite à n’importe quel moment depuis quarante ans (comme la plupart des histoires de Burstein, mais bon…), y compris le style clair et un peu maladroit.

Finalement, on y trouve « Shed Skin » de Robert J. Sawyer, le noyau de ce qui allait plus tard devenir son roman Mindscan. Si vous avez déjà lu des nouvelles de Sawyer, vous savez qu’il n’est pas à son meilleur sur de courtes distances. En ce qui me concerne, j’ai été incapable de lire l’histoire sans avoir l’impression de relire le roman en accéléré, et ce même si la conclusion est assez différente.

Voilà donc pour les nouvelles. Conclusion de la série demain, alors que je passerai brièvement sur le reste des catégories.

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