Yulzine est un nouveau projet collaboratif où, à tous les quatre jours, deux auteurs et deux photographes s’expriment sur un thème donné en rapport avec Montréal. Dans sa cinquième itération, il est question du métro, et ça fait plaisir à voir.
Le métro m’a toujours fasciné. J’ai déjà écrit une histoire sur le sujet; elle commence par un avertissement (« Quand vous vous trouvez sous terre, et que votre train arrive, surtout ne regardez pas votre reflet dans le flanc des wagons. ») Je n’ai pas fini d’explorer le thème, loin de là. Il y a des nuances prometteuses dans l’atmosphère du métro, et on y trouve dans l’attente un silence à nul autre pareil. Tout métro est d’abord un espace stable et prévisible: l’éclairage est constant, qu’il fasse jour ou nuit à l’extérieur. Les habitudes des usagers se lisent dans l’usure du sol et des murs. Les trajets sont simples et l’enchaînement des stations s’imprègne vite dans la mémoire de l’usager régulier. On peut en faire son chapelet: Champ-de-Mars, Place-d’Armes, Squouâre-Victoria. Lucien-L’Allier, faites que je ne sois pas en retard, amen. Et pourtant, autant le système est prévisible, autant les stations diffèrent l’une de l’autre. Peel et son style très daté; Radisson, dont les planchers inclinés et les murs incurvés me laissent toujours un peu dérouté.
Les ressources ne manquent pas pour qui voudrait se plonger plus avant dans cet univers. Le site de la Société de transport de Montréal offre une histoire du métro et une carte (en PDF) du Montréal souterrain, ce réseau de corridors reliant entre eux hôtels, centres commerciaux et stations. L’histoire prend vie sur le site de Radio-Canada, où l’on trouve un reportage télévisé sur l’inauguration du réseau en 1966; on y voit le Cardinal Léger bénissant le métro, et on a droit aux impressions des premiers passagers. Sur Flickr, toute une variété de photographes mettent en commun leurs images du métro. Marc Dufour, qui tient un site sur le rail et les transports urbains, a monté une section bien étoffée sur le métro de Montréal, explorant tant le passé que le futur. J’aime aussi beaucoup ce site tenu par Matt McLauchlin, qui comprend notamment une entrevue avec la voix du métro (section Histoire et reportages) et une brève explication des trois notes que font les rames de métro en démarrant (dans la FAQ).
Au fond, ce qui me plaît tant dans tout ça, c’est qu’on peut tout lire et s’imaginer encore des mystères dans le métro. On ne peut connaître tous les recoins, recenser tous les graffitis, comprendre les habitudes de ces gens qui y passent bien plus de temps qu’ils ne devraient. On peut y situer encore bien des histoires.
7 commentaires
Plusieurs auteurs ont incorporé le métro dans leurs récits (romans ou nouvelles), mais son utilisation la plus frappante à mes yeux se retrouve dans la bande dessinée de Mézières et Christin, Métro Châtelet Direction Cassiopée (la série Valérian, agent spatio-temporel). Le métro devient l’antre d’un dragon…
Merci pour la référence, je lirai ça.
J’avais bien aimé Neverwhere de Neil Gaiman, avec son « London Below » peuplé d’habitants et de créatures fantastiques. Beaucoup de clins d’oeil par rapport au métro, y compris l’avertissement « mind the gap » qui souligne l’espace entre le quai et les voitures.
Au cinéma, Mimic utilisait assez bien l’ambiance du métro dans un registre d’horreur. Le même réalisateur, Guillermo del Toro, a revisité le lieu dans Hellboy, mais le métro ici était un élément moins crucial et le monstre y était moins intégré. An American Werewolf in London, un classique en son genre, avait une scène courte mais efficace dans le London Undergrond.
Plus récemment, il y a Kontroll, d’allure plus éclectique et qui semble se dérouler tout entier dans le métro (pas encore vu). Par contre, si j’avais à choisir une scène de métro préférée, je crois que ce serait celle qu’on trouve vers la fin de Jésus de Montréal.
Bien d’accord avec toi, Eric. Le métro est un lieu fascinant et riche en possibilités fantastiques. (Je suis si souvent d’accord avec toi que ça m’inquiète un peu. Ou ce n’est peut-être qu’une conséquence de notre naissance abitibienne à tous les deux.)
Pour l’alliance métro et cinéma, n’oublions pas les deux films français _Subway_ de Luc Besson, et _Diva_ de Beinex. Et une scène mémorable dans _Possession_ de Zulawski.
Il y a aussi Matrix Revolutions avec son Train Man… Le film Baraka montre toute une séquence filmée dans un métro au Japon pour illustrer la folie de la ville, quoique ça relève plus du métaphorique que du fantastique.
Joël, c’est bon qu’on soit d’accord, c’est pas dans la discorde que l’Empire Abitibien va étendre son emprise. Merci pour les recommandations; je n’ai encore rien vu de tout ça, je les ajoute à ma liste de locations futures.
Laurine, sais-tu, j’ai presque mentionné le premier The Matrix pour son combat dans le métro, mais:
1) c’était plus mémorable comme scène de combat que comme scène de métro
2) je pourrais presque juré que c’était en partie inspiré d’une scène semblable dans un film de Brandon Lee que je ne réussis malheureusement pas à retracer.
En comparaison, Matrix Revolutions a le mérite de présenter le métro comme métaphore pour un processus informatique et d’utiliser l’atmosphère typique d’une station déserte.
Eric, tu n’as pas vu Subway? Un classique…
J’ai toujours trouvé les métros fascinants. Déjà lors de mes premières expériences à Montréal, j’aimais bien m’y balader, sans autre but parfois que de parcourir les stations, si semblables et si différentes.
Le Métro de Berlin est fascinant à plusieurs points de vue, ils ont reconnecté toutes les lignes entre elles après la réunification de la ville, et les trains passent parfois sous terre parfois sur des rtails surélevés, un peu comme quelques lignes de Paris d’ailleurs.
A Vancouver, qui est un peu aussi mon chez moi, le métro est en fait un skytrain, donc l’ambiance est totalement différente puisqu’elle dépend de la lumière ambiante (sauf dans le downtown, ou il est sous-terrain). je me souviens qu’à mon retour à montréal il y a un an et demi, ça m’avait frappé qu’on n’entende aucune conversation téléphonique sur cellulaire ni sonnerie de cellulaire dans le métro de Mtl…
En terminant sur le sujet, c’est dans aucun film, mais dans un livre: Blaine, le monorail suicidaire qui aime les énigmes, dans Wizard and Glass the Stephen King, est un métro intéressant…
Et moi aussi ma scène préférée demeure celle de Jésus de Montréal.
Blaine est plutôt une sorte de TGV qu’un métro…