Fractale Framboise

Éric

Cinémazatoth: Maléfique, Cronos, In the Mouth of Madness

par Éric - samedi, 14 mai 2005 - 17:20 (Cinéma, Critiques, SF&F autre, SF&F francophone)

Il y a des superstitions qui, quoique ridicules, offrent au moins un bon prétexte. Quoi de mieux qu’une soirée de films d’horreur pour occuper un vendredi 13? C’est ce qu’offraient hier les Réanimations Lovecraftiennes, un petit groupe qui organise des activités inspirés par l’oeuvre de H.P. Lovecraft, un pilier de la littérature d’horreur. L’événement, intitulé Cinémazatoth, comprenait trois films considérés lovecraftiens de près ou de loin.

La soirée débutait par Maléfique, un film français paru en 2002. Une cellule, quatre lits superposés deux à deux, quatre prisonniers peu recommandables et un livre de magie noire, inquiétant journal d’un bagnard des années ‘20. Presque tout le film se déroule dans cette cellule, et à très bon effet: le spectateur se trouve ainsi emprisonné lui aussi et entouré des manies, perversions et rêves des prisonniers. C’est Carrère, le nouvel arrivant dans la cellule, qui semble le plus normal et nous sert donc de point de référence. Il emménage avec un homme-enfant qui avale n’importe quoi, un transsexuel pré-opératoire qui entretient avec le premier une relation tendre et brutale, et un homme d’âge mûr trop calme et civilisé, emprisonné pour “deux minutes de démence”.

L’autre force de ce film, outre le huis clos, est qu’on comprend vite que tout peut arriver. Les prisonniers ne cessent de surprendre et de dégoûter avant même qu’ils ne commencent à étudier le livre et à tenter l’évasion par la magie noire. Le film fait dans la surenchère, l’horreur est explicite et brutale. Coeurs sensibles, s’enfuir.

De touches lovecraftiennes, on remarque surtout ce journal rédigé par un magicien fou, rempli d’un savoir dangereux et semé de quelques noms familiers: Tsathoggua, Yog-Sothoth et compagnie. Les effets surnaturels rappellent plutôt L’Exorciste et autres films qui flirtent avec le démon: le mal ici est sournois et semble porter une attention toute personnelle à nos “héros”, contrairement aux Grands Anciens de Lovecraft pour qui l’homme n’est qu’un insecte écrasé au passage. Et les personnages… j’ai peine à m’imaginer comment Lovecraft, homme modéré aux héros plutôt intellectuels, aurait réagi au spectacle de cette cellule.

Maléfique est un peu faible en histoire, surtout si on fait l’erreur de considérer l’extérieur de la cellule (on pourrait alors se demander pourquoi les geôliers ne se surprennent pas plus de ce qui arrive à leurs prisonniers). Le réalisateur, Eric Valette, se rachète par l’atmosphère et la tension et signe un premier long-métrage mémorable.

Le film suivant, Cronos, opérait dans un registre plus discret. J’étais curieux de le voir car c’est une oeuvre pré-Hollywood de Guillermo Del Toro, un réalisateur dont j’apprécie beaucoup le style sombre et soigné. L’histoire tourne autour d’un vieil antiquaire mexicain qui découvre un petit engin doré, mû par un mouvement d’horlogerie, conçu pour prolonger la vie. Lui ne sait pas quel redoutable trésor il vient de découvrir: nous le savons parce que le prologue nous en a présenté l’inventeur, un alchimiste du XVIe siècle. Comme la longévité surnaturelle n’est jamais simple, notre antiquaire se voit de plus en plus altéré et se trouve confronté à un riche vieillard en phase terminale, ainsi qu’à son sbire joué par nul autre que Ron Perlman. Ce dernier parle tantôt anglais, tantôt espagnol, tout comme son patron: les personnages sympathiques ne parlent qu’espagnol.

Plus que l’horreur et l’atmosphère, c’est le côté humain que ce film privilégie. L’antiquaire a une épouse et est souvent accompagné de sa petite-fille qu’on trouve tour à tour drôle, attendrissante et encombrante. Perlman fait une brute intéressante, mais le scénario lui fait défaut: on comprend mal pourquoi il ne réussit pas facilement à arracher la relique à l’antiquaire. La finale apporte des dénouements familiaux pour les deux camps.

Del Toro présente ici une forme de vampirisme mais en évite la plupart des clichés. Aucune référence directe à Lovecraft ici, mais on retrouve certains de ses thèmes: connaissances anciennes et dangereuses, vieux manuscrits. J’hésite à ajouter à cette liste la quête humaine d’immortalité; Lovecraft en a traité (dans “Cool Air”, notamment), mais pas tellement plus que d’autres auteurs. À cela s’ajoutent les lubies du réalisateur: horlogerie, choses qui s’agrippent, bocaux où flottent des restes humains. On mêle aussi une approche originale (le fameux engin de l’alchimiste) à quelques clichés hollywoodiens (la lutte finale)[1]. Le résultat est parfois maladroit mais vaut la peine d’être vu.

Le dernier film, In the Mouth of Madness, était le plus délibérément lovecraftien des trois: village isolé en Nouvelle-Angleterre, humains déformés, abominations visqueuses issues de gouffres extra-dimensionnels, protagoniste qui devient fou. Un élément ne provient pas de Lovecraft, et c’est l’idée centrale du film, qui veut que la fiction puisse affecter la réalité. Un écrivain d’horreur, Sutter Cane, écrit des livres si marquants qu’ils provoquent des psychoses chez certains de ses lecteurs. Il a disparu alors qu’il devait livrer son dernier manuscrit, et on demande à John Trent (joué par Sam Neill à grands renforts de cigarettes) de le retrouver. Trent commence à avoir des cauchemars mémorables avant même de trouver Hobb’s End, le village de Cane, et d’être confronté à des horreurs bien réelles… ou sont-elles fictives? ou est-ce que la fiction définit la réalité? Vous voyez le genre. J’ai tout de même trouvé cet aspect plutôt satisfaisant; j’ai bien aimé la brève “période bleue” de Cane et la dernière scène.

On doit ce film à John Carpenter, réalisateur déjà bien connu pour Halloween et The Thing. Son penchant pour le rock donne une trame sonore qui nuit parfois à l’ambiance d’angoisse qu’il met en place. Par contre, il crée dans ce film bien des images frappantes et, la plupart du temps, sait en montrer juste assez. Il a une manière très efficace d’introduire ses éléments anormaux, comme lors de cette conversation au restaurant au début, avec la caméra fixée sur la rue, et plus tard lorsqu’il nous amène derrière un comptoir à Hobb’s End. La menace centrale du film, au fond, est peu explorée: le film vit surtout pour ces moments grotesques de plus en plus fréquents et pour d’occasionnelles touches d’humour. On ne le prend donc jamais tout à fait au sérieux, mais on s’amuse. Ça valait particulièrement la peine de le voir en groupe: là où les films précédents suscitaient souvent des cris de dégoût, celui-ci inspirait de violents sursauts chez certains et des rires chez ceux qui ne s’étaient pas laissés surprendre.

Bon programme dans l’ensemble, donc. En matière d’adaptations cinématographiques, Lovecraft s’en tire plus mal encore que Stephen King, qui a eu droit à quelques très bons films pour compenser pour les nombreux navets. Il existe une variété de films inspirés — de près ou de loin — par l’oeuvre de Lovecraft, mais peu sont bons et aucun n’est une adaptation vraiment fidèle… hormis quelques courts-métrages. L’an passé, lors de l’édition précédente du Cinémazatoth, j’ai eu le plaisir de voir l’excellent Out of Mind, un quasi-documentaire canadien de 56 minutes qui, ô bonheur, semble enfin disponible en DVD. On y suit un jeune homme moderne qui hérite du Necronomicon, et on y trouve aussi des segments où Lovecraft (incarné de manière très convaincante par Christopher Heyerdahl) parle de son oeuvre.

Il ne me reste qu’à espérer une prochaine édition de cet événement dans l’espoir d’y faire d’autres bonnes découvertes.

[1] Clairement, on n’a pas su comment commercialiser ce film. Des publicistes bornés ont produit non pas une, non pas deux, mais bien trois affiches ou couvertures qui n’ont absolument rien à voir avec le style du film, dans lequel on ne trouve aucune femme jeune et voluptueuse, et encore moins nue.

Les Cronosettes

  7 commentaires

7 commentaires:    (ajoutez-en un)

  1. #1  Félix   (15 mai 2005 - 12:05)

    J’ai vu très récemment “Maléfique” et j’en suis resté très surpris. Dès les premières minutes, on chavire vers un tout autre univers. Un univers prenant, qui allie avec force efficacité paranormal et décadence.
    Les personnages sont si déroutants, l’histoire complètement renversante et si atypique aux films français habituels que l’on en oublie presque l’origine. Hormis l’évidence d’une langue française originale, je me suis cru dans un film américain sans clichés apparents, sans musique inutile nous dictant s’il faut pleurer ou avoir peur…Bref, de l’horreur cru comme on l’aime et un jeu d’acteur surprenant. Un film que je conseille à tout amateur du genre.

  2. #2  richard   (11 janvier 2008 - 20:01)

    Ca fait toujours plaisir de voir d’autre gens qui s’intéresse grandement aux oeuvres de H.P.Lovecraft
    En faite beaucoup de film sont inspirer des écrits du maitre de la weird fantasy.
    The curse/the beyond/from beyond/oiseaux de malheur/les trois Ré-animateur et peut etre un quatrieme bientot/Dagon/beyond the wall of sleep/the witch house/die monster die/cthulhu mansion(le manoir de la terreur)/lurking fear/cast a deadly spell/la creature du cimetiere/l’innomable 1 et 2/alien/the shunned house/evil dead/the haunted palace/dunwitch horror/the tomb/the resurected/uzumaki/gramma(episode de twillight zone des années 80 par stephen king)/crounch end(stephen king)/call of cthulhu/cthulhu/nécronomicon/meme un episode des dessins animé de gosthbuster traitait des grand ancien et de cthulhu(disponible sur youtube)/ Un exellent “film” reportage sur Lovecraft au édition arte video simplement appelé Howard Phillip Lovecraft/
    La liste est encore longue mais la faut pas embitionné je les connait pas toutes. Bien que certain puisent leur inspiration tres loin dans la “lovecrafterie” il reste quand meme que c’est interessant de les voirs (meme les navets, parce que des navet y’en a une masse)
    Il y a des realisateur qui se spécialise dans cette univere infilmable. Brian Yuzna et Stuart Gordon sont surement ceux qui en ont produit le plus et les meilleur adaptation. Avec comme acteur que l’ont retrouve souvent jeffrey Combs. J’ais eu la chance de le rencontré dans une convention d’horreur…..une belle photo avec le ré-animateur en personne bref je reviendrais sur tont site pour voir si d’autres ont laisser des titre d’adaptation………

  3. Eric

    #3  Eric   (11 janvier 2008 - 22:41)

    Bonne liste. L’épisode des Ghostbusters animés était bien (un bonne série, ça). J’ai vu l’épisode “The Dreams in the Witch-House” de Masters of Horror qui, malgré quelques bons points, m’a plutôt déçu (Brown Jenkins n’était pas assez “creepy”, et il me semble que le protagoniste était crédible comme étudiant mais moins comme fou à la fin). Re-Animator est bon dans son genre (sanglant, excessif et ridicule). J’ai déjà parlé ici de The Call of Cthulhu, une belle réalisation.

    Le truc d’Arte Video m’intéresse, j’essaierai de le trouver. Je ne savais pas que “Crouch End” avait été filmé: est-ce que c’est réussi?

    Ce que je veux voir se réaliser maintenant: At the Mountains of Madness.

  4. #4  richard   (17 janvier 2008 - 19:39)

    Le film biographique sur lovecraft d’arte video fut dur a trouver, en faite je suis tomber dessus par erreur toute en cherchant une biographie sur H.P.L. en passant j’en ais pas trouver……..tout se que j’ais trouver en livre qui m’apprenait plus que se que les fans normal connaissent c’est un cahier d’étude qui contient des lettres que Howard, sa femme et d’autre correspondant d’howard s’envoyaient. Bien sur que sur le site d’arte video il est en vente et la zone du dvd est multiple. Par contre au canada il est disponible (en francais seulement) dans certaine bonne librairie connu. bref Ca ma rien apris de plus mais aux moins l’ambiance y est présente et ont peut ressentir facillement le dégout que lovecraft avait pour la morne vie qui l’entourait. Ont fini meme par
    le comprendre et mettre un nom sur l’innommable…

  5. #5  richard   (19 janvier 2008 - 9:57)

    Je sais que je suis pas a jour dans mes film, mais tout ceux qui ont de jeunes enfants comprendrons pourquoi.
    Hier j’ais écouté se qui est le seul film quebecois, qui d’apres moi est clairement inspiré des oeuvres de lovecraft. pas de sang…..que de l’étrange. A voir absolument…….saint-Martyr des damnés……

  6. #6  Daniel Sernine   (19 janvier 2008 - 15:53)

    Saint-Martyr des Damnés, à voir? Oui, pour en dresser la liste des incohérences, confusions, invraisemblances, aberrations…
    En guise de papier, prévoyez une tablette neuve.
    Quel foutoir, que ce scénario!

  7. #7  richard   (22 janvier 2008 - 21:47)

    pourquoi chercher a trouver un sens a ce qui est incensé?………..pour du vrai, sans aberations, fade et abrutissant il y a toujours Daniel stell ou Loft Story…….j’accorde neamoin que la scene des amoureux qui baise en volant au dessus du village est vraiment nul.

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