L’utilité des adaptations ratées

Logo legerement modifie: PANIC!En cette journée de sortie de HITCHHIKER’S GUIDE TO THE GALAXY (Un film que certains attendent depuis le début des années 80), laissez-moi dépoussiérer ma routine au sujet des films adaptés de bande dessinées, de livres chéris ou de séries télévisées des années 70s: Voici le déroulement typique de la vie d’un fan lorsqu’il apprends qu’une oeuvre essentielle à son enfance (dans ce cas-ci, “SHMURZL le magicien”) sera porté au grand écran:

Joie Orgasmique: “Ils vont faire un film à propos de Shmurzl!” En vingt-quatre heures, tous les fans de Shmurzl apprennent l’existence du film grâce à une campagne massive de courriels, de blogs, de messages sur les listes de discussion. La productivité mondiale baisse de quelques nanopoints alors que tous réfléchissent à qui ils envisagent dans le rôle principal.

Saine Tension Créative: Même si le fan n’a aucun talent en écriture, en cinématographie ou en réalisation, les trois nouvelles de fan-fiction écrite au crayon de plomb en sixième année font d’eux un expert en toutes les facettes de la production du film. Les décisions initiales au sujet du projet (“Jack Black jouera Shmurzl!”) sont invariablement accueillies avec scepticisme si pas un outrage à en faire frémir les activistes les plus convaincus. (“Enfer! Enfer et damnaaatiooon! Torchons la maison du réalisateur! Et exécutons-le alors que sa famille brûle!”)

Quête obsessive d’information: En quelques heures, des sites web apparaissent partout sur la toile, spécifiquement dédiés à la dissémination de n’importe quelle parcelle d’information au sujet du film (“Dernière heure: Mo Henry est choisi pour agir comme monteur de pellicule sur Shmurzl!!!”) et à l’analyse songée de ces mêmes informations (“mo hnry t’un trouduc! sux0rs!”) Alors que les fans passent trois heures par jour pendant la production entière du film (18 mois) à discuter des moindres nuances réelles ou imaginées du film, leur familles sont tout simplement soulagées de voir qu’ils ne sont pas à nouveau en train de fabriquer des bombes à partir de plans trouvés sur l’Internet.

Conviction grandissante que la planète entière est sur le point de découvrir la magnificence de leur œuvre favorite: Alors que la production du film va bon train (ou, tel que lu sur les listes de discussion, “K’Sé UN DESASTE”), la machine publicitaire commence à agir. La première affiche, peu importe s’il ne s’agit que d’un logo qui n’a aucune ressemblance au produit final, est reçu par les fans avec des gestes répétitifs vigoureux. Cette folie ne cesse de s’accroître alors que sont révélés la bande-annonce “teaser”, la bande-annonce de deux minutes, l’affiche finale et, finalement, les publicités à la télévision. C’est à ce moment que le citoyen moyen réalise l’existence du film. Le fan, lui, voit finalement toute la population partager son intérêt dévorant pour Shmurzl.

Invulnérabilité lors du jour le plus important de leur existence: Jour du lancement du film. C’est l’apothéose. Il y a des pubs à la télé, des critiques dans les journaux, des articles dans la moitié des magazines à l’étalage, une novélisation à la librairie et des mentions à la radio. L’objet initial du film a été remis en magasins avec une campagne de marketing carrément dérivée du film. Le fan peut espérer entamer une discussion avec un parfait étranger au sujet de Shmurzl. De plus, le fan passe la journée à s’imaginer comment bon sera le film. (Il a, bien sûr, acheté ses billets pour la première représentation deux semaines plus tôt.)

90 minutes de montagnes russes émotionnelles: Le fan installe son derrière massif dans le siège du cinéma et ignore les reniflements exaspérés des gens jusqu’à cinq mètres de lui. Il a dans sa main suffisamment de pop-corn et de boisson gazeuse pour nourrir une petite famille du tiers-monde. Mais il n’a pas non plus oublié les six barres de chocolat, les nachos, frites, burger et la boite de mouchoirs tous si nécessaires à l’appréciation d’un film. Il n’est pas chez lui, mais il faut lui pardonner, car c’est la première fois depuis six mois qu’il est à l’extérieur. Et durant 90 minute, il redécouvrira des émotions dont il avait oublié l’existence: La joie, le suspense, la colère et la pyromanie. Le film a des moments de brillance et d’autres de nullité. Mais lesquels seront catalogués systématiquement par le fan? Exact.

Libération psychique: Le générique tourne (le fan en profite pour maudire Mo Henry une dernière fois), les lumières s’allument (révélant une montagne de déchets prête à être bulldozé au dépotoir le plus près) et les gens sortent (heureux de s’éloigner de cet homme bizarre qui a passé le film à couiner, crier les lignes du dialogue en même temps que les acteurs et qui a passé les dix dernières minutes à pleurer à chaude larmes.) Mais le fan, lui, voit sa vie changer du tout au tout. Car, finalement, il est libre. Peut-être aura-t-il besoin de voir le film à trois autres reprises pour en apprécier toutes les nuances, mais il s’est finalement libéré du poids du potentiel du film. C’est à ce moment que l’idée que le film est pourri et détruit à lui seul toutes les bonnes et heureuses mémoires de son enfance commence à s’infiltrer dans son esprit.

Dévastation lors de la collision avec le réel: Avec la sortie du film, la véritable place de Shmurzl dans l’imaginaire mondial est révélée à tous: Le film se classe sixième au box-office de la fin de semaine et personne n’en reparlera trois jours plus tard. Le fan voit l’importance microscopique de Shmurzl à ses contemporains et constate que Shmurzl n’aura plus jamais un profil médiatique aussi élevé. De cette constatation, de ce vortex de perspective total, il apprend l’humilité et sa véritable place comme cochon de consommateur dans notre société moderne. Plus jamais son imagination ne dépassera-t-elle les contraintes de son existence pitoyable. Mission accomplie.

Après toutes ces émotions, qui reste surpris lorsque les fanas s’embarquent immédiatement dans le prochain projet du genre?

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8 Commentaires

  1. Le truc, avec la version cinématographique du Hitchhiker’s Guide, c’est d’apporter une serviette. Si jamais le film est vraiment très mauvais, on peut s’enrouler cette serviette salvatrice autour de la tête pour se boucher les yeux et les oreilles.

    Je suis assez curieux de voir ça, ça pourrait être potable. 61% sur le Tomatomètre, c’est pas mal.

    Mais ce que je veux vraiment savoir, vraiment, c’est: vont-ils vraiment faire un film de Shmurzl le magicien? J’ai toujours voulu voir ça!!! Il faut absolument qu’ils aillent chercher John Malkovich pour jouer Shmurzl, tout le monde sait qu’il est né pour ce rôle. J’espère qu’ils vont baser le fim sur Something Fishy This Way Comes, c’est bien mon livre préféré de la série. La bataille finale contre les extra-terrestres mutilateurs de poissons serait incroyable sur grand écran. Je sais pas comment je vais supporter l’attente d’ici la sortie du film…

  2. Pierre-Luc

    Eric, je ne comprend pas. John Malkovich ? Il est génial, je l’admets, mais dans Something Fishy This Way Comes (Je préfère le titre en français, Un voyage de pêche inoubliable), Shmurzl vient à peine de fêter ces huit ans. Je crois qu’il faudrait plutôt prendre le petit gars de Maman j’ai râté l’avion. En tout cas, il semble que Michael Crichton soit sur les rangs pour écrire le scénario, la novellisation du scénario et les articles de journaux qui vont dire 5 étoiles, un des meilleurs films de l’année.

  3. Laurine

    Macaulay Culkin dans le rôle titre de SFTWC?!? NOOON! Ne me dis pas qu’il a déjà été embauché? Les fans comme moi exigent un véritable method actor pour jouer toutes les facettes de Shmurzl, rien de moins! Pense à la fameuse scène lorsque son meilleur ami, Swompe l’elfe trisomique, se sacrifie en se jetant dans la gueule de l’anaconda géant: Culkin ne sera jamais capable de rendre toutes les émotions du héros devant une pareille tragédie! Et puis la série de SLM est très étoffée. Cela prend un acteur qui aura l’air d’avoir huit ans sur une longue période de temps, genre Tom Cruise ou l’un des acteurs de Dawson’s Creek. Est-il encore temps de commencer une campagne de courriels auprès de la maison de production?

  4. C’est pour ça que je parlais de Malkovich; Pierre-Luc l’a dit, Malkovich est génial, sûrement qu’il pourrait jouer jeune. La tragédie de l’anaconda passerait alors très bien. On saurait que Shmurzl a huit ans, mais on verrait en lui l’homme qu’il doit un jour devenir, ça serait symbolique.

    Je sais, le public abêti par le cinéma hollywoodien prend mal le symbolisme. On pourrait plutôt passer Malkovich au maquillage pour lui donner vraiment l’allure d’un enfant de huit ans, et le réduire à l’ordinateur et avec des trucs de caméra comme ils l’ont fait pour les hobbits dans Lord of the Rings… mais la solution ne serait-elle pas pire que le problème?

    Quant à l’elfe trisomique: ça, ça serait un bon rôle pour un acteur de Dawson’s Creek.

  5. Joel Champetier

    En tout cas, j’ai trouvé la routine de Christian sur les espoirs du fan fort amusante. Heureusement qu’il y a eu des exceptions, notamment celle de l’adaptation du Seigneurs des Anneaux.

    Joël

  6. Laurine

    Je ne sais pas, Joël. L’adaptation du Seigneur des Anneaux a été une réussite, mais je n’ai pas été convaincue par la prestation du comédien qui jouait l’Œil. Il avait une façon trop statique de fixer Frodo et ça donnait à Sauron des allures de phare d’Alexandrie. C’est dommage, parce qu’il est plutôt bon dans les pubs de Visine (le comédien, pas Sauron).

  7. Daniel Jetté

    Shmurzl le magicien? Ah là, franchement, vous me faites plonger dans mon enfance en rappelant ce héros à mon souvenir. J’en veux d’ailleurs encore au reste de mes compagnons de classe de ne pas avoir lu comme moi les aventures de Shmurzl. Mais j’effectue des recherches pour retrouver leurs noms et leurs adresses et lorsque la version cinématographique de Shmurzl va sortir, je vais aller tous les voir et leur mettre sous le nez le fait que j’étais bien en avance sur eux et leurs petits esprits minables. Le monde sera enfin mis au diapason de Shmurzl et j’aurais eu raison!

    J’ai déjà commencé à acheter mes barres de chocolat et mon pop-corn. Quant à sortir de chez moi pour la première fois depuis deux ans, ce sera dur mais pour Shmurzl, j’y arriverai. Avec un peu de Prozac…

    Quant à l’acteur, vous n’y êtes pas, c’est Robin Williams qui doit jouer ce rôle et personne d’autre. Et l’anaconda par Michael Jackson, c’est fou ce qu’on économisera en maquillage…

  8. Hugues

    Well, qu’ajouter au déjà grandissant engouement de tous pour l’adaptation de Shmurzl? Mais l’article original de Christian peut aussi s’appliquer aux fameuses Sequels, si vous suivez mon regard vers le 19 mai prochain…
    On peut dire que j’aurai vécu des hauts et des bas avec les aventures du Sieur Lucas (je le verrais bien dans le rôle du grand-père adoptif de Shmurzl, tiens, vous vous souvenez de ce passage, dans Eyeless in the darkness où le grand-père effectue une chirurgie d’urgence dans un dôme où il ne peut se servir de la magie pour retirer un des trois yeux du pauvre Shmurzl qui vient d’avoir six ans? Anyway…).
    Je trouve plutôt étrange de savoir que d’ici quelques semaines, je verrai la « fin » de ce cycle qui m’a pratiquement vu naître en fan de SF, snif.
    Mais pour en revenir une fois encore à Christian et l’idée principale de l’article, j’ajouterais que quelque part dans le processus, dans mon cas, la plupart du temps, en fait, il y a un point où je sais d’avance que ça va être sinon mauvais, à tout le moins décevant. Il y a aussi le cas des adaptation trop tardives d’oeuvres aimées, ce que j’appelle le manque de timing chronique, sans vouloir faire de jeux de mots temporels :)
    Exemple patent: I Robot, adapté (uh?) du recueil (re-uh?) du même titre d’Asimov. Il y a ving ans, j’aurais été agréablement surpris de voir l’adaptation de l’univers robotique du Dr A (The caves of steel, en fait, aurait fait un film intéressant, j’aurais adoré voir en film ces trottoirs mobiles à multiples vitesses avec échangeurs, sortes d’autoroutes pour piétons), mais 20 ans plus tard, j’ai levé un sourcil devant l’affiche, me demandant dans quel univers parallèle je me trouvais tout à coup.
    Pour moi, je pense que Hitchhiker’s tombe un peu dans ce cas de mauvais timing… surtout que la chose est distribuée par et produite par une filiale de Disney…

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