La compétition sera féroce pour les Prix Aurora Awards 2006, catégorie « Best Long-Form Work ». Déja disponible sur les tablettes des libraires, rien qu’en hard-SF: Spin (Robert Charles Wilson) et Behemoth: Seppuku (Peter Watts). Bientôt: Lady of Mazes (Karl Schroeder). Ce à quoi il faut rajouter Mindscan de Robert J. Sawyer.
Son premier roman singulier depuis Calculating God (2000; ont suivi le recueil Iterations et la malheureuse trilogie Neanderthal Parallax), Mindscan est également le livre le moins agaçant de l’auteur depuis le siècle dernier. Si vous êtes familiers avec l’oeuvre de Sawyer, vous savez déjà si vous êtes pour ou contre ce qu’il fait: Il reste constant dans son approche! Lire du Sawyer est, pour les lecteurs plus avancés, un exercice d’équilibre entre l’admiration pour ce qu’il fait bien (exploration enthousiaste d’une idée centrale, science relativement étanche, lecture facile) et l’exaspération devant ce qu’il fait moins bien (Écriture pédestre, personnages indifférents, naïveté politique). Mindscan, heureusement, fait pencher la balance du bon côté.
Sawyer avait déjà exploré les enjeux reliés à la conscience humaine dans The Terminal Experiment (1995), mais il y revient avec encore plus d’idées dans Mindscan. Ici, une technologie permet de copier la conscience humaine dans un corps androïde. Mais personne ne sera surpris de voir que l’innovation crée des remous: Certaines personnes ne considèrent pas la copie comme une véritable personne, et c’est sans parler de ce qui arrive aux originaux… Ajoutez un drame juridique, un peu d’action, une finale décevante, un futur en carton-pâte, une myopie sélective en matière d’anticipation et -hop- vous obtenez un roman convenable que l’on peut lire en un après-midi.
Ce n’est pas trop mauvais, même si les limites de l’écriture de Sawyer deviennent parfois un peu trop évidentes. Son futur de 2045 est trop influencé par 2005 (États-Unis réactionnaires; Canada parfait; autrement, pas beaucoup de différences) pour être crédible. Son emploi de blagues et d’anecdotes contemporaines est souvent maladroit. Son intrigue semble hermétique au reste du monde. Mais Mindscan est peut-être mieux abordé comme un roman de SF old-school où les idées prennent toute la place et où les considérations littéraires ne servent que de soutien à la parade d’idée. Sous cette optique, Mindscan livre toute la marchandise. On se laisse emporter par le charme d’un roman du pure science-fiction.
L’approche coutumière de Sawyer étant ce qu’elle est, on résiste difficilement à l’envie de discuter surtout des fautes de l’ouvrage. C’est cependant prendre pour acquis les mérites du roman: pour les fanas de la SF comme littérature d’idées, Mindscan convient parfaitement bien à la tâche de divertir. Il y aura certainement de meilleurs romans de SF cette année (Spin en est un, tiens) mais pour les amateurs de Sawyer qui attendaient un retour à la norme après quelques ratées, Mindscan n’est pas une déception.
3 commentaires
J’hésite à retourner lire Sawyer. Je n’avais rien lu de lui avant « The Neanderthal Parallax », et la société néanderthale qu’il a créée est pleine de trous (mais où se terre donc la fabrication d’une technologie nettement en avance sur la nôtre?), même si le concept de base était particulièrement excitant. Et la finale sentait tellement le rose bonbon! Ceci dit, je crois tout de même que c’est une lecture recommandée, ne serait-ce que pour le premier tome.
Benoit: Pour Sawyer, je considère que ses incontournables sont (dans l’ordre): The Terminal Experiment, ainsi que, de manière un peu plus contournable, la trilogie Quintaglio. Flashforward et Starplex sont aussi deux de mes favoris, mais je suis moins certain de leur valeur pour quelqu’un qui n’est pas déjà un fan de Sawyer.
Ceci dit, ayant passé une bonne partie de la semaine dernière à une convention où se trouvait également cet auteur, je m’en voudrais de ne pas signaler que Sawyer est un communicateur du tonnerre, un véritable ambassadeur passionné du genre et un des auteurs les plus professionnels qu’il m’ait été donné de recontrer.
Merci Christian! Je ais ajouter « The Terminal Experiment » sur ma liste de futures lectures. Ça me permettra peut-être d’oublier les maladresses de « Hybrids ».