Fractale Framboise

Laurine

Les flous de La Calla (5)

par Laurine - samedi, 23 avril 2005 - 13:15 (Lectures, SF&F autre, Écrire)

J’ai enfin terminé la lecture des Loups de La Calla (J’ai Lu, 2004) avec son lot de coquilles de traduction. J’en ai trouvé suffisamment dans les dernières pages pour dresser une cinquième et dernière liste. Pour lire cette série du début, allez aux billets précédents: billet 1, billet 2, billet 3, billet 4.

ORIGINAL (p.422)
“Rowan Magruder wasn’t married when I worked at Home, but I guessed that must have changed, because there was a woman sitting in the chair by his bed, reading a paperback. Well-dressed, nice green suit, hose, low-heeled shoes. At least I felt okay about facing her; I’d cleaned up and combed up as well as I could, and I hadn’t had a drink since Sacramento.”
TRADUCTION (p.404)
— Rowan Magruder n’était pas marié, à l’époque où je travaillais au Foyer, mais je me suis dit qu’il l’était, depuis, car il y avait une femme assise dans la chaise près de son lit, qui lisait un livre de poche. Bien habillée, dans un joli tailleur vert, des bas et des chaussures à talons plats. Je me sentais enfin prêt à me retrouver en face d’elle: je m’étais lavé et coiffé aussi bien que j’avais pu, et je n’avais pas bu un verre depuis Sacramento.

On dirait que la traductrice a confondu At least (au moins) avec At last (enfin). La version française donne la fausse impression que le Père Callahan (le narrateur) s’était préparé exprès pour rencontrer cette femme.

ORIGINAL (p.425)
‘Leave that to the Mailers and O’Haras and Irwin Shaws, he said, ‘people who can really do it. I’ll wind up in some ivory-tower office, puffing on a meerschaum pipe and looking like Mr. Chips.’
TRADUCTION (p.406)
«Laissons ça aux Mailer, O’Hara et autres Irwin Shaw, a-t-il dit. À des gens vraiment doués. Je finirais dans une tour d’ivoire, à fumer une vieille pipe en écume et à ressembler à M. Patate.»

Je ne comprends pas très bien ce que ce M. Patate vient faire là-dedans. J’ai l’impression que Stephen King parlait de Mr. Chips, le personnage du film Goodbye, Mr. Chips.

ORIGINAL (p.530-531)
“I just have a problem letting things go. When my first wife said she wanted a divorce and I asked why, she said, ‘Because when I married you, I didn’t understand. Il thought you were a man. It turns out you’re a packrat.’”
TRADUCTION (p.502)
— J’ai tout simplement du mal à abandonner les choses. Quand ma première femme a voulu divorcer et que je lui ai demandé pourquoi, elle a répondu: «Parce qu’en t’épousant, je n’avais pas compris. J’ai cru que tu étais un homme. Il se trouve en fait que tu es un rat.»

Un packrat est effectivement un rat, plus précisément un rat à queue touffue ou un rat porteur (neotoma cinerea). Cet animal a la particularité de collectionner des objets, ce qui rend possible une métaphore en anglais (à cause du préfixe -pack), mais qui fonctionne beaucoup moins bien en français: un rat est un traître ou un avare, pas un collectionneur compulsif.

ORIGINAL (p.550)
“As for Balazar, he made a contract with this Sombra Corporation.”
“Took the king’s salt.”

TRADUCTION (p.518)
— Quant à Balazar, il a conclu un marché avec la Sombra Corporation.
— Il s’est pris pour le King.

«Il s’est pris pour le King» est une réplique de Roland de Gilead, un personnage qui ne connaît absolument pas Elvis Presley.

ORIGINAL (p.570)
It was a closet, and closets made fine hiding places, but this one was filled with jumbles of dusty electronic equipment, top to bottom. Some of it fell out.
“Beans!” he whispered in a low, urgent voice.

TRADUCTION (p.537-538)
C’était un placard, et les placards faisaient de bonnes cachettes, mais celui-ci était plein à craquer de vieux équipements électroniques poussiéreux. Une partie dégringola à l’extérieur.
— Fayots! lâcha-t-il doucement, de l’urgence dans sa voix.

Zut! Flûte! Sapristi! Nom d’une pipe! Nom d’un chien! Peste! Fichtre! La vache! Caramba! Misère!… Mais «Fayots!»?

ORIGINAL (p.577)
Jake watched Slightman and Andy go, bitterly amused by the difference in their heights. Whenever his father saw such a Mutt-and-Jeff duo on the street, he inevitably said Put em in vaudeville.
TRADUCTION (p.544)
Jake regarda Slightman et Andy s’éloigner, avec un amusement amer devant la différence de taille entre eux. Quand son père croisait un type et son chien dans la rue, il ne pouvait pas s’empêcher de dire Qu’ils montent un spectacle, tous les deux!

Mutt et Jeff sont les personnages d’une bande dessinée datant du début des années 1900. Mutt est un grand efflanqué, contrairement à son compagnon Jeff, un homme petit et rondouillard. La traduction française aurait pu mentionner Laurel et Hardy pour conserver le sens de la version originale. «Un type et son chien» ne veut absolument rien dire, surtout qu’Andy (le grand) est un robot.

ORIGINAL (p.603)
Oldest at twenty-three were the Haggengood twins, born the year of the last Wolf-raid (and ugly as sin by the lights of most folks, although precious hard workers, say thankya). Next came the Tavery twins [...]
TRADUCTION (p.568)
Les plus vieux jumeaux, âgés de vingt-trois ans, étaient les enfants Haggengood, nés l’année de la dernière rafle des Loups (et marqués du sceau du péché pour la plupart des folken, bien que ne rechignant pas à l’ouvrage, grand merci). Puis c’était au tour des jumeaux Tavery [...]

Pourquoi faut-il que les jumeaux Haggengood soient marqués du sceau du péché en version française? Le texte original ne fait que mentionner qu’ils sont particulièrement laids, ce qui est bien suffisant. Et à vingt-trois ans, ce n’est plus approprié de les appeler des «enfants».

Et voilà qui conclut l’article. J’espère que ça ne découragera personne de lire cet excellent roman qui s’inspire du film Les Sept mercenaires. Comme je dois rédiger une critique pour la revue Solaris, je n’en dirai pas plus dans ce billet, à part que si vous ne connaissez pas — ou n’avez pas lu — la série de La Tour sombre de Stephen King, vous manquez quelque chose. Je vous conseille évidemment de la lire en version originale… et en commençant du début!

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  7 commentaires

7 commentaires:    (ajoutez-en un)

  1. #1  Benoit Simard   (5 juillet 2005 - 13:19)

    J’avais été intrigué lors de la sortie de Gunslinger (en feuilleton dans The Magazine of F&SF si je me souviens), mais le mélange SF/Western me paraissait par trop étrange pour le lire. C’est en lisant le texte du cycle paru dans l’anthologie Legends de Robert Silverberg que j’ai été vraiment surpris, et convaincu. J’ai donc mis ce cycle sur ma liste “À découvrir”. En anglais, tout de suite après Robin Hobb.

  2. Laurine

    #2  Laurine   (7 juillet 2005 - 20:03)

    King dit que le cycle de la Tour sombre est la Jupiter de son système solaire. Je n’arrive même pas à envisager tout ce qu’il a dû investir comme temps et comme énergie là-dedans; ce que je sais, c’est que ça devient clairement personnel au bout de quelques milliers de pages! Je crois qu’il n’arrivait plus à détacher ses personnages de son quotidien pendant l’écriture. Je n’en dirai pas plus. Lire les trois derniers volumes fait un effet des plus curieux.

    Autrement, la série vaut le coup, justement à cause de cette hybridation des genres que je trouve tellement réussie. L’auteur ne s’impose pas de limites, il ne suit pas les canons de tel ou tel genre, il s’en fout: il a une histoire à raconter et tous les moyens sont bons, même s’il faut un peu tricher.

  3. Laurine

    #3  Laurine   (20 décembre 2005 - 20:50)

    Je ne savais pas trop où coller ça, et je n’allais tout de même pas créer un billet exprès! Alors voilà: quelqu’un sait-il si le poème Childe Roland to the Dark Tower Came de Browning a été traduit en français? Si oui, par qui? Il s’agit bien sûr du poème qui a inspiré King pour son cycle de la Tour sombre. L’information serait grandement appréciée.

  4. #4  Jean-Louis   (21 décembre 2005 - 4:32)

    Voir:

    http://rernould.club.fr/KING/Browning.html

    Sinon, je soupçonne que Louis Cazamian a traduit le poème dans son édition de Browning, mais il faudrait vérifier les livres en question.

  5. Laurine

    #5  Laurine   (21 décembre 2005 - 9:33)

    Mouin, j’avais noté cette page, mais la traduction n’est que partielle. Je vais donc me renseigner au sujet dudit Louis Cazamian.

  6. #6  Hugues   (23 décembre 2005 - 11:45)

    Laurine,
    Pour une traduction française complète en français, du poème de Browning, il en existe une assez facile à trouver ces temps-ci, puisque le poème a été réédité en appendice à la fin de The Dark Tower VII… L’édition J’ai lu grand format de La Tour Sombre VII propose donc le poème à la toute fin du livre.
    Je ne l’ai pas lue, cette traduction, donc je n’ai aucune idée de sa valeur… si j’étais cynique, je te dirais qu’à voir le reste de la traduction des récents livres de King, hum…
    Disponible gratuit à la grande bibliothèque, ils en ont une dizaine d’exemplaires.

  7. #7  Hugues   (23 décembre 2005 - 11:50)

    Laurine, un oubli, la traduction du poème est de la traductrice de La Tour Sombre VII: Marie de Prémonville, celle-là justement qui a traduit les Loups de la Calla…

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