Les flous de La Calla (3)

Résumé des deux précédents épisodes (billet 1, billet 2): le roman Les Loups de La Calla, publié chez J’ai Lu et traduit par Marie de Prémonville, comporte des erreurs de traduction qui rendent parfois les dialogues confus ou cocasses. Je n’ai pas l’intention de présenter une liste exhaustive des erreurs relevées, car certaines nécessitent une mise en contexte trop longue.

Par contre, en voici une qui peut s’expliquer en quelques lignes. Les Loups envahissent La Calla une fois par génération pour enlever des enfants; ils sont plusieurs dizaines et ils montent tous des chevaux gris. Les habitants de La Calla ne sont pas le moins du monde étonnés par ce détail, ce qui surprend les pistoleros.

ORIGINAL (p.161)
« Why would these folks take fifty or sixty horses, all the same shade, as a matter of course? »
« Because they don’t really think about the Wolves or anything to do with them, » Roland said. « They’re too busy being afraid, I think. »

TRADUCTION (p.167)
— Pourquoi ces types prendraient cinquante ou soixante chevaux, forcément tous de la même couleur?
— Parce qu’ils ne pensent pas aux Loups ou à ce qui les concerne, ils sont trop occupés à avoir peur, je suppose, répondit Roland.

La traduction rend l’expression to take trop littéralement, et donne l’impression que ce sont les habitants de La Calla qui montent ces chevaux. Il aurait fallu lire: «Comment ces gens peuvent-ils trouver normal que cinquante ou soixante chevaux aient tous la même couleur?»

ORIGINAL (p.287)
« But you had at least one other piece of business that summer, did you not? »
« Yes. It took me a little while to get going. »

TRADUCTION (p.282)
— Mais un autre boulot vous attendait aussi, cet été-là, n’est-ce pas?
— Non. Mais il m’a fallu un petit moment pour m’y mettre.

Je ne sais pas pourquoi Yes est devenu Non.

ORIGINAL (p.287)
The knife came out the other side with the thing’s Adam’s apple skewered on it like a piece of steak on a shish kebab.
TRADUCTION (p.282)
La lame est ressortie de l’autre côté, elle s’était plantée dans la pomme d’Adam de la chose comme un shish kebab dans un morceau de viande.

Du shish kebab est de la viande grillée à la broche, pas la broche tout seule!

ORIGINAL (p.293)
« And that I’d decided not just to cower like a rabbit in a flashlight beam. »
TRADUCTION (p.287)
Et que j’étais bien décidé à ne pas m’enfuir désespérément, comme un lapin pris dans les phares d’une voiture.

Flashlight beam est le faisceau d’une lampe de poche, pas les phares d’une voiture. Et cower veut dire se recroqueviller de peur, pas s’enfuir désespérément. D’ailleurs, un lapin ne s’enfuit pas une fois qu’il est «pris» dans les phares d’une voiture.

ORIGINAL (p.296)
Callahan said, « Do you know how folks say, ‘We’re not in Kansas anymore, Toto?’ »
TRADUCTION (p.291)
— Vous connaissez cette expression: «Tu n’es plus au Kansas, Toto»? demanda Callahan.

Je ne me souviens plus du Magicien d’Oz, mais je doute que ce soit là la bonne traduction de la fameuse réplique.

ORIGINAL (p.298)
He sees KILL ALL SPIX AND NIGERS, the message flanked by swastikas, and wonders at verbal depletion so complete the sufferer cannot even spell his favorite epithets.
TRADUCTION (p.293)
Il voit aussi À MORT TOUT LES LATINO ET LES NAIGRES, le tout décoré de swastikas. Il s’interroge sur cette misère orthographique qui fait que la victime n’a même pas le droit de voir son surnom favori épelé correctement.

Dans la version originale, la victime est celle qui souffre de misère orthographique. En français, il se produit un glissement et «victime» qualifie la personne qui subit ces insultes. Peut-être qu’on pourrait mettre ça sur le compte de la licence artistique?

Outre ces erreurs, il y a aussi des petits détails agaçants, comme cette façon de traduire « Uh-huh » par «Hein-hein»: cette onomatopée rend mal un signe d’assentiment. Enfin…

[ Mots-clefs : , ]

2 commentaires

  1. Benoit Simard

    C’est très précisément la raison pour laquelle j’évite consciencieusement les traductions. Neuf fois sur dix, une incompréhension du texte dans son contexte altère le texte. Ça prend une personne passablement bilingue pour faire une bonne traduction, et la plupart des traducteurs français ont appris leur anglais sans sortir de leur université.

  2. Laurine

    A priori, je me cantonnerais aussi aux versions originales anglaises, ne serait-ce qu’à cause du coût tellement plus avantageux lorsque ces ouvrages nous proviennent des presses américaines. Seulement, je lis très lentement, et lire un bouquin me prend encore plus de temps en anglais, même si je comprends très bien la langue.

    (Dans le cas des Loups, c’est une autre histoire: j’avais demandé l’ouvrage en service de presse et je connaissais déjà l’histoire.)

Laisser un commentaire

Votre e-mail ne sera jamais publié ni communiqué. Les champs obligatoires sont indiqués par *

*
*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

Vous pouvez utiliser les balises HTML suivantes: <b> <i> <a href=""> <blockquote>
Si ce n'est pas déjà fait, veuillez prendre connaissance de nos politiques.

Un blogue, trois auteurs, une multitude d'univers à explorer.