Fractale Framboise

Archives: avril 2005

Christian

L’utilité des adaptations ratées

par Christian - vendredi, 29 avril 2005 - 6:00 (Cinéma)

Logo legerement modifie: PANIC!En cette journée de sortie de HITCHHIKER’S GUIDE TO THE GALAXY (Un film que certains attendent depuis le début des années 80), laissez-moi dépoussiérer ma routine au sujet des films adaptés de bande dessinées, de livres chéris ou de séries télévisées des années 70s: Voici le déroulement typique de la vie d’un fan lorsqu’il apprends qu’une oeuvre essentielle à son enfance (dans ce cas-ci, “SHMURZL le magicien”) sera porté au grand écran:

Joie Orgasmique: “Ils vont faire un film à propos de Shmurzl!” En vingt-quatre heures, tous les fans de Shmurzl apprennent l’existence du film grâce à une campagne massive de courriels, de blogs, de messages sur les listes de discussion. La productivité mondiale baisse de quelques nanopoints alors que tous réfléchissent à qui ils envisagent dans le rôle principal.

Saine Tension Créative: Même si le fan n’a aucun talent en écriture, en cinématographie ou en réalisation, les trois nouvelles de fan-fiction écrite au crayon de plomb en sixième année font d’eux un expert en toutes les facettes de la production du film. Les décisions initiales au sujet du projet (“Jack Black jouera Shmurzl!”) sont invariablement accueillies avec scepticisme si pas un outrage à en faire frémir les activistes les plus convaincus. (“Enfer! Enfer et damnaaatiooon! Torchons la maison du réalisateur! Et exécutons-le alors que sa famille brûle!”)

Quête obsessive d’information: En quelques heures, des sites web apparaissent partout sur la toile, spécifiquement dédiés à la dissémination de n’importe quelle parcelle d’information au sujet du film (“Dernière heure: Mo Henry est choisi pour agir comme monteur de pellicule sur Shmurzl!!!”) et à l’analyse songée de ces mêmes informations (“mo hnry t’un trouduc! sux0rs!”) Alors que les fans passent trois heures par jour pendant la production entière du film (18 mois) à discuter des moindres nuances réelles ou imaginées du film, leur familles sont tout simplement soulagées de voir qu’ils ne sont pas à nouveau en train de fabriquer des bombes à partir de plans trouvés sur l’Internet.

Conviction grandissante que la planète entière est sur le point de découvrir la magnificence de leur œuvre favorite: Alors que la production du film va bon train (ou, tel que lu sur les listes de discussion, “K’Sé UN DESASTE”), la machine publicitaire commence à agir. La première affiche, peu importe s’il ne s’agit que d’un logo qui n’a aucune ressemblance au produit final, est reçu par les fans avec des gestes répétitifs vigoureux. Cette folie ne cesse de s’accroître alors que sont révélés la bande-annonce “teaser”, la bande-annonce de deux minutes, l’affiche finale et, finalement, les publicités à la télévision. C’est à ce moment que le citoyen moyen réalise l’existence du film. Le fan, lui, voit finalement toute la population partager son intérêt dévorant pour Shmurzl.

Invulnérabilité lors du jour le plus important de leur existence: Jour du lancement du film. C’est l’apothéose. Il y a des pubs à la télé, des critiques dans les journaux, des articles dans la moitié des magazines à l’étalage, une novélisation à la librairie et des mentions à la radio. L’objet initial du film a été remis en magasins avec une campagne de marketing carrément dérivée du film. Le fan peut espérer entamer une discussion avec un parfait étranger au sujet de Shmurzl. De plus, le fan passe la journée à s’imaginer comment bon sera le film. (Il a, bien sûr, acheté ses billets pour la première représentation deux semaines plus tôt.)

90 minutes de montagnes russes émotionnelles: Le fan installe son derrière massif dans le siège du cinéma et ignore les reniflements exaspérés des gens jusqu’à cinq mètres de lui. Il a dans sa main suffisamment de pop-corn et de boisson gazeuse pour nourrir une petite famille du tiers-monde. Mais il n’a pas non plus oublié les six barres de chocolat, les nachos, frites, burger et la boite de mouchoirs tous si nécessaires à l’appréciation d’un film. Il n’est pas chez lui, mais il faut lui pardonner, car c’est la première fois depuis six mois qu’il est à l’extérieur. Et durant 90 minute, il redécouvrira des émotions dont il avait oublié l’existence: La joie, le suspense, la colère et la pyromanie. Le film a des moments de brillance et d’autres de nullité. Mais lesquels seront catalogués systématiquement par le fan? Exact.

Libération psychique: Le générique tourne (le fan en profite pour maudire Mo Henry une dernière fois), les lumières s’allument (révélant une montagne de déchets prête à être bulldozé au dépotoir le plus près) et les gens sortent (heureux de s’éloigner de cet homme bizarre qui a passé le film à couiner, crier les lignes du dialogue en même temps que les acteurs et qui a passé les dix dernières minutes à pleurer à chaude larmes.) Mais le fan, lui, voit sa vie changer du tout au tout. Car, finalement, il est libre. Peut-être aura-t-il besoin de voir le film à trois autres reprises pour en apprécier toutes les nuances, mais il s’est finalement libéré du poids du potentiel du film. C’est à ce moment que l’idée que le film est pourri et détruit à lui seul toutes les bonnes et heureuses mémoires de son enfance commence à s’infiltrer dans son esprit.

Dévastation lors de la collision avec le réel: Avec la sortie du film, la véritable place de Shmurzl dans l’imaginaire mondial est révélée à tous: Le film se classe sixième au box-office de la fin de semaine et personne n’en reparlera trois jours plus tard. Le fan voit l’importance microscopique de Shmurzl à ses contemporains et constate que Shmurzl n’aura plus jamais un profil médiatique aussi élevé. De cette constatation, de ce vortex de perspective total, il apprend l’humilité et sa véritable place comme cochon de consommateur dans notre société moderne. Plus jamais son imagination ne dépassera-t-elle les contraintes de son existence pitoyable. Mission accomplie.

Après toutes ces émotions, qui reste surpris lorsque les fanas s’embarquent immédiatement dans le prochain projet du genre?

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Christian

Les incontournables de la SFQ (6/10): Anthologie de la Science-Fiction Québécoise Contemporaine

par Christian - mardi, 26 avril 2005 - 21:25 (Lectures, SF&F francophone)

(Introduction à cette série)

Logo: Top-10La deuxième anthologie de ma sélection ne couvre pas tout à fait le même créneau qu’Escales sur Solaris. Certains des auteurs sont les mêmes, mais pas les histoires; certainement, le livre s’intéresse à une période antérieure, allant (à peu près) de 1976 à 1986.

Couverture: Anthologie de la SFQ contemporaine, dir. Michel LordMais le principal mérite de l’Anthologie de la science-fiction québécoise contemporaine (dir, Michel Lord), c’est d’être à peu près la seule anthologie à valeur pédagogique. Mon cours en SF&F à l’université d’Ottawa s’en servait comme ressource pédagogique. Je n’insinuerai pas que la reconnaissance académique est la seule mesure du succès de la SF d’ici, mais quand ça passe…

De façon peut-être plus incontournable, cette Anthologie réunit sous une même couverture souple plusieurs des auteurs de la première génération des écrivains de la SF d’ici, y compris (surtout) ceux qui ont depuis disparu du marché, et pas seulement des membres de l’étable Solaris. On y retrouve également, parmi d’autres surprises, une authentique nouvelle de SF d’Yves Thériault. (Si, si)

Question qualité littéraire, il y a des hauts et des bas, mais surtout une bonne représentation de l’oeuvre de certains auteurs. Ce livre a cependant le mérite de republier une de mes histoires de SF favorites (toutes langues, toutes ères confondues), soit “La Voix des étoiles” d’Alain Bergeron. Si ce n’était que de ce texte, le livre mériterait d’être lu. Joint à 19 autres textes d’une certaine importance historique dans un livre relativement peu dispendieux, hé bien, cela fait de l’Anthologie rien de moins qu’un incontournable. J’aimerais bien vous suggérer une ressource pédagogique plus récente, mais…

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Eric

Courriel vs. QI

par Eric - mardi, 26 avril 2005 - 16:12 (Société, Techno/sciences)

Lu dans The Guardian: l’utilisation du courriel et de la messagerie instantanée nuirait à la concentration, si bien que le travailleur moyen en verrait son quotient intellectuel réduit temporairement d’environ 10 points. La marijuana, en comparaison, occasionnerait une perte moyenne de 4 points. Intrigué, j’ai bien déniché un article en français sur le sujet, mais nulle trace de l’étude ayant produit ces résultats. Celle-ci a été effectuée pour le compte de Hewlett Packard par Glenn Wilson, de l’institut de psychiatrie de King’s College à Londres.

Ce genre de trouvaille n’est pas nouveau. On annonçait récemment que l’utilisation intensive d’ordinateurs à l’école affaiblissait les performances scolaires des étudiants (article et étude en fichier PDF) et que les enfants, submergés d’information, avaient de la difficulté à analyser tous ces faits. On déplorait aussi que bien des travailleurs de bureau, y compris des hauts salariés, ne sachent pas rédiger des courriels cohérents.

Je ne crois pas pour autant que les technologies de communication soient en train de nous rendre stupides (pas besoin de technologie pour s’abrutir, la preuve en a été faite et refaite). Ce que je constate, simplement, c’est que les moyens de communication évoluent si vite que la plupart des gens n’apprennent pas à s’en servir efficacement. C’est pourquoi j’apprécie des sites comme 43 Folders qui proposent des manières de travailler et des bonnes habitudes à prendre. C’est aussi pourquoi je trouve fascinant de recenser les innombrables influences, subtiles ou non, que la technologie peut avoir sur notre manière de vivre.

Pour ceux qui voudraient prendre le contrôle sur leurs mauvaises habitudes, nous venons justement d’entamer la semaine sans télé. J’ai débranché la mienne hier; reste à voir si je vais tenir le coup.

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Christian

Les incontournables de la SFQ (5/10): Phaos

par Christian - dimanche, 24 avril 2005 - 20:12 (Lectures, SF&F francophone)

(Introduction à cette série)

Logo: Top-10La plupart de mes choix datent des années 1990s pour deux bonnes raisons: Premièrement, il s’agissait de la première décennie où des oeuvres marquantes ont parues en format livre plutôt que dans des revues. Deuxièmement, cela prends du temps avant que lecteur et critiques s’entendent pour désigner telle ou telle oeuvre comme étant incontournable.

Couverture: Phaos, Alain BergeronMais nul distance n’a été nécessaire pour acclamer Phaos d’Alain Bergeron (Alire, 2003), comme une oeuvre marquante dès sa publication. Il ne s’agissait pas autant d’un succès soudain que de la concrétisation de plusieurs années d’attentes. Bergeron a la réputation d’être un des écrivains les plus intelligent du milieu de la SFQ pour une bonne raison: des douzaines d’excellentes nouvelles (dont “L’homme qui fouillait la lumière”, noyau à partir duquel s’est formé Phaos) avait laissé présager tout un premier roman pour adultes.

Après des années d’attentes, le roman est finalement paru en 2003, un peu à la surprise générale. Histoire post-cyberpunk de trahison corporative et d’informatique de pointe (entre plusieurs autres sujets d’intérêt), Phaos est une oeuvre d’un souffle rarement vu en science-fiction d’ici. Bergeron utilise des trouvailles techno-scientifiques avec une aisance déconcertante: les amateurs de hard-SF trouveront ici une histoire digne d’être comparé à Sterling, Egan et compagnie.

Ce n’est pas un livres sans fautes (la deuxième moitié est de moins en moins intéressante; il y a quelques erreurs de science; on peut longtemps discuter de certains choix au niveau de l’intrigue) mais il est impossible de ne pas être profondément impressionné par l’ouvrage. Avec Phaos, la SFQ prouve qu’elle est capable de rivaliser avec ce qui se fait ailleurs dans une veine techno-scientifique qu’il n’est pas donné à tous d’essayer.

Ce magnifique roman a tout remporté sur son passage: Prix Boréal, Aurora et Grand Prix de la Science-Fiction et du Fantastique Québécois. Un triplé impressionnant, mais pas aussi impressionnant que le livre ainsi récompensé. Phaos est non seulement un incontournable, mais un incontournable instantané.

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Christian

Mindscan, Robert J. Sawyer

par Christian - samedi, 23 avril 2005 - 21:20 (Critiques, Lectures, SF&F autre)

La compétition sera féroce pour les Prix Aurora Awards 2006, catégorie “Best Long-Form Work”. Déja disponible sur les tablettes des libraires, rien qu’en hard-SF: Spin (Robert Charles Wilson) et Behemoth: Seppuku (Peter Watts). Bientôt: Lady of Mazes (Karl Schroeder). Ce à quoi il faut rajouter Mindscan de Robert J. Sawyer.

Couverture: Mindscan, Robert J. SawyerSon premier roman singulier depuis Calculating God (2000; ont suivi le recueil Iterations et la malheureuse trilogie Neanderthal Parallax), Mindscan est également le livre le moins agaçant de l’auteur depuis le siècle dernier. Si vous êtes familiers avec l’oeuvre de Sawyer, vous savez déjà si vous êtes pour ou contre ce qu’il fait: Il reste constant dans son approche! Lire du Sawyer est, pour les lecteurs plus avancés, un exercice d’équilibre entre l’admiration pour ce qu’il fait bien (exploration enthousiaste d’une idée centrale, science relativement étanche, lecture facile) et l’exaspération devant ce qu’il fait moins bien (Écriture pédestre, personnages indifférents, naïveté politique). Mindscan, heureusement, fait pencher la balance du bon côté.

Sawyer avait déjà exploré les enjeux reliés à la conscience humaine dans The Terminal Experiment (1995), mais il y revient avec encore plus d’idées dans Mindscan. Ici, une technologie permet de copier la conscience humaine dans un corps androïde. Mais personne ne sera surpris de voir que l’innovation crée des remous: Certaines personnes ne considèrent pas la copie comme une véritable personne, et c’est sans parler de ce qui arrive aux originaux… Ajoutez un drame juridique, un peu d’action, une finale décevante, un futur en carton-pâte, une myopie sélective en matière d’anticipation et -hop- vous obtenez un roman convenable que l’on peut lire en un après-midi.

Ce n’est pas trop mauvais, même si les limites de l’écriture de Sawyer deviennent parfois un peu trop évidentes. Son futur de 2045 est trop influencé par 2005 (États-Unis réactionnaires; Canada parfait; autrement, pas beaucoup de différences) pour être crédible. Son emploi de blagues et d’anecdotes contemporaines est souvent maladroit. Son intrigue semble hermétique au reste du monde. Mais Mindscan est peut-être mieux abordé comme un roman de SF old-school où les idées prennent toute la place et où les considérations littéraires ne servent que de soutien à la parade d’idée. Sous cette optique, Mindscan livre toute la marchandise. On se laisse emporter par le charme d’un roman du pure science-fiction.

L’approche coutumière de Sawyer étant ce qu’elle est, on résiste difficilement à l’envie de discuter surtout des fautes de l’ouvrage. C’est cependant prendre pour acquis les mérites du roman: pour les fanas de la SF comme littérature d’idées, Mindscan convient parfaitement bien à la tâche de divertir. Il y aura certainement de meilleurs romans de SF cette année (Spin en est un, tiens) mais pour les amateurs de Sawyer qui attendaient un retour à la norme après quelques ratées, Mindscan n’est pas une déception.

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Laurine

Les flous de La Calla (5)

par Laurine - samedi, 23 avril 2005 - 13:15 (Lectures, SF&F autre, Écrire)

J’ai enfin terminé la lecture des Loups de La Calla (J’ai Lu, 2004) avec son lot de coquilles de traduction. J’en ai trouvé suffisamment dans les dernières pages pour dresser une cinquième et dernière liste. Pour lire cette série du début, allez aux billets précédents: billet 1, billet 2, billet 3, billet 4.

ORIGINAL (p.422)
“Rowan Magruder wasn’t married when I worked at Home, but I guessed that must have changed, because there was a woman sitting in the chair by his bed, reading a paperback. Well-dressed, nice green suit, hose, low-heeled shoes. At least I felt okay about facing her; I’d cleaned up and combed up as well as I could, and I hadn’t had a drink since Sacramento.”
TRADUCTION (p.404)
— Rowan Magruder n’était pas marié, à l’époque où je travaillais au Foyer, mais je me suis dit qu’il l’était, depuis, car il y avait une femme assise dans la chaise près de son lit, qui lisait un livre de poche. Bien habillée, dans un joli tailleur vert, des bas et des chaussures à talons plats. Je me sentais enfin prêt à me retrouver en face d’elle: je m’étais lavé et coiffé aussi bien que j’avais pu, et je n’avais pas bu un verre depuis Sacramento.

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Christian

Les incontournables de la SFQ (4/10): Chronoreg

par Christian - samedi, 23 avril 2005 - 12:44 (Lectures, SF&F francophone)

(Introduction à cette série)

Logo: Top-10J’avoue que mon quatrième choix ne me plaît pas autant que certains des neuf autres. Mais qu’est-ce que sont quelques objections quand on considère que c’est le premier titre qui me vient à l’esprit lorsqu’on insiste sur tous les mots de l’expression “Science-fiction québécoise”?

Couverture: Chronoreg, Daniel SernineChronoreg, de Daniel Sernine, reste à ce jour le roman d’anticipation à surpasser lorsque l’on discute d’un Québec futur. Ici, le Québec (indépendant, bien sûr) est en guerre contre Terre-Neuve et le reste du Canada pour le contrôle des ressources hydro-électriques du Labrador. Dans ce décor évolue Denis Blackburn, agent secret, chargé d’une mission périlleuse. Jeux-vidéos mortels, bases sous-marines et drogues permettant de remonter dans le temps ne sont que trois des éléments du monde dans lequel il évolue.

C’est de la science-fiction et du thriller d’espionnage, mais on est loin du charme hard-SF classique de La Taupe et le Dragon: Chronoreg est beaucoup plus sombre. Ce roman reste surtout une vision complète d’un futur alors possible (paru en 1992 chez Québec/Amérique avant d’être réédité en 1999 chez Alire, Chronoreg était d’abord situé en… 2005.). Il y a eu beaucoup de romans de SF publié au Québec, mais celui-ci est un des rares à s’intéresser au sort de la province dans un futur relativement proche.

Qui plus est, c’est un livre d’une accessibilité exemplaire: Le thème et l’intrigue ont beau être downbeat, il est impossible d’arrêter de lire une fois bien ancré dans la narration: Sernine se surpasse et le résultat est un livre qui se lit comme un regarde un film. Si j’ai quelques objections en ce qui concerne la plausibilité techno/politique de l’arrière-plan et si je suis naturellement réticent à m’enthousiasmer pour des livres déprimants, je n’ai tout de même aucune réticence à désigner Chronoreg comme un des incontournables de la SFQ.

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Eric

Grandes premières

par Eric - samedi, 23 avril 2005 - 0:41 (Lectures)

Les histoires ne s’inventent pas à partir de rien. Pour être en mesure d’écrire les miennes, je fais des recherches très sérieuses sur les sujets dont je veux traiter. J’entends par là que le sérieux de ma démarche est d’une grande magnitude. Je fais preuve d’une sériosité irréprochable.

Vous n’avez pas à me croire sur parole. Je vais partager avec vous, ici même, quelques-uns des fruits desdites recherches. Comme je m’intéresse ces temps-ci aux débuts du monde, j’ai décidé de relire les premiers chapitres de la Genèse (commençons par le Commencement). Voici ce que j’y ai trouvé comme débuts, précédents et premières instances, en ordre chronologique, avec références de chapitre et verset.

1:3 - Le Grand Barbu allume la lumière (”Dieu dit: Que la lumière soit!”).

1:14 - Dieu décide d’inventer des “luminaires” (soleil, lune, étoiles). Notez qu’il y a de la lumière depuis deux jours.

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Christian

À l’affiche: KUNG-FU HUSTLE

par Christian - vendredi, 22 avril 2005 - 21:24 (Cinéma, Critiques)

Billet: KUNG-FU HUSTLEIl est évident que KUNG-FU HUSTLE est un excellent film. Mais n’imaginez pas pour autant pouvoir y amener toute la famille.

Si vous avez déjà vu le délicieux SHAOLIN SOCCER (2003), l’oeuvre du réalisateur/comédien chinois Stephen Chow vous sera immédiatement familière: Mélange de comédie et d’arts martiaux, avec des référents culturels qui risquent de passer bien au-dessus des têtes occidentales. KUNG-FU HUSTLE est une parodie, soit, mais de quoi? Si vous ne connaissez rien des conventions des films d’arts martiaux, imaginez voir SCARY MOVIE sans rien connaître des teen slashers et vous aurez une idée du ton de certains passages.

Bref, faudra être un cinéphile patient et aventureux pour laisser au film tout le temps nécessaire pour se réchauffer. La première demie-heure de KUNG-FU HUSTLE est un mélange d’impressions contradictoires: Un peu de violence brutale (n’amenez pas les tout-petits), un peu de comédie grossière, un peu de jazz, un peu d’action… ce n’est qu’une fois bien engagé dans son deuxième acte que Chow révèle toute la folie démesurée de son film. Une des forces de KUNG-FU HUSTLE est de se surpasser en contenu loufoque, scène après scène.

Le tout finit par un combat-à-tout-casser aussi ridicule que la finale de MATRIX REVOLUTIONS, mais dans un registre intentionnellement comique. On en reste le souffle coupé, à la fois par les scènes spectaculaires (on aura rarement vu autant d’effets spéciaux numériques dans un film d’arts martiaux) que par le sentiment d’avoir vu quelque chose à la fois mystifiant et hilarant. Le public général ne suivra probablement pas, mais tant pis; tout comme KILL BILL, KUNG-FU HUSTLE est un cadeau pour les fans.

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Laurine

Le poisson d’avril

par Laurine - vendredi, 22 avril 2005 - 8:39 (Insolite, Montréal et environs)

Il m’arrive de me promener au bord du fleuve Saint-Laurent, en partant du parc Marie-Victorin à Longueuil, pour prendre des photos. C’est au printemps que ces expéditions s’avèrent les plus intéressantes, car la neige et la glace ont fondu et la verdure n’a pas encore recouvert les berges. Bien sûr, il faut supporter la vue des innombrables immondices laissées par les promeneurs; la ville n’enverra jamais assez d’employés pour nettoyer les berges, c’est un vrai travail de Sisyphe. Mais entre deux canettes de bières et trois bidons d’huile, les découvertes valent parfois le détour. Comme cette grosse carpe morte, par exemple.

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Laurine

Les flous de La Calla (4)

par Laurine - jeudi, 21 avril 2005 - 9:26 (Lectures, SF&F autre, Écrire)

Pour lire la série du début: billet 1, billet 2, billet 3.

ORIGINAL (p.324)
“Which are your men good with?” he asked Eisenhart. “Bow or bah? For I know it’s surely not the rifle or revolver.”
“We favor the bah,” Eisenhart said. “Fit the bolt, wind it, aim it, fire it, ’tis done.”

TRADUCTION (p.317)
— Avec quelle arme vos hommes se défendent-ils? demanda-t-il à Eisenhart. Le bolt ou le bah? Parce que j’imagine que ce n’est ni à la carabine, ni au pistolet.
— Nous avons une préférence pour le bah, répondit le rancher. On ajuste le bolt, on l’enroule, on vise, on tire, et le tour est joué.

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Christian

Spin, Robert Charles Wilson

par Christian - mardi, 19 avril 2005 - 20:51 (Critiques, Lectures, SF&F autre)

Je ne ferais pas une habitude de commenter ici toutes mes lectures, mais puisque Spin (Tor, 2005) est à la fois récent, canadien et intéressant, je ne vois pas pourquoi je ne devrais pas vous encourager à le lire dès que possible.

Si vous avez déjà lu du Robert Charles Wilson, vous savez déjà que la force principale de cet auteur est de faire beaucoup avec de simples modifications à des idées SF connues. C’est un “idéateur suffisant” en ce qu’il déploie juste assez d’originalité pour ancrer la prémisse de son livre, puis explore les ramifications de ses idées sur des personnages biens humains. Dans The Harvest, il s’est intéressé au post-humanisme des années avant la série Left Behind. Dans The Chronoliths; le voyage dans le temps. Mysterium; univers parallèles. Et ainsi de suite. Ce n’est pas un écrivain sans fautes (Darwinia et Bios étaient, um, décevants), mais ses trois derniers livres montrent un professionnel en plein contrôle de son métier. (Ne manquez surtout pas The Perseids pour un recueil d’horreur SF avec Toronto comme arrière-plan.)

Couverture: Spin, de Robert Charles WilsonSpin s’ajoute à cette série de succès en livrant un roman typiquement Wilsonesque, à savourer du début à la fin. Les cinquante premières pages à elles seules nous en donnent pour notre argent. Dans un futur proche, un voile opaque enveloppe la terre: une barrière isole notre planète du reste de l’univers, faisant disparaître les étoiles, la lune et le soleil. Une mise en scène semblable rappelle la prémisse de Quarantine de Greg Egan (Legend, 1992) mais Wilson est plus terre-à-terre dans son idée: cette bulle opaque est perméable, mais il devient évident que la planète est maintenant temporellement détachée du reste de l’univers: pour chaque minute terrestre, des années s’écoulent hors la bulle.

Ce n’est pas un problème autant qu’une opportunité… mais en dire plus serait gâcher une partie du roman. Pas tout le roman, cependant, car Wilson préfère modérer ses spéculations et s’intéresser à ses personnages, alors que l’emphase du roman passe des idées aux impacts de ces mêmes idées sur des personnages bien campés. L’écriture atteint un bon équilibre entre sophistication littéraire (y compris une structure non linéaire intrigante) et lisibilité de base.

Et c’est là que l’on apprécie la niche qu’occupe Wilson dans le genre d’aujourd’hui: Il écrit de l’authentique science-fiction qui demeure tout de même accessible à quiconque ne lit pas de la SF à chaque semaine. Wilson n’est pas à la fine pointe du genre, mais il écrit de la science-fiction mature et aussi efficace qu’il est possible est possible de le faire à ce moment-ci. Et ce, sans éclat et sans prétention. Il est, faute d’une meilleure expression, silencieusement spectaculaire.

Mieux encore, Spin exploite les forces de la SF de genre tout en n’étant pas enchaîné à ses défauts. C’est un roman issu du début des années 2000s, et non du réchauffé. On y voit une profondeur politique, une maîtrise des idées scientifiques et une sensibilité admirable aux émotions humaines. Que demander de plus?

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Christian

Les incontournables de la SFQ (3/10): Escales sur Solaris

par Christian - lundi, 18 avril 2005 - 19:46 (Lectures, SF&F francophone)

(Introduction à cette série)

Logo: Top-10Les romans, c’est bien beau, mais ignorer les nouvelles est une erreur lorsque l’on veut dresser un portrait des oeuvre incontournables de la SFQ. Plusieurs écrivains à découvrir n’ont jamais écrit autre chose que des nouvelles. Tôt ou tard, il faut dénicher une anthologie pour explorer ce qui s’est accompli sur les longueurs plus courtes.

Couverture: Escales sur Solaris, dir. Joel Champetier et Yves MeynardEt peu d’anthologies sont aussi satisfaisantes qu’Escales sur Solaris (Vents d’Ouest, 1995), une collection de douze des meilleures nouvelles parues dans des pages de la revue Solaris entre 1988 et 1994. On y retrouve quelques-uns des classiques de la SFQ: “Le Huitième registre” d’Alain Bergeron. “Coeur de fer” de Joël Champetier. “Le Projet” de Harold Côté. Et tant d’autres…

Le tout agrémenté d’une “Présentation sous forme d’historique” et d’une illustration couverture intrigante de Pierrette Lambert. Qui plus est, c’est un beau livre, le genre de trade paperback que l’on peut mettre dans les mains de n’importe qui sans l’ombre d’un embarras.

Au-delà des histoires, il y a aussi moyen -par cette anthologie- de découvrir la revue Solaris, qui depuis 1974 continue d’être le phare central de la SFQ. Si vous aimez la science-fiction québécoise (ou canadienne française, ou francophone), vous devez vous abonner à la revue. (Conflit d’intérêt; je collabore à la revue.) Tout au moins jetez un coup d’oeil sur cette collection, et vous y verrez une douzaine d’histoire qui n’ont rien à envier à ce qui a été écrit ailleurs.

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Eric

Vonarburg, Perro, Stross et fantasy

par Eric - dimanche, 17 avril 2005 - 17:25 (SF&F autre, SF&F francophone, Écrire)

Les journaux parlent de fantasy depuis quelque temps. Dans le dernier Voir, on retrouve une entrevue avec Élisabeth Vonarburg au sujet de son nouveau roman, La Maison d’Oubli (chez Alire). Il s’agit du premier tome d’une trilogie intitulée Reine de Mémoire. La trilogie est devenue presque un automatisme en fantasy; les lecteurs y sont habitués et les éditeurs apprécient les ventes ainsi générées. Ça m’agace parfois, surtout que les séries plus longues encore semblent de plus en plus communes (The Wheel of Time de Robert Jordan en est à son onzième volume). Il reste que la trilogie peut bien se justifier par l’ampleur du projet:

Une fois encore, le projet appelait l’amplitude: “Reine de Mémoire est une uchronie, une histoire parallèle et on ne traite pas ce genre de monde-là en laissant plein de trous. Il faut que l’impression de cohérence qu’a le lecteur soit forte, que les trous soient placés juste aux bons endroits pour qu’il ne tombe pas dedans et puisse éventuellement les remplir avec ce qu’il y a autour. C’est donc tout un travail de construction qu’on ne peut pas achever en un volume”, estime Élisabeth Vonarburg.

Notez qu’on est loin ici du fantasy typique; le terme ne s’applique peut-être qu’à demi, puisqu’il s’agit ici d’une uchronie dont l’atmosphère se rapproche du roman historique. Peu importe. J’ai pu en écouter quelques extraits lors des lectures publiques de l’auteure: ça promet.

Dans un tout autre style, la Presse et le Soleil ont publié un article au sujet d’Amos Daragon, l’inévitable héros de littérature jeunesse dont les aventures, écrites par Bryan Perro, battent des records de ventes. Le marketing y est pour quelque chose:

« L’idée, c’était de devenir le principal concurrent de Harry Potter, reconnaît Michel Brûlé. J’ai demandé à Bryan de faire une série de 12 titres et je lui ai donné 12 000 $ d’à-valoir. » En tout, 54 000 exemplaires ont été lancés simultanément : 24 000 du premier tome, dont 13 000 vendus à 99 cents ; et 15 000 de chacun des tomes deux et trois, au prix courant de 8,99 $.

Cet aspect du métier continue de me fasciner. Autant l’écriture peut être une poursuite artistique et personnelle, autant l’auteur aurait besoin d’argent pour consacrer le temps nécessaire à la rédaction d’un prochain roman. Souvent, les recettes n’y sont pas; les succès fulgurants sont rares, et le manque de promotion ou de planification y est pour quelque chose.

C’est pourquoi j’ai apprécié cet essai de Charles Stross (trois fois finaliste aux prix Hugo cette année): “Five rules for cold-bloodedly designing a fantasy series”. Il y expose la planification d’une série de fantasy à grand déploiement, non seulement du point de vue artistique, mais aussi en ce qui a trait au marché, à ce qui s’est déjà vu et à ce qui se vend ou non. Son approche ne garantit pas le succès, mais ça vaut la peine d’être lu pour quiconque s’intéresse aux rouages du métier.

(Correction: Reine de mémoire est en fait un roman en quatre volumes, et non pas une trilogie; voir les commentaires.)

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Christian

Les incontournables de la SFQ (2/10): La Taupe et le Dragon

par Christian - samedi, 16 avril 2005 - 18:56 (Lectures, SF&F francophone)

(Introduction à cette série)

Logo: Top-10Mon deuxième incontournable s’impose en partie parce qu’il s’agit d’un des très rares livres de SF d’ici à aborder une histoire de Hard-SF sous l’optique du thriller. Qui plus est, c’est également un des meilleurs livres d’un auteur aux multiples talents. Il s’agit de La Taupe et le Dragon, de Joël Champetier.

Couverture: La Taupe et le Dragon, Joel ChampetierSuspense d’espionnage futuriste se déroulant en grande partie sur une colonie nommée la Nouvelle-Chine, La Taupe et le Dragon est un pur roman d’aventure qui tire son inspiration à la fois de la hard-SF classique et des histoires à la James Bond. Champetier a l’audace de s’attaquer à la construction d’un monde ambitieux; une colonie d’ethnicité chinoise (avec toutes les contraintes socio-culturelles que cela implique) établie sur un monde à deux soleils (avec les complications que l’on imagine). Ici, un agent terrestre (Réjean Tanner) est chargé de retrouver et d’interroger une source bien placée dans le gouvernement néo-chinois. Mais si les choses tournent mal, Tanner a d’autres instructions…

C’est à la fois un roman sombre et divertissant: sombre, parce que Champetier est trop sagace pour ne livrer qu’une bête histoire d’espionnage: Il y a des complications, des choix difficiles et une finale mitigée. Mais ne croyez pas que La Taupe et le Dragon est un livre déprimant, parce qu’il laisse en fait un souvenir de satisfaction à lire une histoire écrite selon les règles de l’art. Celles du roman noir, d’abord, mais aussi celles de la science-fiction bien imaginée: les doubles soleils de la Nouvelle-Chine ne sont jamais trop loins des préoccupations des habitants de la colonie: cécité précoce, horaires particuliers et colorations habituelles ne sont que trois conséquences parmi tant d’autre. Le sentiment d’immersion dans une culture étrangère est aussi particulièrement réussi.

Les autres qualités littéraires du livre sont tout aussi satisfaisantes. L’écriture est d’une limpidité exemplaire, chose parfois rare dans la SF d’ici. Le protagoniste est bien typé, parfois confiant et parfois douteux de ses propres compétences. Le rythme du roman est à point: ne soyez pas surpris de lire ce livre en un après-midi.

D’abord publié en 1991 chez Québec/Amérique, La Taupe et Le Dragon fut révisé pour sa republication aux éditions Alire en 1999. Qui plus est, le roman a également fait ses preuves sur le marché international. La version révisée fut traduite par Jean-Louis Trudel (sous le titre The Dragon’s Eye) et publiée en version cartonnée en 1999 par Tor Books, suivie d’une édition en trade paperback un an plus tard. Mais peu importe la langue que vous choisirez pour aborder ce livre, votre plaisir de lecteur est garanti!

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