Fractale Framboise

Éric

Combats de titans

par Éric - mardi, 15 mars 2005 - 13:19 (Cinéma)

(NDLR: j’avais composé ce billet avant la sortie d’Alien vs. Predator; ceci est une version révisée.)

Ah, Alien vs. Predator. Ce qui a longtemps été un passe-temps de fans acharnés ("mon héros est plus fort que ton héros!") est devenu une recette apparemment lucrative pour nos chers génies hollywoodiens[1]. Dans ce cas-ci, l’idée était loin d’être neuve, les deux races s’étant déjà affrontées dans tous les médias (bande dessinée, jeu vidéo, figurines) autres que le cinéma. L’annonce du film m’a intrigué. J’ai vu tous les films des deux séries, et j’admire particulièrement le premier Alien. Cette nouvelle extravagance ne promettait rien côté qualité, mais avait un avantage: puisqu’elle ne réutilisait aucun des personnages des films précédents, elle ne pouvait opérer le genre de trahison émotionnelle qu’on retrouve dans certaines suites. Je sais, il restait les extra-terrestres, mais ceux-ci ne suscitent guère d’attachement sentimental, sans compter qu’il ne s’agissait pas des mêmes individus. En autant que quelques détails essentiels étaient respectés, me disais-je, le film pourrait au moins réussir en tant que jeu de massacre peu réfléchi. Puis, j’ai réalisé qu’on avait classé le film PG-13, une première pour ces deux séries chères aux amateurs de chair fraîche. Ajoutez à ça les réactions des critiques, et ça augurait mal.

J’ai payé pour voir le film. C’était fort mauvais; inutile d’en dire plus ici. En fin de compte, le film a rapporté à peu près autant que cet autre monstrueux face à face, Freddy vs. Jason. Il a coûté presque deux fois plus cher, par contre. J’ai préféré Freddy vs. Jason: non pas que c’était bon, mais la baisse de qualité était moins marquée par rapport aux films précédents, et c’était satisfaisant de voir Freddy faire pleurer Jason comme un bébé.

Les deux films sont tous deux sortis à la mi-août, à un an d’intervalle. Y aura-t-il d’autres affrontements du genre à pareille date cette année? Dans le domaine, certains se sont amusées à proposer d’autres combinaisons gagnantes, voire même un tournoi qui couronnerait une fois pour toutes le plus dur d’entre tous les durs (libre à vous de choisir vos vainqueurs). Personnellement, je m’imagine bien John Malkovich vs. Christopher Walken: un film en huis clos, les deux acteurs assis chacun dans un La-Z-Boy, en conversation, essayant de se montrer chacun plus désaxé et intimidant que l’autre[2]. Depuis que John Malkovich est devenu un personnage, c’est un tout nouveau type de cinéma qui s’offre à nous.

Reste à voir si la formule s’applique à d’autres marchés. Le cinéma québécois est moins axé sur les franchises, mais il y a toujours moyen de se débrouiller. Au premier abord, je peux déjà penser à Séraphin Poudrier contre Ovila Pronovost: un affrontement historique. Dans le même domaine, on peut profiter d’une autre tendance (les films de doubles) et placer dans un même film deux personnages de Marina Orsini, disons Émilie Bordeleau (Les filles de Caleb) et Shehaweh (Shehaweh, tsé). Dans le plus moderne, il y aurait peut-être Les Boys contre Elvis Gratton, mais bon, je préfère ne pas y penser.

[1] Je sais, le concept de la rencontre des monstres n’est pas une nouvelle tendance, mais j’ai l’impression d’assister à une petite renaissance dans le domaine.

[2] Si cette idée vous intéresse, je ne saurais trop vous recommander Sleuth, un magnifique face à face entre deux acteurs de renom qui se sont clairement amusés dans leurs rôles respectifs. C’est un de ces films (basé sur une pièce de théâtre, mentionnons-le) où toute l’action se passe dans un seul lieu et où tout l’intérêt est dans le dialogue et dans le jeu des acteurs. Lawrence Olivier vs. Michael Caine: pas aussi étrange que Malkovitch vs. Walken, mais fascinant tout de même.

  1 commentaire

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  1. #1  Joel Champetier   (15 avril 2005 - 10:49)

    Quelle étrange expérience en effet que ce _Alien VS Predator_. Parfaitement inutile et ridicule, et pourtant on ne s’y ennuie pas. L’ambiance est réussie: et c’est une des choses que j’adore au cinéma, l’ambiance. Votre collègue Laurine m’a dit que l’intrigue de _The Ring_ ne tenait pas debout — tout le monde conviendra que ce n’est vraiment pas très grave. C’est pourquoi j’ai aussi beaucoup aimé un film comme _The Grudge_, dans ses deux versions. Même commentaire au sujet du second _Anaconda_ “à la recherche de j’ai oublié quelle fleur de quelle couleur”: du série B à grosse ficelle absolument ridicule, et pourtant, ah! cette croisière bobmoranesque sur un fleuve de Bornéo m’a fait rêver…

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